Bibliothèques scolaires : ENTRE FAIBLE FRÉQUENTATION ET PAUVRETÉ DES RAYONS

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L’un des bibliothécaires du lycée Kankou Moussa

Ces temples de la lecture ne sont guère fréquentés par les élèves et les enseignants. Ont-ils de quoi attirer les amateurs
de la lecture ? La réponse est non

Les élèves ne lisent pas. Ils ont de qui tenir car les adultes aussi ne sont pas des adeptes de la lecture. Certains compatriotes, qui ont l’art consommé de l’humour et de la boutade, expliquent que pour cacher un document confidentiel aux éventuels curieux, il suffit de l’insérer entre les pages d’un livre dans votre bibliothèque-maison. La boutade est exagérée. Elle souligne l’absence de culture de la lecture chez les Maliens. Ce n’est donc pas étonnant que les élèves et étudiants ne se bousculent aux portes des bibliothèques scolaires qu’à l’approche des examens de fin d’année. Même cette fièvre s’estompe de plus en plus. Cette désaffection impacte durement le travail des enseignants. Pourtant, ces derniers ne se fatiguent pas de répéter que « la lecture est un élément de base du savoir scolaire et social ». L’illustre homme d’Etat sud-africain, feu le président Nelson Mandela a merveilleusement décrit cette réalité avec une phrase qui est passée dans la postérité : « Une nation qui lit est une nation qui gagne ». Il exhorte ainsi à la lecture qui apporte les éléments nécessaires à la formation de base de l’élève et de l’étudiant. La lecture, dans l’esprit de Nelson Mandela, est le socle de la formation continue du cadre ou de l’homme tout court.
Malheureusement, les élèves et étudiants d’aujourd’hui ne semblent pas intégrer cette réalité. Le constat est alarmant après le tour que nous avons effectué dans quelques bibliothèques scolaires. Au lycée Ba Aminata Diallo (LBAD), la bibliothèque est logée au premier étage d’un grand bâtiment. Mme Koné Alima Konéla, proviseure de l’établissement, nous invite à visiter le temple des livres.

Nous sommes accueillis par Mme Awa N’diaye, la doyenne d’âge des bibliothécaires. Nous découvrons un local exigu, mais étrangement vide de lecteurs. Le désordre qui y règne ne s’explique pas. Tables et chaises poussiéreuses encombrent les travées. La salle n’a visiblement pas été nettoyée depuis belle lurette. Mme la proviseure du LBAD n’apprécie guère la situation. Elle remonte les bretelles à ses bibliothécaires. « Ces documents vous ont été confiés. Ce n’est pas l’administration qui viendra les nettoyer », fulmine la première responsable du LBAD.
Awa N’diaye prétend que la négligence dans l’entretien découle de l’absence de formation continue. Le recyclage aide à mieux organiser et gérer le travail. « Depuis 2010, nous n’avons pas bénéficié de formation », regrette-t-elle. Son collègue, l’animateur socio-culturel Hamed Diarra, ne fait pas dans la dentelle. Il exprime sa frustration avec véhémence : « Nous sommes sevrés ici et on désapprend ».
A l’opposé de la situation au LBAD, la surprise est agréable à notre entrée dans la bibliothèque du lycée Kankou Moussa (LKMD). Le local est aéré et il dispose de 10.005 livres. L’accès des élèves est conditionné à la présentation de la carte de lecteur, qui coûte 200 Fcfa. Le responsable des lieux, Sadio Soukouna, déplore la rareté des lecteurs. Il a arrêté avec ses collègues une stratégie pour attirer les élèves dans la salle de lecture. Ils ont affiché des calicots qui portent des slogans incitant à la lecture. Nous vous faisons lire deux échantillons. « Je lis, tu lis, elle lit, vous lisez… alors venez  à la bibliothèque». « Je dois beaucoup à mes professeurs et je leur rembourserai un jour ».

Le documentaliste du LKMD, Bakary Doumbia, justifie les difficultés de fonctionnement par l’absence d’un système d’informatisation qui aurait permis un meilleur classement des livres dans les rayonnages. Il déplore la mauvaise conservation des ouvrages. Ce spécialiste en bibliothéconomie souligne que les livres doivent être maintenus à l’abri de la chaleur qui les dégrade. La climatisation est une exigence. Le bibliothécaire exprime son amertume et exhibe des documents abimés par des termites. Les étagères en bois favoriseraient une telle destruction. Il évoque les risques encourus sur le plan sanitaire. « Le cache-nez et la tenue sont nécessaires pour le traitement des livres, parce que les documents dégagent des odeurs nocives qui rendent malade ». Les bibliothécaires des lycées publics exigent une formation continue et une bonne conservation des documents. Ils seraient heureux d’offrir de meilleurs services aux éventuels lecteurs.
Au lycée Kankou Moussa l’élève Adam Koné de la terminale langues et littérature (TLL) témoigne. Elle reconnaît que les encouragements des enseignants et de l’administration sont importants pour inciter à la lecture. Elle reconnait avoir découvert beaucoup de livres intéressants dans la bibliothèque de son lycée. La déclaration de la jeune scolaire est contredite par Sékou Traoré, professeur de lettres au LKMD depuis 2010. Le pédagogue insiste sur l’insuffisance des ouvrages dans la bibliothèque. Il soutient que « depuis quelques années, la bibliothèque ne mène plus d’activités littéraires et culturelles. Il rappelle qu’auparavant, le lycée organisait des activités de lecture, de recherche, des exposés et des débats. Il évoque des difficultés liées à l’absence de vidéoprojecteur et au faible niveau de fréquentation de la salle de lecture. Ces facteurs négatifs n’encouragent pas les enseignants à monter des animations littéraires au profit des élèves.
L’enseignant pointe du doigt les insuffisances d’organisation dans la bibliothèque scolaire. Il insiste sur la pauvreté de la documentation. La preuve est que « L’Anthologie negro africaine » de l’écrivain Lilyan Kesteloot est introuvable dans les rayons. L’administration scolaire doit aplanir les difficultés et inciter les élèves à fréquenter la bibliothèque. Le proviseur du lycée Kankou Moussa, Niamina Koné, reconnaît les problèmes qui empêchent de redonner à la bibliothèque son lustre d’antan.

La formation continue participe de la motivation des travailleurs et de l’amélioration de la qualité du service. Le proviseur a adressé de nombreuses requêtes à la tutelle. Elles sont restées sans suite. D’autres requêtes ont été soumises à la hiérarchie. Elles concernent l’acquisition de matériels de traitement, de conservation des livres, de réparation des défauts de conception et d’amélioration des commodités.
La proviseure du LBAD ne se souvient pas d’une formation continue organisée en faveur des bibliothécaires de son établissement. L’Académie organise annuellement des formations pour des archivistes. Cela ne règle pas le problème.
Les bibliothécaires ne sont pas des archivistes. Ils ne peuvent pas prétendre à cette formation. Mme Koné Alima Koné souhaite ardemment transformer un réfectoire non opérationnel en un grand centre de documentation et d’information. Mais elle ne dispose pas des ressources financières pour accomplir cette modification. Et les requêtes introduites auprès de certains partenaires n’ont pas encore abouti.
La révolution de l’Internet et l’hégémonie de l’image sont des facteurs qui éloignent aujourd’hui les jeunes de la lecture. La couche juvénile est davantage scotchée aux écrans des téléviseurs et des smartphones.
Mohamed D.
DIAWARA

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