Chronique Cinéma: Le FESPACO peut-il résister à la Covid-19 ?

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À six mois de l’évènement, le Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO) semble ne pas encore se réveiller des flonflons du méga-show de sa 26ème édition, celle du Cinquantenaire qui s’est déroulée du 23 février au 2 mars 2019 sous le thème « Mémoire et avenir des cinémas africains ».

À ce jour, le site web officiel de la grande biennale du cinéma africain ne varie nullement sa présentation en continuant d’afficher, encore et encore, les images de l’édition passée, sans aucune information sur celle qui pointe à l’horizon. Même la date précise n’est pas spécifiée. En témoigne cette interrogation affichée :  » Date d’organisation : on Feb. 2021 (?) ». Et, plus énigmatique encore, cette mise en garde : « Attention : les programmations annoncées peuvent être modifiées en raison de la pandémie de coronavirus. Avant tout déplacement, il est indispensable de s’informer auprès des organisateurs ».

Le redoutable virus, si friand de rencontres de masse, arrivera-t-il à faire plier le FESPACO, comme il l’a fait avec bien d’autres manifestations sportives et culturelles, parmi lesquelles le prestigieux Festival de Cannes qu’il a obligé à annuler son édition 2020 ?
Pour mémoire, l’édition 2019 du FESPACO a vu, le 2 mars, le film rwandais  » The Mercy of the Jungle » de Joel Karekezi couronné de l’étalon du Yennenga parmi les vingt films de seize pays africains retenus pour la compétition, dont le long métrage de fiction « Barkomo » (la grotte) d’Aboubacar Bablé Draba et Boucary Ombotimbé

La trame dramatique du film ? Mali, fin 17e siècle. Dans un petit hameau du pays Dogon, un chasseur vit avec ses deux femmes. La première, Yamio, infertile après 10 ans de mariage, tente de se suicider à cause de l’humiliation que lui impose sa jeune coépouse qui arrive à enfanter. Elle se jette du haut de la falaise ; mais miraculeusement, elle atterrit saine et sauve. Ensuite, elle prend le chemin de l’exil, errant à travers plaines et falaises. Elle arrive dans une grotte aménagée en palais pour le roi de Barkomo, un petit royaume qui vit une période d’angoisse marquée par une série de grands malheurs. Les devins relèvent que seule la naissance d’un enfant gaucher peut purifier le village et ramener la vie à la normale. Elle est adoptée par le village avant de découvrir qu’elle est enceinte et accouche – Ô miracle ! – d’un enfant gaucher. En reconnaissance, le Roi en fait sa seconde épouse.

Cette édition 2019 aura été marquée par la reconnaissance du talent du réalisateur Salif Traoré, par ailleurs secrétaire général de l’Union nationale des cinéastes du Mali (UNCM). Il a été récompensé du Prix spécial de l’UEMOA dans la série Documentaire long métrage pour son film « Jamu Duman » , .Le « jamu » ou nom de famille est à la base de la géniale trouvaille du cousinage à plaisanterie attribuée, selon la tradition, à l’empereur du Mali Soundiata Kéita qui, au 13ème siècle, sentant la nécessité de mieux souder l’empire, en a fait un outil pour rendre solidaires et fraternelles les différentes populations.

L’édition 2019 aura aussi vu la réélection de Cheick Oumar Sissoko à la tête de la Fédération panafricaine des cinéastes (FEPACI) par consensus , ce vendredi 22 février au cours de son  10e congrès à Ouagadougou. Il a rempilé ainsi pour un nouveau mandat de quatre ans.

En attendant les nouvelles du prochain FESPACO, jetons un regard rétrospectif sur les performances des cinéastes maliens durant les 50 ans d’existence de la plus grande rencontre cinématographique du continent. Des performances remarquables illustrées par la place du Mali parmi les plus grandes cinématographies africaines. Trois fois honoré de l’étalon du Yennenga décerné à Souleymane Cissé pour ses longs métrages de fiction « Baara » en 1979 et « Finyè » en 1983 ainsi qu’à Cheick Oumar Sissoko réalisateur de « Guimba » en 1995.

S’y ajoutent d’autres récompenses pour les films maliens et deux distinctions de meilleur acteur avec le prix de la meilleure actrice décerné à Mariatou Kouyaté en 1991 pour son rôle dans « Bamunan » de Falaba Issa Traoré en 1965 et Ibrahim Koma dans le film « wulu » de Daouda Coulibaly en 2017.

Qu’il semble dater le temps de ces étalons pour les réalisateurs maliens et les interrogations ne manquent pas dans le milieu du septième art pour savoir à quand la fin de la disette ?

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