Bataille de Konna : Le capitaine Niambélé était au front

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Alors sous-lieutenant et chef d’une section de la compagnie du Génie, il était en poste à Konna en janvier 2013. L’officier revient sur les péripéties des affrontements entre l’Armée malienne et les groupes terroristes pour le contrôle de la petite localité, située à une cinquantaine de kilomètres de Mopti. Konna était le poste avancé de l’Armée sur la ligne de démarcation entre le Nord occupé et le reste du pays. Pour les militaires sur place, c’était un point d’honneur de défendre crânement leur position face à des terroristes déterminés à faire sauter ce verrou et s’ouvrir le chemin pour l’occupation de l’ensemble du territoire. Dans le cadre de la célébration du 59è anniversaire de l’Armée, nous avons rencontré le capitaine Siaka Niambélé qui se souvient de cette opération militaire qui a redonné l’espoir à tout un peuple. Récit d’une bataille épique

Au moment des faits, j’étais sous-lieutenant et chef d’une section de la compagnie du Génie militaire déployée à Konna. Tout a commencé le mercredi 9 janvier quand nous avons eu les prémices d’une attaque savamment orchestrée par l’ennemi. Le lendemain (jeudi) entre 7 et 8 heures, nous avons dû faire face aux premiers tirs d’obus. C’était le début de la bataille de Konna. Ces premiers affrontements vont durer toute la journée. Nous étions conscients que nous devions tout faire pour garder nos positions. Nous avons donc tenu bon face aux différentes tentatives de l’ennemi.
Pendant la nuit de mercredi à jeudi, l’ennemi procédait par le harcèlement de nos différentes positions afin de se frayer un couloir d’infiltration. La journée du jeudi 10 janvier a commencé de façon ordinaire. Mais, le calme n’a pas duré longtemps. Il précédait en fait la tempête.
Soudain, des obus ont commencé à pleuvoir. Les tirs provenant du côté du village de Bima, situé à 15 km de Konna en allant vers Gao sur la RN16.
Ces premiers obus sonnaient l’alerte pour le début des hostilités. Heureusement pour nous, ces tirs ne feront pas de victimes dans nos rangs. Mais, les tirs servaient en fait de moyens de diversion. Nous avons compris par la suite que l’ennemi voulait profiter de ces tirs pour contourner nos positions par le Sud. Lorsqu’il y a eu une accalmie, nous avons cru l’ennemi avait renoncé à son offensive. Mais, l’accalmie fut de courte durée. Les hostilités vont reprendre à l’arrivée de deux bus au check-point installé sur la route de Gao. C’était aux environs de 10 heures.
Au moment où les soldats procédaient au contrôle des passagers des bus, une attaque brutale a été lancée contre le flanc droit de notre dispositif. L’ennemi a déclenché des tirs nourris de mitrailleuses avec des balles incendiaires. Ces projectiles ont provoqué des incendies sur nos blindés positionnés sur le flanc droit du dispositif. Les échanges de tirs ont duré jusque dans l’après-midi. L’Armée tenait fermement ses positions.
Par la suite, l’ennemi parviendra à s’infiltrer par le flanc gauche et le flanc droit du dispositif et lancer une attaque par derrière. Cela a fortement désorganisé notre dispositif et précipité le repli tactique ordonné par le commandement. Au cours du repli, nous avons perdu plusieurs compagnons de lutte. Toutes les issues étant prises par l’ennemi, il a fallu forcer son dispositif pour nous extraire de l’étau mis en place. Ce forcing nous a coûté beaucoup de pertes en vies humaines et des dégâts matériels énormes.

C’est ainsi que l’Armée a perdu ses positions qui constituaient un verrou que nous contrôlions depuis la chute des trois régions du Nord. De retour à Sévaré, nous avons entrepris de préparer la contre offensive pour la reconquête de Konna. Tout le monde était conscient que Konna était une zone stratégique que nous devrions contrôler absolument. Le lendemain, vendredi avec les renforts de l’armée de l’Air, nous avons lancé l’assaut contre l’ennemi. Notre attaque a provoqué quelques pertes au sein des terroristes et un certain flottement dans leur rang. Cependant, notre contre offensive n’a pas suffi à les chasser des positions qu’ils voulaient coûte que coûte garder pour la reconquête du pays entier.
Je me souviens qu’après la chute de Konna, la panique générale s’est emparée des habitants de Sévaré. Les soldats étaient sur le qui-vive et s’attendaient à une attaque de l’ennemi qui s’était déjà rendu maître de la localité de Konna. La journée de vendredi a été marquée par une ambiance angoissante dans la ville de Sévaré. C’était le désarroi. La population se sentait abandonnée aux mains des terroristes.
Aux environs de 16 heures, nous avons reçu l’appui de l’armée française. Deux hélicoptères légers sont entrés en action pour stopper les colonnes des renforts des terroristes qui affluaient vers Konna. L’ennemi avait entrepris de regrouper ses forces pour lancer l’offensive sur Sévaré. Les tirs des hélicoptères français ont disloqué les colonnes qui fonçaient vers la ligne de front.
L’espoir venait de renaître aussi bien du côté de l’Armée que des populations civiles. Les jalons de la reconquête de nos positions de Konna venaient d’être posés avec l’aide des partenaires français. Il ne restait plus qu’à l’Armée de se remettre en action pour traquer l’ennemi dans ses derniers retranchements.
L’action des hélicoptères français et notre armée de l’Air a permis de déstabiliser l’ennemi qui avait entrepris de s’installer à Konna. Sous le feu des moyens aériens, les terroristes se sont éparpillés. C’était la débandade dans leur rang.
Mais, ils n’avaient pas dit leur dernier mot. Leur éparpillement a tout de même permis à l’Armée de mettre en place des stratégies pour reprendre les positions de Konna. Nous avons réussi à chasser l’ennemi et à reprendre le contrôle de la localité le 18 janvier 2013. Pendant l’occupation de Konna, les terroristes avaient déjà commencé à imposer aux habitants leurs règles islamiques.
Quand nous sommes entrés dans la ville, nous avons été accueillis en libérateurs. Nous étions en compagnie des soldats français. Nous étions acclamés par les habitants qui étaient contents d’être débarrassés des occupants. Les drapeaux maliens et français étaient brandis partout.
La population manifestait sa joie de différente manière à travers la ville de Konna. Les gens n’hésitaient pas à offrir des cadeaux de toutes sortes. Malgré leurs maigres moyens, ils tenaient à offrir du thé, des dattes, de l’arachide, des sachets d’eau, etc.
Cette bataille est un souvenir inoubliable.
Avec mes compagnons, nous avons vécu des moments très difficiles et pleins d’émotion.
Nous avons vu des camarades fauchés par les balles de l’ennemi et nous ne pouvions rien faire pour les secourir à cause de l’intensité des tirs. C’était aussi un moment de gloire et d’espoir car, par notre acharnement au combat, nous avons réussi à redonner de l’espoir à tout un peuple. Je garde le souvenir d’un moment à la fois mémorable et historique.

Propos recueillis par
Mariam A. Traoré
Amap-Ségou

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