CAN 2019: QUE LA FÊTE COMMENCE !

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A partir d’aujourd’hui, la planète foot du continent vibrera au rythme de la 32è édition de la CAN, Egypte 2019. Au total, 24 nations, dont le Mali sont en lice pour la conquête du prestigieux trophée, mais une seule sera sacrée au soir du 19 juillet. Peut-être un nouveau pays
Le Caire, Alexandrie, Ismaïlia, Suez : voilà les quatre villes qui abriteront la 32è édition de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) qui démarre, demain vendredi en Egypte. Au total, 24 nations, reparties en 6 poules, sont en lice pour la conquête du plus prestigieux trophée du continent. Jamais dans l’histoire de la CAN, il n y a eu autant de nations pour une phase finale de l’épreuve. Et qui aurait cru, il y a 62 ans, lorsque 3 pays seulement (l’Egypte, le Soudan et l’Ethiopie) s’étaient retrouvés en phase finale, que le nombre de nations allait franchir la barre très symbolique de 20 équipes ? Pas grand monde, sauf que depuis 1957, date du lancement de la CAN et au moment où plusieurs pays africains, dont le Mali, n’avaient pas encore accédé à la souveraineté internationale, le football a beaucoup évolué et pas seulement sur le plan du jeu. Il ne pouvait en être autrement pour la simple raison que le ballon rond est, depuis sa création par les Anglais au XVIIIè siècle, la discipline la plus populaire du monde, celle dont le nombre de pratiquants et de sympathisants augmente chaque année. Ainsi, au fil des ans, le football est devenu une véritable industrie qui brasse des centaines, voire des milliers de milliards de F cfa à travers le monde. Il passionne et ne laisse personne indifférent. L’Afrique, et singulièrement la Confédération africaine de football (CAF), instance suprême du football continental, ne pouvait rester en marge de cette évolution ou plutôt des enjeux économiques du ballon rond. Ainsi, à l’instar des autres confédérations, la CAF a été entraînée, voire contrainte d’embarquer à bord du train dont la locomotive est entre les mains de la FIFA, avec à la baguette, les grands clubs européens.
La bonne question que l’on peut se poser n’est pas de savoir si cette «industrialisation» du football est une bonne ou mauvaise chose pour l’Afrique, mais plutôt ce que la planète foot du continent, avec ses maigres moyens, doit faire pour en tirer profit. Cette question est d’autant plus importante que l’augmentation du nombre de pays qualifiés pour la phase finale de la CAN rime avec moyens financiers et que l’Afrique fait partie des continents les plus pauvres du monde. Avec 24 nations pour la phase finale, il faut construire, au moins, 4 stades aux normes internationales, avoir autant d’aéroports, des sites d’entraînements, sans compter les établissements hôteliers et les routes à réaliser. N’est-ce pas à cause du retard pris par le Cameroun dans la réalisation des infrastructures conformes au nouveau cahier de charges que la CAF a décidé de retirer l’organisation de cette 32è édition de la CAN pour la confier à l’Egypte ? Tous les pays du continent rêvent d’abriter la CAN, mais avec ce passage à 24 équipes, on peut parier que les candidats ne se bousculeront plus et que beaucoup vont réfléchir par deux fois, avant de postuler.
Le défi du pays des Pharaons sera donc de réussir l’organisation de cette première CAN avec 24 équipes. Sur le plan sécuritaire d’abord, ensuite sur le plan sportif et la campagne ne sera parfaite pour les 101 millions d’Egyptiens que si Mohamed Salah et ses coéquipiers sont sacrés au soir du 19 juillet. C’est la quatrième fois, après 1974, 1986 et 2006 que l’Egypte abrite la CAN et les Pharaons (surnom de la sélection égyptienne, ndlr) sont recordman de la compétition, avec 7 titres (1959, 1962, 1986, 1998, 2006, 2008, 2010). Au total, les Egyptiens ont atteint la finale à 9 reprises et n’ont perdu que 2 fois : 1974 contre l’actuelle RD Congo et 2017 face au Cameroun. Des Camerounais qui occupent la deuxième marche, avec 7 finales et 5 consécrations (1984, 1988, 2000, 2002, 2017), devant le Ghana et ses 4 couronnes (1963, 1965, 1978, 1982). Les trois pays les plus titrés de la compétition seront présents en Egypte et parmi, le tenant du titre, le Cameroun. Egyptiens, Camerounais et Ghanéens ne peuvent viser que le sacre et tout autre résultat sera considéré comme un échec. Certes, les Black stars du Ghana sont sur une pente descendante depuis quelques années, mais comme on a coutume de le dire, les grandes équipes ne meurent jamais et les quadruples champions d’Afrique peuvent refaire surface à tout moment.
A l’instar du Ghana, le Nigeria, triple vainqueur de la CAN (1980, 1994, 2013) est également en quête de sa gloire d’antan et fait partie des prétendants au titre. En tout cas, les Super Eagles, version Gernot Rohr semblent mieux armés et plus confiants que lors des deux précédentes éditions où ils sont passés au travers de la compétition (la sélection nigériane n’a même pas réussi à se qualifier pour la phase finale de la dernière CAN qui s’était déroulée au Gabon). Pour bousculer la hiérarchie, trois pays semblent se détacher du lot, du moins sur le papier. En tête de cette liste, la première nation africaine au classement FIFA, le Sénégal. Invaincus lors des éliminatoires, les Lions de la Teranga ont tout pour plaire (un effectif rodé avec d’individualités qui évoluent dans les grands championnats européens) et n’ont jamais été aussi bien placés pour offrir à leur pays le premier trophée continental de son histoire. Mais le problème des Sénégalais, c’est qu’ils sont toujours cités parmi les favoris mais jamais à l’arrivée. Derrière le Sénégal, on peut placer les Lions de l’Atlas, vainqueurs de la CAN en 1976 et qui peuvent compter sur la grande expérience de leur sélectionneur, Hervé Renard qui a réalisé la prouesse de remporter la compétition avec deux pays différents : la Zambie (2012) et la Côte d’Ivoire (2015). Le technicien français réalisera-t-il la passe de trois en Egypte ? C’est possible, mais le plateau de cette 32è édition de la CAN est très relevé et le Maroc devra déjà batailler dur pour sortir de sa poule considérée comme le groupe de la mort, avec la présence de la Côte d’Ivoire (une vieille connaissance d’Hervé Renard), de l’Afrique du Sud et du Zimbabwe. En troisième position, on peut citer l’Algérie, sacrée championne d’Afrique en 1990 et qui est logée dans la même poule que le Sénégal, le Kenya et la Tanzanie. Du côté des Fennecs, tous les regards seront tournés vers Ryad Mahrez, auteur d’une très bonne saison avec Manchester City (triplé) et qui nourrit de grandes ambitions pour son pays.
Avons-nous oublié nos Aigles, les Eléphants de Côte d’Ivoire, les Léopards de la RD Congo, le Syli de Guinée ou encore les Aigles de Carthage ? Pas du tout, mais pour nous, ces cinq pays et, dans une moindre mesure, l’Angola, l’Afrique du Sud et le Zimbabwe se situent dans la troisième zone, c’est-à-dire celle des outsiders. Ce statut sied parfaitement aux Aigles, version Mohamed Magassouba et les nôtres ont tout à gagner au pays des Pharaons. Sans chauvinisme, on peut même s’autoriser à dire que la sélection malienne peut être l’une des révélations de cette 32è édition de la CAN. Primo, le capitaine Abdoulaye Diaby et ses coéquipiers ont réalisé un parcours sans faute lors des éliminatoires et arrivent en Egypte le moral gonflé à bloc (le capitaine malien n’a-t-il pas dit n’avoir jamais vu un groupe aussi motivé et déterminé ?), secundo, l’équipe regorge de jeunes talents (Moussa Doumbia, Amadou Haïdara, Sékou Koïta, Diadié Samassékou, Mamadou Fofana, Youssouf Koné) et tertio, l’effectif est composé à 98% de joueurs expatriés pour la plupart, titulaires dans leur équipe respective. Aussi, exceptés le milieu de terrain, Yves Bissouma, blessé et le gardien Mamadou Samassa qui a décliné la sélection, tous les joueurs qui ont participé aux éliminatoires sont présents dans le groupe du technicien Mohamed Magassouba et participeront à la CAN. Ils jouent ensemble depuis plus d’une année, se connaissent bien et le martèlent à qui veut l’entendre : le groupe a une envie collective de réaliser quelque chose ensemble et «est prêt, pour reprendre l’expression du capitaine Abdoulaye Diaby, à tous les sacrifices pour rendre les Maliens heureux».
D’ores et déjà, on peut retenir ces trois dates : le lundi 24 juin, la sélection nationale fera son entrée en lice contre la Mauritanie, le vendredi 28 juin elle se frottera à la Tunisie et le mardi 2 juillet elle bouclera la boucle de la phase de poules, face à l’Angola. Les deux premiers de la poule ainsi que les quatre meilleurs troisièmes se qualifient pour les huitièmes de finale.
Bonne chance à nos Aigles !
Souleymane Bobo TOUNKARA

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