Chronique Cinéma: Vers la fin des mésaventures de Chéitane ? le film inachevé de Assane Kouyaté

0
225

Le Centre National de la Cinématographie du Mali (CNCM) est déterminé à assurer la finition du film « chéitane » du réalisateur Assane Kouyaté qui pourrait s’appeler finalement « Le pari ». Le montage final doit se faire au studio école du CNCM, nous a affirmé le Directeur Général, Modibo Souaré.

Après la réalisation au Mali, le travail de finition a été, en partie, effectué en France. Le plus étonnant, nous a confié M. Souaré, l’opération a été effectuée sans qu’un contrat de prestation de service ait été établi entre les deux parties. Le paiement de tranches de la prestation française a été effectué sans document comptable ou facture. C’est fort surpris que le CNCM s’est vu réclamer par le laboratoire et le studio français un reliquat de près de 6 700 euros, soit près de 45 millions FCFA. Pour débloquer cette fâcheuse situation et permettre au film d’exister, le Conseil d’administration du CNCM s’active à la résolution de ce problème, assure M. Souaré.

Et pourtant, l’Etat a consenti une enveloppe budgétaire de 800 millions de FCFA, que certains ramènent à 448 millions débloqués par le ministère de la Culture. Une somme qui aurait dû couvrir largement tous les frais jusqu’à la finition.
La gestion de ce fonds était aux mains du Directeur général du CNCM à l’époque, Moussa Diabaté. C’est face à ce problème brûlant, parmi bien d’autres, que s’est trouvé son successeur désigné, Modibo Souaré, qui ne s’est pas hasardé à signer le procès-verbal de passation de service, encore moins à s’installer dans son fauteuil de Directeur général tant qu’un audit n’aura pas été effectué. Le diagnostic opéré par des experts n’a pas été du goût de l’ex Directeur général, Moussa Diabaté, qui a porté l’affaire devant les tribunaux où le dossier demeure pendant.

Pour achever le montage du film, le CNCM revient à ses anciens amours avec le Danemark qui doit dépêcher des spécialistes pour opérer aux côtés de leurs homologues maliens. Cette coopération a permis de grandes réalisations au profit du cinéma malien dont les travaux de finition du film « Da Monzon, la conquête de Samanyana » de Sidi Diabaté et le perfectionnement de techniciens du cinéma tant à Copenhague qu’à Bamako.

Malheureusement, cette fructueuse collaboration avec le Danemark avait été délaissée pour une option française qui ne s’est pas avérée bien payante.

Pour en ajouter à la complexité de ce dossier, il faut savoir que Assane Kouyaté, se trouve dans un état de grave détérioration de la santé. La direction du CNCM s’engage à mener une campagne de soutien au réalisateur.

Avec l’appui de l’Union Nationale des Cinéastes du Mali (UNCM) dont le secrétaire général, Salif Traoré, est en constante relation avec Assane Kouyaté quelque peu résigné, avant une pointe de déception quant à la hauteur des élans de solidarité à son endroit.
Assane Kouyaté est né à Bamako en 1954. Muni d’un DESS de lettre moderne à l’École Normale Supérieure de Bamako, il est engagé au Centre National de Production Cinématographique (CNPC devenu aujourd’hui le CNCM) en 1979 comme réalisateur. Puis, il étudie à l’Institut de cinéma et de télévision de Moscou où il obtient en 1989 un Diplôme d’Études Approfondies de Cinéma.
En 1988, il travaille avec le réalisateur russe Serguéi Salaviov comme deuxième assistant sur le film « Le Pigeon ». Il collabore ensuite avec différents réalisateurs comme l’argentin Pablo César sur le film « Aphrodite » en 1998.

En 2002, il sort son premier long-métrage « Kabala » qui raconte l’histoire d’un village du Mandé, confronté au tarissement de l’unique puits, appelé puits des Ancêtres, dans une confrontation entre modernité et rigorisme. Ce film obtient le prix du meilleur scénario et le prix spécial du jury au Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO). Il joue comme acteur dans plusieurs films dont « Min Yé » (« Dis moi qui tu es ») de Souleymane Cissé en 2007.

« Le pari », selon les prévisions du DG Modibo Souaré, devrait être finalisé d’ici fin septembre pour pouvoir prétendre à la compétition au FESPACO 2021. En espérant que son auteur, Assane Kouyaté sera rétabli entretemps.

Laisser une réponse