Bagna Traoré: Une créatrice au style original

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Lors de la 10è édition du Festival Daoulaba, «Rencontres avec le coton» (13-15 décembre 2019) de l’Association «Route du Sud», son stand a attiré beaucoup de visiteurs non seulement par la diversité des créations artisanales (cotonnade simple ou teint en indigo, chemises, bracelets, boucles d’oreille, écharpe, tableaux), mais aussi et surtout par l’originalité de leur style. à l’image de cette écharpe associée à un pendentif (collier) qui mettait en évidence sa beauté et son élégance dans un magnifique ensemble en coton.

«Cette création a une double utilité car servant en même temps de collier et d’écharpe», nous explique Bagna de sa voix douce. La charmante artisane crée en fonction des besoins manifestés ou de ses propres constats sur la nécessité d’améliorer le confort de certaines parures.
«Pour créer cette écharpe, j’ai pris l’exemple sur moi-même. Il fait de plus en plus chaud chez nous. Ce qui fait que les colliers irritent souvent la peau. Cette création en coton offre donc un double avantage comme parure avec un effet bénéfique sur la santé aussi», souligne Bagna.
Sans compter que ses créations visent surtout à mettre en valeur le coton et toute une chaîne d’artisans autour de l’or blanc. «Je confectionne divers produits à partir du coton», affirme-t-elle en nous faisant visiter son stand. Et de préciser : «j’ai commencé avec la laine importée. Je me suis dit un jour : pourquoi ne pas créer à partir du coton que nous produisons abondamment, mais qui nous rapporte peu puisqu’essentiellement exporté, donc sans valeur ajoutée pour les paysans, les artisans et l’économie nationale».
Le coton est une matière première qu’elle file elle-même à partir du rouet. Les fils sont ensuite remis à des tisserands pour créer des étoffes qui servent à faire des chemises, des écharpes, des nappes, des draps, des couvertures, diverses parures (boucles, bracelets…). Bagna travaille surtout avec les artisans de Markala (35 km au nord-est de la ville de Ségou). «J’ai constaté que les jeunes citadins ne sont pas trop passionnés par le travail manuel, l’artisanat. Alors qu’en milieu rural, il y a beaucoup de jeunes dames, qui n’ont pas eu la chance d’aller à l’école ou de finir les études et des vieilles dames. Elles sont le plus souvent désœuvrées car, en saison sèche par exemple, elles n’ont rien à faire en dehors des tâches ménagères. Nous les mettons donc à contribution pour le cardage voire la filature du coton. Nous leur offrons ainsi une activité génératrice de revenus », explique Mme Sangaré.

L’héritière- On peut aussi dire que le travail du coton est un héritage.  «Dans nos conversations, mes mamans et mes grand-mères me rappellent souvent que le coton était leur unique source de revenus. Elles cardaient et filaient le coton avant de faire appelle aux tisserands. Et les revenus tirés de la vente des étoffes leur permettaient de faire face aux dépenses de la famille et à leurs petits soins», rapporte l’artisane engagée.
Et d’ajouter, «notre atelier attire aussi beaucoup de vieilles personnes qui s’arrêtent souvent pour admirer le travail qui réveille en eux beaucoup de souvenirs de leur enfance. Et elles nous font souvent des confessions, nous racontent des histoires et des anecdotes pour nous encourager», nous confie la «Meilleure artisane» de la 2e édition du Salon international de l’artisanat du Mali (SIAMA-du 07 au 21 novembre 2019).
Et pour se hisser sur la première marche de ce podium, elle a fait preuve d’inventivité, de créativité. «C’est un landau-kangourou que j’ai créé en cotonnade indigo. J’ai constaté que ces dernières années, les jeunes couples affectionnent beaucoup le kangourou pour promener leurs bébés. Et faute de moyens, certains les achètes dans la friperie. Ce qui peut exposer l’enfant à des problèmes d’hygiène et de santé puisque personne ne sait où ces kangourous sont collectés, quels produits chimiques ont servi à les traiter… Celui que j’ai créé est non seulement à la portée de toutes les bourses, mais il n’expose pas non plus le bébé et son porteur à des risques d’infection puisque l’indigo n’a pas d’effets nocifs sur la santé. Et le coton est un régulateur de température par excellence», explique la lauréate.
Primée également en 2012 au niveau national, Bagna Traoré Sangaré a été récompensée en 2008 et en 2016 au Salon international de l’artisanat de Ouagadougou (SIAO-Burkina Faso). Elle expose fréquemment en Côte d’Ivoire, au Bénin, au Ghana… où ses créations sont très prisées. Elle a aussi participé en Inde à une conférence internationale sur le coton.
Si Bagna ne manque pas d’idées pour nourrir son génie créateur, les moyens lui font défaut pour aller au bout de sa créativité. «Nous manquons d’équipements et de moyens financiers pour exprimer tout notre talent et réaliser nos ambitions pour notre artisanat».

S’émanciper- Selon l’entrepreneure-artisane, ses créations sont aussi appréciées des Maliens que des visiteurs étrangers. «Les Maliennes apprécient beaucoup les écharpes, les bracelets, les boucles d’oreille… Les Maliens commencent à accorder l’importance à nos produits artisanaux. De plus en plus de femmes adultes nous demandent par exemple de confectionner des écharpes plus amples que celles des jeunes filles afin de mieux se couvrir en sortant».
Mais pour la jeune créatrice, il revient surtout aux plus hautes autorités maliennes de booster l’artisanat malien en épousant le «Made in Mali» non seulement comme mode vestimentaire, mais aussi pour s’équiper au bureau et à la maison.
«Nos dirigeants doivent être une référence pour le peuple. Certains se plaignent souvent de la finition de nos œuvres, mais ce n’est pas une raison de bouder nos produits. Il faut plutôt aider les artisans à améliorer leur finition», rappelle la talentueuse Sangaré Bagna Traoré.
«C’est aussi le secteur par excellence de l’autonomisation de la femme. à mes sœurs, je conseille de se lever, de se battre pour leur autonomie à travers les activités génératrices. Une femme ne doit pas exclusivement dépendre de son mari ».
«Je n’ai que du respect et de l’admiration pour Bagna parce qu’elle est une battante. Elle a la création dans le sang. Nous collaborons depuis plusieurs années et nous avons beaucoup appris l’une de l’autre», témoigne Awa Méité van Til, coordinatrice de «Route du Sud» qui organise le Festival Daoulaba. «Grâce à sa créativité et à son dynamisme, beaucoup d’artisans et d’artisanes tirent des revenus conséquents de leur talent», ajoute la designer et créatrice engagée.
Autrement dit, Sangaré Bagna Traoré est utile à elle-même, à sa famille, à sa communauté… et à son pays !

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