Campagne agricole en zone OHVN : Les inquiétudes ne manquent pas

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Le ministre Moulaye Ahmed Boubacar dans le champ de coton de Adama Doumbia (premier plan)

Les poches de sécheresse et le manque d’information sur le prix de cessation de l’engrais sont les préoccupations majeures évoquées par les paysans

A l’aller, des pistes et champs d’une inquiétante aridité, au retour, des champs arrosés par des pluies bienfaitrices. La visite du ministre de l’Agriculture Moulaye Ahmed Boubacar en zone nord de l’Office de la haute vallée du Niger (OHVN), les 1er et 2 août a donc été de bon augure.

A Faraba (Commune rurale de Ouéléssébougou), à 110 km de Bamako, depuis 6 jours, les paysans n’avaient pas enregistré la moindre goutte de pluie. Pourtant, c’est sous une pluie battante que la délégation ministérielle s’est rendue sur la parcelle d’Adama Doumbia. Ce dernier a cultivé 31 hectares, dont 17 de maïs, 11 de coton et 3 d’arachide. Une inspection du champ et quelques minutes d’échanges avec le producteur suffiront au ministre et à sa délégation composée, entre autres, du directeur général de l’OHVN, N’Diogou Diallo, ainsi que du président directeur général de la Compagnie malienne de développement des textiles (CMDT), Baba Berthé, pour comprendre le souci majeur d’Adama Doumbia, à savoir les poches de sécheresse. « J’ai 7 tracteurs, 6 bœufs de labour, 3 manœuvres et 4 employés. Tout va bien côté intrants, c’est la pluie qui n’est pas au rendez-vous », explique Adama Doumbia. « Continue à suivre les instructions des encadreurs, tu feras une bonne campagne », lui conseille le président directeur général de la CMDT.

Dans le champ de Doumbia, l’état végétatif est impressionnant, malgré les pauses pluviométriques longues. Cela est dû, selon l’équipe d’encadrement de la zone, au respect de la date de semis. En ce qui concerne la campagne en cours en zones OHVN, les prévisions de superficie de 28.000 hectares de coton ont été dépassées, l’Office a atteint 30.000 ha. Toutefois, tout n’est pas rose dans la zone, c’est la raison pour laquelle, l’OHVN a organisé une rencontre entre les producteurs et le ministre de l’Agriculture. Ce qui a permis aux premiers d’exposer leurs soucis au chef du département.

Dans la Commune rurale de Ouélessébougou, comme dans celle de Tièlè, l’on se préoccupe de la mauvaise répartition des pluies. En plus, la pérennisation de la subvention de l’engrais, l’accès aux tracteurs, le mauvais état des pistes rurales ou encore la chenille légionnaire de l’automne sont des sujets abordés lors des échanges entre les producteurs et le ministre de l’Agriculture. « Nous avons enregistré un début de campagne difficile à cause des poches de sécheresse. Nous avons des pistes rurales impraticables. De plus, nous souhaitons nous protéger contre la sécheresse grâce à des systèmes de rétention d’eau », espère Kariba Samaké, représentant des producteurs de la Commune rurale de Ouéléssébougou.

LUTTE IMPLACABLE CONTRE LA FRAUDE– Dans la Commune rurale de Tiélè, les paysans reconnaissent les efforts du président de la République du Mali Ibrahim Boubacar Keïta pour le secteur agricole. Mais, ils demandent plus. « Nous avons eu de l’engrais, on nous a achetés nos récoltes de la campagne écoulée. Mais Monsieur le ministre, il reste beaucoup à faire. Nous ignorons toujours le prix de l’engrais. En outre, il faut que l’engrais continue à être subventionné », insiste Chaka Fomba, porte-parole des producteurs de la Commune de Tiélè. Il a aussi évoqué des difficultés dans l’acquisition des tracteurs. « Il y a des gens qui ont payé 7 millions, soit la moitié du coût du tracteur et ils n’ont toujours pas vu de machine. En plus, nous avons de sérieux problèmes pour avoir de l’aliment bétail pour nos animaux de labour », ajoute-t-il.

A Tiélè comme à Ouélessébougou, le ministre de l’Agriculture Moulaye Ahmed Boubacar a rassuré les producteurs quant à l’accompagnement de l’Etat, dans la pérennisation de la subvention comme dans la résolution des autres préoccupations.
Tout en promettant une lutte acharnée contre la fraude dans la gestion de l’engrais subventionné, le ministre de l’Agriculture a invité les producteurs à le soutenir dans ce combat. « Aidez l’Etat à vous aider en dénonçant tout producteur qui revend son engrais subventionné. Grâce à l’argent du contribuable, l’Etat subventionne les engrais à plusieurs milliards, et qu’on retrouve en vente dans les marchés et même dans des pays voisins. Cela est inadmissible, gare à celui qui se fera prendre ! », proteste le ministre de l’Agriculture.

En ce qui concerne l’état des pistes rurales, Moulaye Ahmed Boubacar espère trouver la solution avec le projet d’amélioration de l’accessibilité rurale qui facilitera la commercialisation des produits agricoles en réhabilitant les voies rurales. Pour la chenille légionnaire de l’automne, 700 millions de Fcfa ont été récemment débloqués pour l’achat de produits phytosanitaires, selon le ministre de l’Agriculture.

La campagne agricole, aux dires du directeur général de l’OHVN, a difficilement démarré avec les poches de sécheresse qui ont occasionné des reprises de semis. « Mais, grâce à des partenaires comme la CMDT, nous avons pu mettre à la disposition des producteurs des semences pour les reprises de semis », souligne N’Diogou Diallo. Selon lui, l’état végétatif des plantes de façon générale est satisfaisant avec le retour de la pluie. Les producteurs doivent continuer les travaux d’entretien des cultures, la lutte phytosanitaire, recommande N’Diogou Diallo. « C’est à ce prix que nous pouvons atteindre les objectifs de production. Car, même si les superficies augmentent, si le rendement ne suit pas, la production chutera. Les prix des intrants vont bientôt être fixés », dit-il.

Khalifa Diakité
L’ESSOR

 

 

Culture hors-sol : TOMBOUCTOU DÉCOUVRE LA TECHNOLOGIE

32 producteurs, productrices et agents des services techniques de l’agriculture de la région de Tombouctou ont bénéficié pendant 6 jours à Bamako d’une formation sur la technologie des jardins potagers hors sol en sacs dégradables.

Proposée par le Centre mondial des légumes (World Vegetable Center) en partenariat avec l’initiative spéciale « Un seul monde sans faim » (SEWHO), cette formation assurera une production durable, la sécurité alimentaire et nutritionnelle et accroitra le revenu des ménages. D’autres objectifs sont visés par cet atelier, comme le renforcement des connaissances des participants sur les avantages et les exigences de la production maraîchère hors sol pendant l’hivernage, le suivi de la mise en application du maraîchage hors-sol par les producteurs et productrices sur leurs sites respectifs.

La cérémonie de clôture de l’atelier de formation s’est déroulée vendredi dernier dans les locaux du centre situé dans la station de recherche agronomique de Samanko. C’était en présence de Dr Mamadou Kabirou N’Diaye, directeur régional du Centre mondial des légumes, Afrique de l’Ouest, du Centre et zones arides. La culture hors sol prend plus de plants avec moins d’espace, moins d’eau et moins d’intrants. Elle est une pratique innovante et durable qui permet de diversifier et rendre accessibles les produits maraîchers en toutes périodes de l’année. Sa maîtrise, selon Dr N’Diaye, va leur permettre d’améliorer substantiellement la productivité et la disponibilité de certaines spéculations sur toute l’année au profit des populations de la zone de production.

Boucary Bocoum, 1er vice-président de la Chambre d’agriculture de Tombouctou a, lui aussi, participé à cet atelier. « Il y a eu des échanges entre participants de différents cercles, c’est un aspect très important de cet atelier », souligne-t-il. Avant d’ajouter que la culture hors-sol est une innovation qu’ils viennent d’apprendre grâce à cet atelier. « Cet atelier sur la culture hors-sol est d’une importance indéniable. Il nous a appris à faire des jardins à proximité de nos maisons qui requièrent moins d’eau et grâce auxquels on récoltera 12 mois sur 12 des légumes frais », se réjouit-il. SEWHO a déjà initié la production de certaines spéculations maraîchères dans le cercle de Diré. Il s’agit de spéculations à haute valeur nutritive comme la tomate, le gombo, la courge. Mais les fortes pluies et crues enregistrées l’année dernière ont fait échouer la plupart des cultures sur ces sites, concéde-t-il .

Khalifa Diakité
L’ESSOR

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