Coronavirus : L’épidémie pousse à faire des provisions

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Le marché communément appelé « wonida »est beaucoup apprécié par les ménagères

Nos compatriotes se bousculent aux portes des grands magasins de denrées alimentaires et des marchés de vente de condiments pour se constituer un stock dans la hantise d’un éventuel confinement

L’opinion publique malienne garde à l’esprit le confinement des millions de gens dans les pays durement affectés par le coronavirus, notamment l’Italie, la Chine, l’Espagne et la France. Même dans ces pays, où les gens ont le sens de l’organisation et de la planification, la difficulté à s’approvisionner en denrées alimentaires de première nécessité dans un contexte de coronavirus est une triste et navrante réalité. Quid de notre pays qui a révélé ses premiers cas de Covid-19 la semaine dernière ? Le peuple malien ne boxe pas dans la même catégorie que les Européens et les Asiatiques, en termes d’organisation et de gestion des ressources financières. Le citoyen lambda ne nourrit plus l’illusion de voir les pays contenir la pandémie du coronavirus dans un proche avenir. à cet effet, il entend prendre les dispositions utiles pour se mettre à l’abri du besoin au cas où il y aura un confinement de la population. Certains se préparent au pire. Ainsi, la semaine dernière, les consommateurs se bousculaient aux portillons des grands magasins de vente de denrées alimentaires, des alimentations et des marchés de vente de condiments. Après la confirmation des cas de coronavirus sur les antennes de nos confrères de l’ORTM 1, mercredi matin, les choses se sont accélérées dans l’après-midi. Les alimentations et autres supermarchés grouillaient de monde. Chacun voulait s’approvisionner à l’idée de se mettre à l’abri en cas de confinement ou d’une éventuelle flambée des prix de denrées alimentaires (parce que nos compatriotes sont coutumiers du fait, à la moindre crise, les prix prennent l’ascenseur par la faute des spéculateurs).
Dans les magasins visités par notre équipe de reportage, les clients qui ne portaient pas de cache-nez pouvaient être comptés sur le bout des doigts. Ces moyens de protection individuels étaient divers et variés. D’autres clients portaient en plus des gants. Piétons, motocyclistes conducteurs de voitures s’étaient tous mis en mode prévention et lutte contre la pandémie du coronavirus.

À «Niono Placi» (place de Niono), il y avait une large gamme de produits alimentaires avec des céréales, poissons fumés, oignons, épices et pomme de terre. Ce marché propose aussi des ustensiles de cuisine. Il était pris d’assaut par la clientèle qui voulait se constituer un stock pour d’éventuels jours difficiles. Des bagagistes fonctionnaient à plein régime. Ils chargeaient et déchargeaient les marchandises des clients. Mme Keïta Aminata et son amie étaient venues prospecter le marché et s’approvisionner. Les deux femmes portaient, chacune de bavettes par peur du coronavirus. L’une d’entre elles expliquera être déjà venue dans le même marché, la semaine dernière. Elle est revenue pour renforcer son stock de condiments. Devant l’étal d’une vendeuse, elle acheta un sac d’oignons de 25 kg, un autre de pomme de terre, un sachet d’ail et du tamarin. Son amie qui n’avait pas suffisamment d’argent, acheta un sac d’oignons, en indiquant qu’elle reviendrait, dès le lendemain.
Au marché «Wonida», la foule était compacte. Même les piétons avaient de la peine à se frayer un chemin. Les véhicules et autres motocyclistes étaient pris dans un embouteillage monstre. Ce qui compliquait d’avantage l’accès à ce marché bien apprécié des ménagères du fait du prix des condiments.
Les marchandes avaient occupé toutes les artères. «L’heure est grave, il faut tout prévoir parce qu’on ne sait jamais», confie à Mme Maïga Coumba qui venait de se garer. La dame a expliqué aussi avoir acheté un sac de pomme de terre et d’oignon mais aussi 5kg de viande dans un autre marché. Elle redoutait une décision de confinement général et une flambée des prix. «Je suis venue m’approvisionner, parce que toutes les hypothèses sont désormais possibles», nous confierai
t-elle. Au niveau du «Rail-da», un homme avait sa moto chargée de deux gros sacs d’oignons. Un peu plus loin avant d’arriver au marché de Médine, une boutique d’articles divers était remplie de monde. Un jeune homme du nom de Cheick était occupé à lire un bout de papier qu’il tenait à la main. Sur cette liste de denrées à chercher on pouvait lire : huile, pomme de terre, oignon, poisson, viande, poulet, riz, sucre, lait, tomate, céleri et persil. Il nous a expliqué que ceux-ci sont des prévisions en cas de confinement.
Dao est un client qui semble avoir les grands moyens. Il est habitué à faire des provisions au premier trimestre de l’année. «J’ai acheté du riz, du sucre et du lait. Et je donne annuellement l’argent de la popote à mon épouse», dira-t-il.
Quant à Thierno Coulibaly, un autre client, il était venu chercher des céréales, notamment le riz. Il indiquera que son épouse s’est occupée des autres condiments. Benoit Diarra, lui, prévoyait cette situation depuis longtemps. C’est pour cette raison qu’il avait fait ses provisions ainsi que celles de sa mère. Il a expliqué avoir pris les devants parce qu’il est convaincu que tôt ou tard, il y aura un confinement général de la population. Notre interlocuteur a assuré disposer déjà d’un stock pour au moins 45 jours de confinement.
Le propriétaire d’une alimentation à Djélibougou se frottait les mains. Le commerçant détaillant recevait un grand nombre de clients. Malgré la circulation alternée, les usagers avaient du mal à trouver un passage dans les environs de ce magasin bien connu des populations de la Commune I.
Fatoumata NAPHO

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