12ème Rencontres Africaines de la photo de Bamako

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Amadou Diadié Samassékou : La malédiction des bouts de bois de Dieu ?

 

De Youssouf DOUMBIA

Cette œuvre de Amadou Diadié Samassékou, présente aux 12ème Rencontres Africaines de la photo de Bamako, ouvre une réflexion sur notre passage sur cette planète et notre responsabilité d’inspirer les générations futures. Interrogeant un passé de gloire et un avenir d’incertitude, Kelen na miri, « réflexion solitaire » en bambara, est le récit de la solitude, de l’abandon, du jugement du temps et de la détérioration des relations que l’état décadent des trains évoque au photographe. Dans sa réflexion existentielle, il revendique le choix et la capacité de chacun d’agir et de changer les choses plutôt que la fatalité face au destin.
En effet, il s’inspire du roman les « Bouts de bois de Dieu » de l’écrivain sénégalais Ousmane Sembène. Un livre qui raconte la grève historique de 1947 ayant rassemblé pendant 160 jours des milliers de cheminots sénégalais et maliens et leurs familles, avec l’espoir d’obtenir de meilleures conditions de vie au moment de la colonisation française.
Le titre du roman fait référence à une vieille superstition selon laquelle compter les morceaux de bois plutôt que les êtres éviterait de raccourcir leur vie. Malgré leur victoire dans le sang à l’époque, le mauvais sort semble planer sur la ligne Dakar-Niger. Si ce n’est plus une lutte contre le joug colonial, ses travailleurs, tels des bouts de bois à la dérive, luttent toujours pour ne pas sombrer.
Depuis 1924, les 1 287 kilomètres de chemins de fer qui relient le port de Dakar, au Sénégal, au port fluvial de Koulikoro, au Mali, constituent pour ce pays enclavé un outil essentiel d’intégration et d’échanges commerciaux.
Une autre grève de la faim retentissante de 5 mois a été menée par les cheminots maliens en 2019 pour réclamer le paiement des arriérés de salaires.
Amadou Diadié Samassékou est né à Bamako en 1983. Après un diplôme universitaire technique de gestion informatique, il apprend l’infographie et travaille dans l’équipe de production de Case Sanga 2 et de Mini-star, des émissions de téléréalité phares du moment. Après Africable en 2008, avec la soif d’apprendre encore plus, il se lança comme freelancer en graphisme et travailla dans des sociétés privées au Mali, pour certaines agences des Nations unies et à l’international.
En 2011, il entre au Conservatoire des Arts et Métiers du Multimédia Balla Fasséké Kouyaté de Bamako. Il obtient un master 2 en Multimédiact. il formalisa alors ses acquis en graphisme, en photographie, en vidéo, en web design et en animation… Cette école attise sa passion pour la photographie. Dès lors, il s’exprime à travers son appareil photo.

 

Bouba Touré : Émigré, activiste et photographe

Il présente à cette édition des Rencontres Africaines de la photo de Bamako, une archive photographique de la coopérative Somankidi Coura dans la Région de Kayes. Une coopérative agricole sur le fleuve Sénégal qu’il a co-fondé en 1977 avec 14 travailleurs immigrés activistes du Sénégal, du Mali, de la Mauritanie, de la Guinée et du Burkina Faso qui existe encore aujourd’hui.
Une coopérative agricole fondée au Mali en 1976 par d’anciens immigrés africains vivant en France et héritiers de l’esprit de 1968 dans une région alors en proie à la sécheresse et d’où provient jusqu’à ce jour une grande partie des immigrés d’Afrique de l’Ouest. Situé aux bords du fleuve Sénégal, ce village dénommé Somankidi Coura s’est alors implanté grâce à la construction d’un système d’irrigation et compte désormais plus de 300 habitants. Cette coopérative est devenue un modèle dans la région pour d’autres groupes ou individus désirant travailler la terre.
Bouba Touré arrive à Paris en septembre 1965, alors qu’il n’avait que 17 ans. Un lit dans un appartement collectif loué par un marchand de sommeil. En ce moment, il n’y avait pas de problème de papiers car la France avait besoin de travailleurs pour ses nombreuses entreprises qui manquaient d’ouvriers.
Bouba est embauché à l’usine de matériel automobile de Chausson à Gennevilliers, à la périphérie nord-ouest de la capitale. Il apprend à lire et à écrire en français. Auprès de leurs collègues de travail, Bouba et beaucoup de travailleurs africains se politisent. Ils se rapprochent souvent du parti communiste à travers le syndicat ouvrier «la CGT». Les grandes manifestations syndicales et la grève de mai 1968 les éveillent au militantisme actif.
Ce travail représente une accumulation de projets du collectif sur une période d’une quarantaine d’années. Le projet a été réalisé en collaboration avec l’artiste Raphaël Grisey et l’éditrice Chiara Figone. La coopérative a décidé de revenir à une agriculture de subsistance en réponse à la sécheresse de 1973 en Afrique de l’Ouest, qui a provoqué un immense exode rural vers les métropoles et l’Europe..
Bouba Touré a commencé sa pratique photographique à motivation politique en 1967 en documentant la vie et les luttes des mouvements de travailleurs migrant en France et les pratiques anciennes de la coopérative agricole.
Depuis lors, il a utilisé l’idiome documentaire pour répertorier les difficultés et les conditions de vie de la coopérative afin de transmettre son expérience et celle des autres membres aux jeunes des communautés rurales du pays et aux immigrés en France. Ses œuvres sont des mélanges de genres, elle fusionne l’activité photographique avec les pratiques cinématographiques, d’activisme, d’agriculture et d’écriture.

Youssouf DOUMBIA

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