Bamako : ON SE PINCE LE NEZ APRÈS LA FÊTE DE TABASKI

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                                                            Scène de dépeçage de moutons

La plupart des fidèles musulmans ne prennent aucune précaution pour éviter que les déchets d’abattage ne traînent dans les rues. Résultat : des odeurs nauséabondes vous agressent les narines dans certaines rues

«Depuis que nous étions petits, nos aînés dépeçaient les moutons et laissaient les déchets d’abattage à même le sol en plein air ou les jetaient dans les caniveaux à chaque fête de Tabaski. » « On est contraint de procéder ainsi parce qu’on n’a pas d’autres solutions. » « C’est la religion même qui autorise de laisser couler à terre le sang des moutons du sacrifice.» Voilà les arguments de certains Bamakois pour justifier la mauvaise pratique qui consiste à jeter des déchets d’abattage dans les rues, lors de la célébration de l’Aïd el-Kébir. Ce comportement qui jure avec la salubrité provoque du coup des odeurs nauséabondes au lendemain de chaque fête de Tabaski dans plusieurs quartiers populaires de la capitale.
Ce dimanche 11 août 2019, dans certains quartiers de la Commune III du district de Bamako, on pouvait constater la pratique insalubre. Chaque famille abattait devant sa porte son animal en commémoration du sacrifice effectué par Abraham. Les rues étaient transformées en abattoirs de circonstance, sans aucun souci de prévention sanitaire, donnant l’impression de quelque chose d’anormale sur tous les plans.
« Nous ne sommes jamais préoccupés par la gestion des déchets d’abattage. Ça ne nous gêne pas. En tout cas, on ne se plaint pas d’éventuels désagréments. On est plutôt pressé de profiter de la viande », dit sur le ton de la raillerie F.B, chef de famille, en train de dépecer des moutons avec ses frères à N’Tomikorobougou.

A Dravéla-Bolibana, tout porte à croire que verser le sang des animaux sacrificiels à l’occasion de l’Aïd el-Kebir dans la rue est une pratique religieuse permise et obligatoire. « C’est ce qui est demandé même par la religion musulmane, en commémoration du sacrifice effectué par Abraham. C’est la religion même qui autorise de laisser couler à terre le sang des moutons du sacrifice. Et nous avons hérité cela de nos pères… », dit doctement M.H. Il égorgeait son mouton à notre passage devant la porte de sa concession.
Par contre, certains mettent en cause l’absence d’alternative et de solution adéquate pour éviter de procéder ainsi. Ces derniers se disent contraints à la pollution. « On est contraint de procéder ainsi parce qu’on n’a pas d’autres solutions. C’est certainement pourquoi, tout le monde procède de la sorte chez nous malgré les odeurs nauséabondes durant les quarante-huit heures qui suivent le jour de la fête de Tabaski », se justifie B.C au quartier Badialan I, en Commune III du district de Bamako.
On croit défendre une tradition à N’Tomikorobougou. Dans ce quartier, certains enfants vont déverser le contenu des estomacs et des intestins des animaux dans le collecteur délimitant ce quartier avec Darsalam. « Depuis que nous étions petits, nos aînés ont toujours dépecé les moutons et laissé les déchets d’abattage à même le sol, en plein air ou ils les jetaient dans les caniveaux. Les odeurs ne durent pas plus de trois jours », soutient A.K.

Fait notoire : nous avons constaté, dans quelques rues (très rares), que deux ou trois familles ont creusé des trous pour enterrer les excréments des animaux abattus.
Pour éviter la putréfaction des peaux de mouton dans les familles et/ou dans les rues, des mosquées demandent aux fidèles de les leur apporter. « Nous vendons ces peaux de moutons afin de verser l’argent dans la caisse de la mosquée pour subvenir à certaines dépenses du lieu de culte. Toutes les peaux ne sont pas prenables. On n’accepte pas celles qui sont trouées », témoigne l’imam Diallo. Toutefois, après le sermon de la prière de l’Aïd el-Kébir, l’imam Kéïta, d’une mosquée à Badialan II, a prévenu de façon publique les fidèles de ne pas apporter, cette fois-ci, les peaux d’animaux.
Le lendemain de la fête, lundi 12 août dernier, des odeurs nauséabondes polluaient encore l’atmosphère, du fait des déchets d’abattage encore très visibles, à travers les traces de sang couvertes par un essaim de mouches, des morceaux de peaux d’animaux jonchant les rues, en plus des excréments laissés à découvert dans des poubelles.
Si la fête de Tabaski se caractérise par le sacrifice d’un animal, elle rime avec les odeurs nauséabondes en certains endroits de la capitale, durant les jours suivants.

Oumar DIAKITE et
Moussa DIARRA

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