Concertation nationale au Mali: Dans le vif du sujet

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Pour le colonel Assimi Goïta la rencontre est l’expression des aspirations légitimes des populations

Ces assises nationales sont l’occasion de diagnostiquer sans complaisance les maux qui minent notre système
démocratique afin d’adopter les mesures urgentes et nécessaires, a dit le président du CNSP, le colonel Assimi Goïta dans son discours d’ouverture

Le président du Comité national pour le salut du peuple (CNSP), le colonel Assimi Goïta, a présidé hier, au Centre international de conférences de Bamako (CICB), la cérémonie d’ouverture des journées de concertation nationale sur la transition. C’était en présence du 1er vice-président du CNSP colonel Malick Diaw et du maire de la Commune III, Mme Djiré Mariam Diallo. Il s’agira au cours des trois jours des travaux, de définir les grands axes de la feuille de route, d’élaborer la charte de la transition notamment ses organes, ses attributions, son mode de désignation et sa durée.

Les Maliens, dans leur diversité, sont de nouveau réunis pour rédiger ensemble une nouvelle page de notre histoire commune. Dans son intervention, le maire de la commune dira que c’est un rendez-vous historique et que «nous n’avons pas droit à l’erreur». « Nous devons nous ressaisir, faire notre autocritique et au sortir de ces journées de concertation, la feuille de route qui va en découler devra être un bréviaire pour chacun de nous. Elle devra également voir le redémarrage de l’appareil étatique lancé effectivement», a insisté Mme Djiré Mariam Diallo. Pour elle, cela leur permettra en tant que responsables des collectivités territoriales de mieux assurer les besoins sociaux de base des populations combien fragilisées par l’extrême pauvreté aggravée par la crise et la Covid-19.

RESPECT DE LA VOLONTÉ DES MALIENS- Ouvrant les travaux, le président du CNSP a indiqué que la concertation nationale est l’expression des aspirations légitimes du peuple malien pour une meilleure refondation de la nation. «Cette refondation se justifie par la recherche d’une bonne gouvernance afin que les préoccupations des citoyens soient au centre de nos politiques publiques», a déclaré le colonel Assimi Goïta, ajoutant que cette concertation est donc l’occasion pour les forces vives de la nation de discuter des préoccupations du moment et de l’avenir.

«D’une manière générale, il s’agit de diagnostiquer sans complaisance les maux qui minent notre système démocratique afin d’adopter les mesures urgentes et nécessaires», a affirmé le président du CNSP, qui dit ne point douter de l’esprit patriotique de tout un chacun afin que «nous puissions adopter les bases des réformes politiques et institutionnelles nécessaires à la refondation de notre nation».

«Nous sommes à un tournant important de notre histoire, nous devons laisser nos différends de côté et saisir cette opportunité pour bâtir les jalons d’un Mali refondé sur le travail, l’efficience, la justice sociale, un Mali paisible, créatif et solidaire où il fait bon vivre», a insisté l’officier supérieur, qui a renouvelé la volonté du CNSP de participer à la mise en place d’une architecture de la transition dans le strict respect de la volonté du peuple malien. Après la cérémonie officielle d’ouverture, le conseiller spécial du président du CNSP, chargé des affaires juridiques, a présenté le programme de ces journées, leurs objectifs, la méthodologie de travail et annoncé la répartition des participants en cinq groupes de travail.

LES TDR- Il ressort des termes de référence validés la semaine dernière que le Mali est confronté à une crise multidimensionnelle notamment politique, institutionnelle, socio-économique, sécuritaire et récemment sanitaire liée à la pandémie de la Covid-19. Cette situation a fait vaciller tous les fondements de la société dans les domaines social et culturel.

La crise a révélé le mécontentement, le scepticisme et le désenchantement de nombreux Maliens à l’égard des institutions démocratiques du pays. Elle a mis en lumière un certain nombre d’insuffisances et de leçons dans la pratique démocratique du pays. Son accentuation au cours de cette année, menaçant les fondements de l’État, a engendré de nombreuses manifestations organisées par les acteurs politiques et de la société civile.

De nombreuses causes ont été évoquées, entre autres, la mauvaise gouvernance, la corruption et l’impunité, la crise institutionnelle caractérisée par le non renouvellement des mandats de certaines institutions de la République, la prorogation du mandat des députés, la non satisfaction de nombreuses revendications catégorielles des partenaires sociaux et le non-respect des engagements pris par le gouvernement avec comme conséquences, des grèves persistantes, le dysfonctionnement du système judiciaire entraînant la mauvaise distribution de la justice, la détérioration de la situation sécuritaire sur la quasi-totalité du territoire national et la multiplication des conflits locaux entraînant l’effritement de la cohésion nationale avec des conséquences humanitaires.

Il y a aussi, la faiblesse de l’outil de défense et de sécurité, la démotivation des forces de défense et de sécurité suite à la mauvaise gestion de leurs ressources, l’accentuation des inégalités sociales et économiques, la dégradation de la qualité de l’enseignement et de l’éducation, la crise de la représentativité et de la redevabilité, les difficultés dans la mise en œuvre de l’accord pour la paix, des recommandations du Dialogue national inclusif, les difficultés d’accès des jeunes à l’emploi, le retard dans l’opérationnalisation des nouvelles régions administratives, l’absence de l’administration et des services sociaux de base dans une bonne partie du territoire, l’insécurité grandissante manifestée par l’enlèvement et la séquestration de personnes civiles et militaires dont Soumaïla Cissé, l’inégalité dans le traitement des agents de l’État, l’incivisme généralisé, etc.

Le CNSP a donc décidé d’organiser cette concertation nationale avec l’ensemble des forces vives de la nation pour réfléchir sur les modalités pratiques de la transition. Plus de 500 personnes prennent part à ces assises. Et les participants sont répartis en cinq groupes de travail.

La première journée des travaux a été consacrée à l’élaboration des grands axes de la feuille de route de la transition. Selon le programme, la journée d’aujourd’hui sera consacrée aux travaux de groupes sur la charte de la transition. Et la dernière journée va porter sur la restitution en plénière des travaux des groupes sur la charte de la transition et la validation des travaux sur le projet de charte de la transition, la synthèse et la cérémonie de clôture.

Dieudonné DIAMA

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