Centenaire de l’armistice : VIVE ÉMOTION À L'ARC DE TRIOMPHE

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Ils étaient plus de 70 chefs d’Etat et de gouvernement à participer, hier, à l’Arc de Triomphe, à Paris (France) aux activités commémoratives du centenaire de la signature de l’Armistice qui marque la fin de la première guerre mondiale ou «Grande Guerre». Le président français Emmanuel Macron avait à ses côtés plusieurs de ses homologues venus des quatre coins du monde : Ibrahim Boubacar Keita (Mali), Donald Trump (Etats-Unis d’Amérique), Vladmir Poutine (Russie),  Angela Merkel (la Chancelière allemande), Recep Tayyip Erdogan (Turquie), Roch Marc Christian Kaboré (Burkina Faso), Alpha Condé (Guinée Conakry), Mahamadou Issoufi (Niger), Denis Sassou Nguessou (Congo Brazzaville), Idriss Déby Itno (Tchad), Alassane Dramane Ouattara (Côte d’Ivoire), Macky Sall (Sénégal). Il y avait aussi Sa Majesté le roi Mohamed VI (Maroc), le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres et d’autres dirigeants d’organisations internationales.
Ce dimanche, Paris s’est réveillée sous la pluie. Une météo récalcitrante donne toujours un temps frisquet, voire glacial avec un thermomètre affichant parfois des températures intenables pour un Sahélien. La capitale française a fait sa mue pour accueillir ses hôtes de marque. Un nombre impressionnant d’éléments de sécurité (10 000 policiers, gendarmes et militaires, selon la presse française) et des chiens de garde ont été mobilisés comme pour circonscrire même les détails dans lesquels peut se trouver parfois le diable. La circulation a été momentanément interrompue sur certaines artères et lignes de métro pour les mêmes raisons de sécurité.
Le président Emmanuel Macron a accueilli, dans un premier temps, ses hôtes de marque sur le perron de l’Elysée et échangé brièvement quelques mots avec eux. Certains chefs d’Etat étaient accompagnés de leurs épouses. Ces invités de marque embarqueront ensuite dans des bus pour regagner l’Arc de Triomphe. À l’exception des présidents Trump et Poutine dont la limousine a regagné directement l’Arc de Triomphe. Mais le cortège du président américain a failli être perturbé dans sa trajectoire par trois militantes aux seins nus. Elles ont été vite maitrisées par les policiers. Le président russe était le dernier à regagner la loge présidentielle à l’Arc de Triomphe. Il a échangé quelques poignées de main et une tape amicale avec son homologue américain.
HAUT NIVEAU DE SÉCURITÉ – La sécurité était au maximum. Les places étaient limitées dans la tribune de l’Arc de triomphe (200 places selon l’équipe d’accréditation). Les journalistes ne pouvaient pas aller au-delà de leur zone d’accréditation. Mais c’était sans compter avec la détermination des «chasseurs d’images» (photographes et cameramen) qui n’entendaient pas rater le moindre acte de cette messe des «grands» du monde.
Les éléments de la sécurité qui réfléchissent en ordres et instructions de la hiérarchie et chasseurs d’images capables d’outrepasser toutes les consignes de sécurité se regardaient en chiens de faïence. Mais comment s’accorder sur des basiques pour que chacun fasse son travail sans aucune déconsidération pour l’autre ? En tout cas, l’organisation était bien huilée et l’Hexagone a montré, une fois de plus, qu’il peut accueillir et rassurer le gratin du monde, même dans des conditions de menace terroriste à l’échelle planétaire. Pour l’histoire, tout le monde voulait être témoin du centenaire de l’armistice. Les choses étaient calées avec une précision chirurgicale.
Le président Ibrahim Boubacar Kéita portait un costume bleu, assorti d’une chemise blanche et d’une cravate bleue. Il était parmi le gotha des dirigeants mondiaux et partageait poignées de main et sourires aux premières loges à l’Arc de Triomphe, à côté d’autres homologues dont des compatriotes, à l’instar des Maliens,  furent de téméraires combattants qui ont aussi versé leur sang pour la France.
Après l’exécution de la Marseillaise, le président Emmanuel Macron a salué les quatre écoles d’officiers et écouté la liste des soldats morts pour la France cette année. Il y a eu aussi un rappel, en plusieurs langues (français, chinois, anglais et autres) par des jeunes lycéens, des témoignages poignants des circonstances de la Grande Guerre et de sa fin qui a vu l’armistice mettre un terme aux sifflements des balles. Ces rappels ont été faits entre deux mouvements de sonate avec violon et piano, où deux maestros ont étalé un pan de leur immense talent.
 
LA GUERRE, UNE BÊTISE DES HOMMES – Dans son discours, le président Macron a expliqué que le 11 novembre 2018, à 11 heures du matin, il y a cent ans, jour pour jour, heure pour heure, à Paris comme partout en France, les cloches retentissaient pour annoncer la fin de la guerre. L’effroyable guerre qui se tenait pendant plusieurs années se terminait ainsi et les Français et leurs alliés célébrèrent la victoire. Emmanuel Macron a rendu hommage aux combattants français, y compris ceux qui ont lutté sous le drapeau français, notamment les Africains appelés tirailleurs sénégalais. «Ils ont connu un enfer que nul ne peut se représenter», a témoigné le chef de l’Etat français, rappelant que d’illustres inconnus d’alors sont tombés sous les balles ennemies ou se sont illustrés par leur courage et abnégation, notamment le capitaine d’alors Charles de Gaulle. La guerre reste une bêtise humaine. Le président français partage cet avis et rappelle les affres de la Grande Guerre. «L’humanité s’était enfoncée dans le labyrinthe hideux d’affrontements sans fin», a-t-il dit. Il a aussi souligné que dès le lendemain de la signature de l’armistice, on commença le décompte des morts, des blessés et des mutilés. A ce propos, le président français a donné des statistiques qui font, encore aujourd’hui, froid dans le dos : 10 millions de victimes, 6 millions de blessés, 3 millions de veuves et 6 millions d’orphelins.
Par ailleurs, il y a eu un million de victimes civiles et un milliard d’obus tirés sur le seul sol français. Mais avec l’armistice qui consacre la victoire de la France et de ses alliés, selon le président Macron, au lendemain de cette fin, «les larmes des mourants succédaient à celles des survivants. Car, c’est sur cette terre de la France que le monde entier s’était battu». Et de préciser que beaucoup de ceux qui sont rentrés chez eux, avaient perdu leur jeunesse, leur goût de vivre ou avaient été mutilés. Pour le président Macron, le devoir de souvenir est impératif. «Les traces de cette guerre ne sont jamais effacées, ni sur cette terre de France, ni sur celle de l’Orient encore moins dans la mémoire des hommes», a-t-il indiqué. Il en a ainsi appelé à un exercice d’introspection et de souvenir de cette vision de la France généreuse. A la fin de son intervention, le président français a déposé une gerbe de fleurs sur la tombe du soldat inconnu.
Aujourd’hui, la bonne question n’est pas de savoir si l’hommage rendu aux poilus (surnom donné aux soldats qui ont combattu sous le drapeau de la France pendant la première guerre mondiale (1914-1918), y compris les combattants noirs, notamment africains, mais aussi guyanais et antillais, entre autres) est un devoir de reconnaissance ou apporte un éclairage à l’histoire. Il s’agit d’abord de sceller l’amitié et la solidarité entre les peuples et d’honorer simplement la victoire de la libération contre la barbarie des hommes et d’œuvrer au maintien de la paix à travers la célébration du centenaire de l’armistice, un traité qui établit les conditions de la défaite des troupes allemandes.
L’Allemagne vaincue se plie aux exigences des alliés, conformément au document de l’arrêt des combats signé entre le général Ferdinand Foch, pour les alliés, et le ministre allemand des Finances d’alors Matthias Erzberger qui aurait été plus tard assassiné. Les années d’occupation ont été sombres, mais surtout des années de privation de liberté dans certaines localités en France et en Europe. La situation exigeait un recours à l’Armée noire avec ses combattants téméraires. L’apport de ces forces herculéennes a aussi renforcé les troupes françaises et contribué à percer les lignes de défense allemandes et obtenir la victoire finale.
Le président Ibrahim Boubacar Keïta avait, lui-même, expliqué à l’inauguration d’un ouvrage mémoriel à Reims en France, mardi dernier, en souvenir des combattants de l’Armée noire que «selon les chiffres les moins contestés, près de 200.000 combattants africains ont accouru à la rescousse, pendant la première guerre mondiale. Ils se sont battus pour l’empire par monts et par vaux, ils se sont battus de jour, et plus souvent de nuit que de jour, ils se sont battus pour la France».
Après la cérémonie à l’Arc de Triomphe, les chefs d’Etat et de gouvernement (excepté le président américain) ont participé à l’Elysée au Forum de Paris sur la paix, un sujet qui reste d’actualité. Nous y reviendrons dans une prochaine parution.
Envoyé spécial
Bréhima DOUMBIA

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