Chronique Cinéma: Quand le cinéma se nourrit de littérature

0
319

Un record pour la 12ème édition de la Rentrée littéraire du Mali qui s’est déroulée du 18 au 23 février et qui a enregistré une quinzaine de livres en compétition.
Le premier prix, Ahmed Baba, a été décerné à « La civilisation de l’ersatz » de l’Algérien Djawad Rostom Touati ; le prix Massa Makan Diabaté a récompensé le Malien Mohamed Diarra pour son roman « Meurtre sous le pont des indigents » et le prix du premier roman est allé à Corinne Chandra Diallo, auteur de « Diane et les images ».
Cette vague 2020 vient s’ajouter aux précédents acquis pour constituer un vivier dans lequel peuvent piocher les metteurs en scène du cinéma si friands de belles histoires. Même si l’on déplore le peu d’engouement des réalisateurs maliens pour l’adaptation des œuvres littéraires. On peut tout de même citer « la danse du singe » que Salif Traoré a réalisé à partir du roman du même nom de Abdou Traoré dit Diop et « Koussaw », un long métrage réalisé par Ibrahim Touré sur une adaptation du roman « Les cure-dents de Tombouctou » du Dr N’Do A. Cissé.
Pourtant, dans les grandes cinématographies mondiales, une tradition de l’adaptation s’est installée depuis les débuts du septième art qui n’a cessé de puiser son inspiration dans les œuvres littéraires, le roman en particulier.
Les analystes estiment que plus de 40% des films tirent leurs sources de la littérature et qu’aujourd’hui encore, près d’un film sur quatre est tiré d’un livre.
Ainsi, une grande part des succès de l’âge d’or hollywoodien est tirée de romans. C’est le cas de « Autant en emporte le vent » de Margaret Mitchell, « Breakfast at Tiffany’s » de Truman Capote, « Les Raisins de la colère » de John Steinbeck ou encore « Un tramway nommé désir » de l’écrivain Tennessee Williams. Certains de ces films sont aujourd’hui aussi connus, voire plus, que les textes originaux : l’adaptation des « Oiseaux » par Hitchock est plus célèbre que la nouvelle de Daphné Du Maurier qui l’a inspirée.
Pourquoi les grandes cinématographies se ruent-elles tant sur les romans pour les adapter ? Quels sont les avantages du point de vue de l’industrie du cinéma ? Les écrivains et éditeurs y trouvent-ils leur compte ?
Il semble que le marché de l’adaptation soit séduisant pour les deux parties. D’après un article de la revue littéraire Lire, le coût est de plus en plus élevé pour l’achat des droits de certains best-sellers. En Europe, la vente des droits d’un livre au cinéma va, en moyenne, de 50 000 à 100 000 euros. Elle peut même atteindre la sacrée manne d’1million d’euros pour un best-seller. Une réelle inflation des adaptations littéraires au cinéma, et des sommes versées pour les achats de droits de ces titres, soulignait en 2008, le journal Le Monde.
Du côté des producteurs, parier sur un scénario s’inspirant d’une œuvre littéraire est bien sûr rassurant : le livre a déjà eu un public qui a « testé » l’histoire, et par conséquent le film peut déjà compter sur un public de curieux souhaitant découvrir l’adaptation. La sécurité que cela représente pour les sociétés de production est souvent renforcée par un casting alléchant, constitué d’acteurs ‘‘bankables’’, têtes d’affiche sur lesquels s’appuie une large campagne de promotion.
Une bonne réussite qui va jusqu’à une large représentation des adaptations lors des classiques cérémonies de remises de prix : la dernière palme d’Or à Cannes, « La Vie d’Adèle », est un film tiré d’une bande dessinée de Julie Maroh. Le succès peut même être l’occasion d’une réédition avec l’affiche du film comme illustration de couverture, une habitude qui s’installe chez les éditeurs.
Le cinéma, selon Slate, le magazine en ligne, ne sait pas se passer de la littérature ; il ne l’a jamais fait. Aussi, les relations entre cinéma et littérature se structurent et se normalisent de plus en plus. Le nombre d’adaptations ne cessant de croître, les grandes maisons d’édition se dotent, en conséquence, de services consacrés à la gestion des droits vers l’audiovisuel, qui informent les producteurs des sorties de livres pouvant les intéresser pour d’éventuels films.
Et, depuis quelques années naissent des sociétés dédiées au rôle d’intermédiaire entre producteurs, réalisateurs, auteurs et éditeurs.
Les organisateurs de la Rentrée littéraire au Mali ont tout intérêt à explorer cet aspect de l’adaptation cinématographique des livres en associant à leurs futures éditions des cinéastes pour une meilleure collaboration. Les éditeurs et les écrivains se doivent de les y pousser pour l’intérêt culturel et les retombées financières qui peuvent en découler. Ils ne peuvent que sortir gagnants de ces tentatives de valorisation de leurs ouvrages.

Laisser une réponse