Chronique Cinéma: Le Festival de Cannes à genou

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Les scientifiques l’ont démontré. Ce virus-là, pour s’épanouir, a besoin de bain de foule. Pour le contrer, ils ont recommandé la fermeture des lieux de rassemblement de masse. Stades et salles de cinéma en ont fait les frais. Et, comme ces mesures n’ont pas suffi à endiguer sa macabre progression, le confinement a été appelé en renfort, avec à l’appui, d’autres mesures barrière comme les cache-nez, le lavage des mains, la distanciation sociale.

Finalement, le monde, sonné par le ravage qu’il a causé, se rend compte qu’il est là pour durer et qu’il faut apprendre à l’apprivoiser pour vivre avec lui sans trop de dommage. Au regard de cette réalité, les activités humaines, dont beaucoup avaient été mises en veilleuse, reprennent progressivement.

Le cinéma a été perturbé à tous les étages. Les festivals n’ont pas échappé à l’impact de ce mal de début du siècle. C’est le cas de la plus grande manifestation mondiale du septième art, le festival de Cannes. Une première depuis mai 1968 que la Palme d’or n’est pas décernée. Après avoir tenté de le maintenir, d’abord à sa date « normale », du 12 au 23 mai, puis au début de juillet, les organisateurs ont dû, baisser pavillon. Ainsi, le virus a empêché les quelque 30 000 à 40 000 festivaliers habituels de se retrouver sur la Croisette, Mais, surtout, il n’a pas permis de révéler les exclusivités et les stars qui vont avec.

Pas totalement abattus, ces organisateurs n’ont pas voulu en rester là. Après avoir visionné les 2067 films – un record absolu – qu’on leur a présentés, ils ont proposé une sélection de longs-métrages qui pourront se prévaloir d’un « label Cannes 2020 ». Soit un ensemble de 56 films, dont une vingtaine en compétition pour la Palme d’or ; ce qui correspond à la jauge de la sélection officielle annuelle. Des films qu’ils soutiendront, assurent-ils, dans la mesure de leurs moyens lors de leur sortie en salle ou à l’occasion d’autres manifestations cinématographiques.

On peut découvrir à la lecture de cette sélection à quoi aurait pu ressembler le festival 2020 du point de vue de la géopolitique du septième art. Et, ce n’est pas une bonne nouvelle pour le cinéma africain : seules deux œuvres originaires du continent, l’une du nord et l’autre du sud du Sahara, ont été retenues parmi les 56 opus distingués. Et encore que ces deux films auraient probablement été destinés à la section parallèle « Un certain regard ». Il s’agit du long métrage « Souad », de l’Égyptienne Ayten Amin, péripétie d’une préadolescente qui entreprend un long voyage vers Alexandrie pour essayer de comprendre pourquoi sa sœur aînée s’est suicidée, et du documentaire « En route vers le milliard », du Congolais Dieudo Hamadi relatant le combat pour obtenir une indemnisation des victimes civiles de « la guerre des six jours » qui a opposé deux groupes rebelles respectivement alliés à l’Ouganda et au Rwanda, à Kisangani, en juin 2000.

Finalement, la 72e édition 2019 demeure encore d’actualité. Elle restera dans les mémoires comme celle de la première consécration du cinéma sud-coréen avec la récompense suprême, la Palme d’or, décernée à « Parasite », du réalisateur Bong Joon Ho. C’est un film de terreur et de dissection impitoyable de la société coréenne. Et, la franco-sénégalaise Mati Diop a été honorée du Grand Prix, deuxième des trophées dans la hiérarchie cannoise pour son long métrage « Atlantique ». Il porte sur des jeunes Africains qui, décident de quitter le pays pour aller à l’aventure par l’océan à la recherche d’ un mieux-être.

On peut se poser la question de savoir si la réalisatrice aurait été distinguée étant affublée de la seule nationalité sénégalaise, tant la défiance à l’égard des films africains est grande à Cannes. S’il en était autrement, « Yeelen » (La Lumière), de Souleymane Cissé, film initiatique sur le douloureux chemin que prend un jeune homme rebelle, aurait eu un meilleur sort. Il a obtenu le Prix Spécial du Jury au Festival de Cannes en 1987.

Ce film aurait sans doute, aux yeux de beaucoup d’observateurs, mérité mieux, à savoir la Palme d’Or, tant il a fait un tabac dans les milieux festivaliers par la qualité de l’œuvre. Quid de Cannes 2021 ? « Si les contraintes devaient demeurer, nous nous adapterions », répondent les organisateurs.

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