Mali : Des parents déconseillent à leurs enfants de participer aux manifestations

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Beaucoup de mères et de pères de famille, dans les quartiers de la Commune III du District de Bamako, dissuadent les jeunes de s’associer aux mouvements de protestations qui s’attaquent aux biens publics et privés, dans la capitale malienne. Ils s’inquiètent plutôt pour la vie de leurs progénitures

Après des actes de vandalisme, suivis d’affrontements entre manifestants et forces de l’ordre ayant provoqué des pertes en vies humaines, le week-end à Bamako, et suite aux appels de certains regroupements de jeunes pour barricader toutes les voies menant aux services de l’administration d’État, certains parents tentent de retenir leurs enfants. «J’ai dit à tous mes fils d’éviter les lieux de rassemblement et de protestation dans la ville.

Les choses ont pris une autre tournure. Chacun cherche son intérêt personnel. Moi, mes enfants sont mon avenir», estime Aminata Sidibé, sexagénaire, habitante de N’Tomikorobougou. Pour elle, il y aurait toutes sortes de personnes, aux objectifs et intérêts divergents parmi les manifestants. «Toute chose qui conduira au drame», dit-elle. Au Badialan II, la famille Traoré surveille, comme du lait sur le feu, le garçon le plus récalcitrant afin qu’il ne puisse plus participer aux protestations. « Tous les jeunes de ma famille sont conscients du danger et du risque qu’ils courent en participant à ces mouvements. Sauf Moussa. Il était dans la manifestation du vendredi dernier et a d’ailleurs passé la nuit dehors sans donner de nouvelles de lui.

Nous nous sommes, tous, faits du souci pour lui. Il n’est revenu à la maison que samedi, vers 9 heures du matin », explique Abdoul Traoré, le père de famille. Et d’ajouter : « depuis ce jour, ses frères et moi-même le surveillent pour qu’il ne puisse plus regagner les mouvements ».

Moussa s’est vu refuser l’entrée de la famille avec un quelconque butin des actes de vandalisme à l’Assemblée nationale. Les porteurs d’uniforme déconseillent aussi les membres de leurs familles de suivre les manifestants, car beaucoup d’éléments de la police, de la gendarmerie nationale et de la garde nationale sont natifs de la Commune III du District de Bamako. Après que la situation a dégénéré, ces forces de l’ordre ont appelé leurs proches à rester loin des attroupements de manifestants. « Mon grand frère, un policier en service au Groupement mobile de sécurité (GMS), a appelé notre mère pour lui parler du danger à s’associer aux rassemblements.

Il lui a dit de nous empêcher de suivre les manifestants et depuis lors, la maman ne cesse de maudire quiconque, parmi nous, s’entêterait à participer à la manifestation », dit Alhassana Diakité, la vingtaine révolue, habitant à Darsalam. À l’en croire, c’est son grand frère policier qui lui a révélé qu’il a eu plusieurs blessés dans les rangs des policiers. « Il m’a dit que certains de ses camarades ont été grièvement blessés lors des saccages du vendredi. Et aussi, qu’un policier a été atteint au pied par balle, le samedi, lorsque les manifestants se sont attaqués au commissariat du 10è arrondissement. Il nous a informé que certains manifestants ont des armes et s’en servent », ajoute Alhassana.

Après la pluie d’hier, aux environs de 13 heures, nous avons fait un tour dans les quartiers de la Commune III du District de Bamako. Nous n’avons constaté aucun rassemblement ni attroupement et encore moins de barricades sur la voie publique. Certains axes étaient à moitié libérés car il y avait des restes d’objets calcinés sur une bonne partie du bitume. Entre autres, des résidus de pneus brûlés, des branchages, des ordures ménagères. Le chemin qui passe derrière la Bourse du travail, vers le cimetière chrétien de Bamako-Coura, était, par contre, complètement barricadé. Jusqu’aux environs de 14 heures, aucun mouvement de protestation n’avait repris en Commune III du District de Bamako.

Oumar Diakité

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