8 mars 2020, L’art de la calebasse

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Grâce à un savoir-faire ancestral, des femmes du village de Sien-Kamaga (Cercle de Bla) fabriquent des objets utilitaires et redonnent vie à des vieux ustensiles cabossés

Le Cercle de Bla dans la Région de Ségou est réputé être une zone de production de calebasse par excellence. Tout au long de la route reliant le village de Tonna à Yangasso, le paysage ne fait que plonger le voyageur dans « l’univers » de la calebasse. On voit des champs de production à perte de vue. Par endroits, au bord de la route, il y a des calebasses, par centaines, exposées pour la vente.

Dans cette contrée, des métiers très particuliers sont liés à la calebasse. C’est le cas de certaines femmes du village de Sien-Kamaga dans la Commune rurale de Yangasso (Cercle de Bla). Membres de la caste appelée « Coulé », ces femmes sont des virtuoses dans l’art de la calebasse.

Notre équipe de reportage est arrivée dans ce petit village paisible un matin du mois de février. Au contact de ces artisanes, nous avons vite oublié le vent poussiéreux et froid qui y soufflait. Car, le spectacle était saisissant. Le visiteur est forcément émerveillé par la dextérité de ces femmes dans la transformation de la calebasse des ustensiles de cuisine, des garde-manger, des boîtes pour condiments et même des garde-robes, etc. Elles sont passées aussi maîtresses dans l’art de rafistoler des calebasses cassées. Suprême expression de leur savoir-faire : une calebasse cousue garde son étanchéité. Elle peut conserver de l’eau et même du lait frais sans laisser passer une seule goutte. Les objets utilitaires comme les garde-manger, les boîtes pour condiments et les garde-robes sont fabriquées à partir des calebasses qui sont pas utilisées comme ustensiles de cuisine. Celles-ci sont récupérées et recyclées au grand plaisir des femmes qui peuvent y conserver en toute sécurité des condiments, des bijoux et des habits.

DE MERE EN FILLE- Ce travail d’orfèvre est la spécialité des femmes de la caste des « Coulé ». Le savoir-faire se transmet de génération en génération dans ce petit village. Historiquement, nous explique Mme Korotoumou Sanogo, ce sont les femmes « Coulé » qui, depuis des générations, s’occupent de l’entretien des ustensiles de cuisine des femmes nobles. La rétribution dépend des moyens de leurs « Diatigui ». « Certaines offrent du mil, d’autres de l’argent en espèce. Bref, de quoi motiver les femmes de caste pour le service rendu », témoigne notre interlocutrice. Pendant longtemps, ce travail consistait uniquement à faire le recyclage des calebasses qui servaient d’ustensiles de cuisine. « En réalité, c’était le plus gros du travail. Ainsi, j’ai appris auprès de ma maman qui s’adonnait à ce travail. Aujourd’hui, mes deux filles et moi le font. Demain, ce sera le tour de mes petites filles. Il n’y a aucune honte à cela. C’est notre culture et on ne peut pas aller au-delà de la tradition », explique fièrement Mme Korotoumou Sanogo.

Cependant, l’évolution de la société n’a pas épargné cette belle tradition dans cette localité. Les artisanes ne travaillent plus que pour leurs « Diatigui ». Elles fabriquent de beaux objets utilitaires et les vendent au marché. Dans les foires hebdomadaires de la contrée, principalement celle de Yangasso, on peut acheter des garde-robes et des garde-manger. Ces objets sont prisés par de nombreuses femmes. « Au début, on ne savait pas que cela allait avoir du succès. Je suis étonnée par la popularité de ces petits objets mais ô combien utiles pour les femmes », commente notre interlocutrice.

Le succès de ces objets artisanaux est en effet étonnant à l’ère des produits industriels. Les prix varient, selon la qualité et le volume. On peut acheter des garde-robes et des garde-manger entre 250 à 1 000 Fcfa. « Grâce à ce travail de la calebasse, nous contribuons aux dépenses de la maison et parvenons à faire face à nos petits besoins », se réjouit-elle.

Le travail des artisanes de Sien-Kamaga est très prenant et demande beaucoup d’abnégation. Elles récupèrent des feuilles du rônier en brousse. Celles-ci sont conservées dans l’eau pendant une nuit et une journée. Après cette phase, elles se servent de couteaux pour mieux nettoyer et mettre en forme la feuille de rônier qui sera ensuite séchée. Le produit fini est utilisé dans l’art de la calebasse. Avec un art consommé de la couture et de la tresse avec des fils multicolores, elles confectionnent de très beaux objets. Les garde-robes sont souvent bien ornées et portent même les noms de celles qui les ont commandées. Le travail est visiblement très mesquin, demande de la concentration et beaucoup d’attention. Par jour, les artisanes ne peuvent confectionner que deux à trois objets de forme moyenne. Pour les grands formats, il faut une journée entière.

Le savoir-faire de ces femmes, s’il est valorisé, pourrait être une alternative à l’utilisation des objets en plastique. La calebasse peut remplacer valablement les ustensiles de cuisine en plastique qui envahissent nos maisons. Naturelle et biodégradable, la calebasse servait dans nos cuisines avant l’arrivée des objets en plastique.

La promotion de la calebasse aiderait aussi beaucoup de femmes rurales notamment celles de Sien-Kamaga qui excellent dans cet art. C’est aussi une réponse à la pauvreté rurale, singulièrement celle des femmes.

Mariam A. Traoré
Amap-Ségou

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