Cercle de Diéma : Les cas de noyade se multiplient

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Dans le Cercle de Diéma, le niveau des mares et des cours d’eau a atteint cette année une proportion inquiétante à cause de l’abondante pluviométrie. Ces mares et cours d’eau sont certes d’une grande utilité, ils fournissent des poissons, servent dans les activités maraîchères, permettent d’assurer l’abreuvement des troupeaux, et facilitent le ravitaillement des chantiers.

Mais, ils constituent également un danger pour les enfants qui les fréquentent quotidiennement. Ils partent pêcher, en rentrant des champs ou en accompagnant leurs mères pour la lessive, bref les occasions ne manquent pas pour ces bambins pour se débarbouiller. Il y a aussi ceux qui vont pour apprendre la natation. Malgré les mesures de sensibilisation entreprises par les radios de proximité, le phénomène est loin d’être banni. Chaque année, des enfants meurent par noyade dans le Cercle de Diéma. Seyba Diabaté, chef du centre de la protection civile de Diéma, rompt le silence.

Il explique que le nombre de cas de noyade cette année dans le Cercle de Diéma s’élève à 6, dont 4 à Lambidou, 1 à Béma, et 1 à Diéma. Lorsqu’on a l’information, dit-il en substance, on intervient rapidement pour tenter de sauver la personne ou pour extirper le corps de l’eau, après opération, on remet la victime aux services de santé. Le chef du centre de la protection civile, souhaite, avec le soutien des autorités compétentes, initier le moment venu, une formation, à l’intention des jeunes, dans le cadre de la natation, afin de réduire les nombreux cas de noyade que le Cercle de Diéma enregistre annuellement. Le grand cours d’eau du barrage situé non loin du quartier Bamaking, a, dit-on, besoin de sacrifice humain, c’est pourquoi chaque année, déclare ce pêcheur s’apprêtant à placer sa ligne, il «bouffe» une personne.

Cette année, il n’y a pas eu de cas de noyade à Diangounté Camara. Le 2ème adjoint au maire, Oudé Magassa, explique que la mairie n’a pas entrepris de sensibilisation dans ce sens, mais que tous les parents sont conscients aujourd’hui des dangers de cette pratique vieille de plusieurs siècles. C’est pourquoi, tous défendent à leurs progénitures de côtoyer les cours d’eau durant ces périodes.

Assitan qui aidait son mouton terrassé par une forte pluie, à se tenir sur ses pattes flageolantes, déclare que dans cette situation, les femmes ont une grande part de responsabilité. Lorsque certaines femmes partent laver leurs ustensiles ou leurs habits dans la mare, elles amènent parfois tous les enfants de la maison, et les laissent se divertir, c’est ce qui entraîne souvent des noyades.

Le fils de Hétan, essaie de la tromper. Chaque fois qu’elle lui demande s’il est allé se laver dans la mare Lambakoré, il jure qu’il a arrêté. Mais il suffit qu’elle voit l’état des yeux et du corps du petit, pour qu’elle se mette à le rouer de coups, malgré la menace de répudiation proférée à son encontre par le mari. Avec la sensibilisation, rares sont les parents, selon Mariko Traoré, conseiller communal, résident à Dioumara-Koussata, qui laissent leurs enfants fréquenter les cours d’eau. Ici, ce sont les hommes qui veillent généralement sur les enfants.

Karamoko, vendeur de boissons, ajoute que par incivisme, certaines personnes jettent dans les cours d’eau des cadavres d’animaux, et toutes sortes de détritus. Ces eaux souillées, on ne doit même pas les faire boire par un animal, à fortiori…
Makan, adjoint à l’imam à Lakamané, indique que la pratique fait partie des coutumes du milieu. Si les enfants partent aux champs, ils se lavent dans les cours d’eau. On délivre des messages lors de nos prêches afin que les parents empêchent leurs enfants de se baigner dans les mares.

Bassi Coulibaly, notable à Guédébiné, certifie que du début, à la fin de l’hivernage, vous ne verrez aucun enfant se baigner dans une eau stagnante. «Le directeur technique de notre CSCOM et son équipe, dont je loue ici les efforts, sensibilisent les femmes qui viennent en consultation pour l’abandon de la pratique». Salim Diawara, conseiller communal de la jeunesse de Béma, explique que grâce à la sensibilisation, la pratique a considérablement diminué dans la commune, même si elle n’est pas totalement finie. Avec l’existence de quelques bornes fontaines, poursuit-il, de nombreuses femmes ne se rendent plus dans les mares avec leurs enfants pour la lessive.

Ganda Modibo Tounkara, chef du service de l’Hydraulique de Diéma, affirme que les eaux stagnantes sont souvent sources de contamination. «Si les enfants s’y baignent, ils pourraient attraper des maladies hydriques, comme la bilharziose, la diarrhée, les dermatoses, etc. Il faut, poursuit l’hydraulicien, renforcer la sensibilisation». Toute eau qui ne coule pas, peut rendre malade, renchérit un producteur, qui se désaltère, mine de rien, avec l’eau de l’affluent qui passe à côté de son champ.

Ouka BA
Amap-Diéma

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