Bamako : Taxi moto comme solution aux embouteillages

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Le conducteur prend la précaution d’ajuster le casque de la cliente

Une centaine de taxi motos, d’une marque japonaise, de couleur bleue, avec GPS et une assurance en cas d’accident, circulent à Bamako et sont sollicitées par des clients, comme solution aux bouchons, pour les courses quotidiennes. Les conducteurs, (hommes et dames) sont habillés en gilets et équipés pour satisfaire les besoins de transport via la technologie.

« Vous voulez aller au travail, à l’école, au marché ? Ou bien vous avez besoin qu’on fasse votre course ? C’est simple, vous les appelez ou vous écrivez via Messenger, Facebook à ‘Moto Teliman’ », témoigne un client fidèle, avant que nous fassions connaissance avec ces moto taxis. Et de commenter : « On vous envoie un conducteur de moto qui va vous remettre un casque et vous emmener à destination. Cela coûtera 50% moins cher et 3 fois plus rapide qu’une voiture ».
Cet échange a suscité notre curiosité sur ce nouveau transport de personnes et de livraison par deux-roues à Bamako. C’est une start-up, la première qui offre un tel service. Pendant une semaine, nous avons remarqué, à travers la ville de Bamako, en différents lieux de stationnement, quelques taxis motos labélisées ‘Teliman’. Sur la route de Lassa (un quartier sur les collines, côté ouest de la ville), nous avons rencontré Ibrahim Diakité, un conducteur de ces taxi motos, fier de son travail, stationné sous les manguiers, en contrebas, à droite de la voie bitumée en direction de Kati. « Nous voulons aller à Lassa. C’est combien le prix du transport ? », s’adressons-nous à lui. « 200 Fcfa », répond-t-il, la moto à côté, deux casques posés dessus dont l’un réservé au client.
Nous enfourchons l’engin. En route, M. Diakité nous dit qu’il est un émigré malien de retour au pays et qu’il gagne, présentement, sa vie avec ce travail, avant de nous indiquer la direction de l’entreprise de taxi moto. « C’est un réseau de chauffeurs formés et équipés, une application mobile de tarification, un call-center, des motos avec GPS et une assurance en cas d’accident. Notre particularité est que nous mettons l’accent sur la sécurité et les prix abordables « , détaille notre chauffeur, nous motivant vouloir en savoir davantage à nous rendre à la direction de la start-up à Sogoniko, non loin du commissariat de police du 7ème arrondissement, dans une grande cour.

BOURSE D’EXCELLENCE DU MALI-Dans l’enceinte, un parking pour motos, de marque, majoritairement, Djakarta, non pas de celle des engins de Teliman, mais des chauffeurs, beaucoup de chauffeurs. Nous apercevons une jeune dame en train de laver une assiette et un chauffeur de taxi moto assis auprès de la porte d’un bureau. Ce dernier nous apprend qu’elle est la première responsable de l’entreprise.
« Je m’appelle Hawa Traoré. Je suis co-fondatrice et directrice générale de la start-up Teliman. Je dirige Teliman avec Abdoulaye Maïga, co-fondateur et directeur Informatique ». Les présentations sont, ainsi, faites. Alors que nous pensions que le projet appartenait à un étranger, elle dit : « Nous sommes, tous les deux, Maliens.
Après le baccalauréat au Mali, nous avons, tous les deux, obtenu une bourse pour poursuivre nos études supérieures en France (La Bourse d’Excellence). Je suis ingénieure en Génie mécanique-industrie (arts et métiers) de formation et Abdoulaye est Ingénieur informaticien (Centrale Paris) », précise la patronne de Teliman Taxi-moto. Mme Traoré est de la promotion 2008 de la Bourse d’Excellence et a été, d’ailleurs, la première nationale au Baccalauréat 2008, un détail important qu’elle ne souhaite pas mettre en exergue. Abdoulaye Maïga est son aîné. Il est de la promotion 2007. Après quelques années d’expérience professionnelle à l’étranger, dit-elle, nous sommes rentrés au Mali pour lancer la start-up Teliman avec le partenariat » d’un concessionnaire de la place « qui a cru au projet dès les premières heures ». Selon elle, il s’agit de rendre à l’État du Mali la monnaie de sa pièce, en contribuant à la résolution du chômage des jeunes. « Nous souhaitons contribuer au développement du Mali, en proposant une solution innovante qui réponde à un besoin, au niveau du transport, tout en créant des emplois formels pour une population jeune en forte croissance », justifie la jeune dame.

IDÉE DU PROJET- Selon Hawa Traoré, l’idée de Teliman est venue du constat qu’à Bamako, comme dans beaucoup de capitales africaines, il y a une réelle difficulté de mobilité a travers le transport. Il y a beaucoup d’embouteillages, pas assez d’infrastructures et pas de réseaux de transport organisés pour servir la population en forte croissance et desservir les nombreuses zones isolées. « Heureusement, les Africains sont intelligents et ont trouvé une solution : la moto », se réjouit-elle. « C’est rapide, c’est tout terrain et pas cher », commente notre interlocutrice. Cependant, le secteur du taxi-moto est en général chaotique. Les passagers ont peur pour leur sécurité, les chauffeurs ont des difficultés à financer leur engin et de faire face aux aléas de ce métier (accidents, maintenance). Les autorités craignent l’anarchie dans la ville. « C’est fort de ce constat, soutient Hawa Traoré, que notre solution est née : conserver les avantages de la moto, sans les inconvénients ». « Cette solution, précise-t-elle, est, avant tout, un réseau de chauffeurs professionnels formés, équipés avec des équipements de bonne qualité, pour satisfaire les besoins de transport en utilisant la technologie ». En effet, Teliman est la première start-up offrant un service de transport de personnes et livraison par taxi-moto à Bamako. Des motos assez confortables, bien entretenues. Des chauffeurs indépendants formés et suivis. « La sécurité du conducteur et du passager sur la route se matérialise par les casques, l’assurance en cas d’accident, le GPS sur les motos », rassure la co-fondatrice de l’entreprise
Elle ajoute qu’un service client, à l’écoute, existe depuis mai 2018 et les chauffeurs desservent toute la capitale malienne. « Le réseau compte, aujourd’hui, une centaine de chauffeurs indépendants dont 5 femmes », souligne Mme Traoré. S’y ajoutent une vingtaine de personnes pour le management.
Les réussites en un an et demi se résument, d’après elle, « en la facilitation du quotidien des Bamakois avec un transport rapide et accessible ». Elle cite, aussi, la contribution au développement du Mali, avec la création d’une centaine d’emplois pour des jeunes dont des femmes conductrices. Mieux, les créateurs de Teliman Taxi-moto ont représenté le Mali à l’international, lors d’évènements d’envergure, comme la Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique (TICAD) au Japon. Ce, après avoir trouvé des partenaires étrangers pour investir dans le contexte malien actuel.

ENTREPRISE CITOYENNE ! « Grâce à mon travail, je peux me prendre en charge et aider mon mari, financièrement. Je peux gagner plus de 100.000 Fcfa par mois », témoigne Napitié Dissa, conductrice. À en croire Moussa Dembélé, chauffeur, ce métier lui a permis d’assumer ses responsabilités familiales. « Grâce à cette activité, je suis plus respecté dans ma famille car j’ai un travail et un revenu pour prendre en charge ma famille », confie-t-il. L’entreprise évolue dans le formel. Elle revendique la qualité d’entreprise citoyenne. « Nous payons des taxes pour les motos. Chaque moto a une vignette, une immatriculation et est identifiée par un système défini, en collaboration avec les autorités locales », déclare Mme Traoré, avant d’ajouter que «l’objectif est de mettre en place les bases d’un secteur formel et organisé avec des retombées pour l’État ».
Teliman revendique également sa contribution à faire de Bamako une ville durable, en désenclavant la ville. « Grâce à nos prix abordables, nous facilitons l’accès au travail, à l’éducation, à la santé à des milliers de Bamakois isolés, tout en ayant un impact environnemental plus faible (les motos consomment 30% moins et désengorgent la ville) », argumente Hawa Traoré, dans un langage marketing très élaboré. Le personnel bénéficie d’un cadre juridique de travail avec un contrat souple et flexible, un partage juste des revenus,  « plus il travaille, plus il gagne ». Le chauffeur bénéficie, aussi, toujours selon la co-fondatrice de Teliman, d’une formation professionnelle. Sans oublier un renforcement de compétences sur des sujets de sécurité routière, relation client, éducation financière. Teliman offre à son chauffeur un accès à une moto de bonne qualité et de basse consommation, un accès à la propriété. « Car, si lé chauffeur arrive à rembourser son prix, à travers les recettes versées, la moto lui est offerte », assure Mme Traorè.

DIFFICULTÉS DE TERRAIN – Aux dires de la cofondatrice de la société, les difficultés majeures résident dans le fait que le projet est innovant. Ces problèmes sont au niveau de la fiscalité, du financement et de la concurrence informelle.
« Cela coûte cher de faire du formel au Mali, et c’est très difficile pour une jeune entreprise innovante. Les différentes taxes pèsent très lourd et rendent difficile la croissance : TVA, taxes de transport, charges patronales », constate-t-elle. Et de plaider pour plus d’encouragement et de soutien des pouvoirs publics, en raison de l’effort de création d’emplois, de promotion du secteur formel, de la sécurité routière, de la part de ce type d’entreprise. « De plus, la concurrence déloyale et informelle peut être un facteur de découragement. De nombreux entrepreneurs tentent de copier notre concept, mais sans mettre les moyens nécessaires (motos non assurées, chauffeurs non formés, etc…) », dit-elle. À tout cela, s’ajoute le manque de financement.
Teliman est un projet d’innovation qui répond à un besoin réel des usagers et à la problématique de la croissance démographique. Ses initiateurs disent tester une nouvelle approche de l’entreprenariat alliant business social et citoyenneté.

Oumar DIAKITÉ

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