Cour d’assises de Bamako : Tradithérapeute d’un genre particulier

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Le « praticien » parvient à convaincre sa patiente d’entretenir des rapports intimes avec lui pour qu’elle recouvre la santé. Et c’est une grossesse indésirée qui s’en est suivie. La suite…

Au deuxième jour des travaux de la Cour d’assises, les jurés avaient sur la table quatre (04) dossiers se rapportant à des infractions contre les mœurs : viol, pédophilie, attentat à la pudeur. Ce dernier cas a fait comparaitre devant les jurés WD, un Dogon bon teint, tradi-thérapeute de profession.

Ce quadragénaire est inculpé pour des faits d’atteinte sexuelle sur LF, une jeune fille qu’il s’était proposé de délivrer du mal dont elle souffrait. C’était à Yirimadio, ce quartier populaire à la périphérie de la Commune VI du District de Bamako. Ces faits sont prévus et punis par les dispositions des articles 202 et 213 du code de procédure pénale. Ils peuvent donner lieu à l’application de peines criminelles.

De l’acte d’accusation, il ressort que la demoiselle LF souffrait d’incessants et réguliers maux de ventre. Elle a longtemps cherché un guérisseur pour combattre son mal afin d’en être finalement soulagée. C’est comme cela qu’elle a appris que le sieur WD est un marabout réputé dans ce domaine pour avoir traité les maux de nombreuses personnes qui ont finalement retrouvé la pleine santé. Ainsi, courant août 2017, la jeune dame s’est rendue chez le guérisseur pour une consultation médicale. Le tradi-praticien s’est mis à l’œuvre et est parvenu à identifier les maux dont souffrait sa patiente. Cela étant, il lui fallait maintenant trouver le médicament approprié pour combattre le mal et soulager la jeune fille.

C’est comme cela que le tradithérapeute expliqua à sa patiente qu’il a un produit en poudre, efficace contre son mal. Se présentant en véritable professionnel, il a expliqué à son vis-à-vis la façon dont cette poudre magique doit être utilisée. Sans broder autour, l’homme lui fait savoir que le produit en question devra être appliqué sur les organes génitaux d’un homme avec qui, la patiente devra obligatoirement entretenir un rapport intime. Comme elle souffrait énormément, elle a pris la poudre magique avec le praticien dans l’espoir de l’utiliser comme cela lui a été clairement dit.

Malheureusement, il semble qu’elle a cherché un partenaire dans tout le quartier sans succès. Totalement dépitée, la patiente est retournée le lendemain chez le guérisseur pour lui expliquer clairement qu’elle n’a pas eu de partenaire afin d’utiliser son médicament. Pis, il se trouve qu’elle n’avait pas non plus un petit ami avec qui elle pouvait essayer la poudre magique du guérisseur. C’est comme si le praticien n’attendait que cela. Séance tenante, il s’est lui-même proposé candidat pour passer à l’acte.

Il a convaincu la jeune fille qu’il était d’ailleurs la personne la mieux indiquée pour un tel traitement. Cependant, il semble que le tradi-praticien n’était pas du goût de la patiente. Mais l’homme insista jusqu’à la faire plier et accepter de passer à l’acte, un peu malgré elle. Il en fut ainsi. Mais malgré tout, apparemment, les maux de ventre de la jeune fille n’ont pas disparu après ce premier essai. La jeune fille a trouvé logique de retourner chez le praticien pour une seconde séance d’essai. Tout comme la première fois, ils sont passés de nouveau à l’acte.

Après ces deux relations intimes, quelques temps plus tard, la jeune fille constata un retard de son cycle menstruel. Elle retourna de nouveau chez le guérisseur pour lui expliquer cet état de fait. L’homme la rassura cette fois-ci avec une autre poudre qu’elle devra introduire dans sa partie génitale pour attendre le résultat qui, selon lui, ne devrait normalement pas tarder. C’est au cours de ces va-et-vient chez le tradi-praticien que la mère de la jeune fille soupçonna une grossesse. La mère a coincé et interrogé sa fille pour comprendre un peu comment cela a pu se passer. Mais surtout qui en était l’auteur. C’est comme cela que la jeune fille a désigné le tradi-thérapeute WD comme étant l’auteur de la grossesse qu’elle porte.

Apparemment, les parents et les proches de la jeune fille n’ont pas souhaité passer cette affaire sous silence. Ils l’ont creusée jusqu’à ce que le faux tradi-praticien se retrouve devant des juges en Cour d’assises.

Une fois à la barre, après la lecture de l’arrêt de renvoi qu’il a écouté attentivement, l’homme a reconnu les faits sans ambages. Il avait certainement oublié qu’il les avait niés devant le magistrat instructeur. Il venait ainsi de se faire prendre dans un double langage. Il ne restait plus au tradi-praticien que de s’expliquer en donnant sa version des faits. Mais avant, le juge l’a taquiné (cousinage à plaisanterie oblige) : « Es-tu un Dogon ou une personne » ?

« Je suis un Dogon », a-t-il répondu tout paniqué, au milieu des éclats de rires de l’assistance. Puis il se lança dans ses justifications. Il tenta d’attendrir le cœur des jurés en soutenant qu’il a tout simplement pris sa victime en pitié lorsqu’il a compris que celle-ci souffrait d’une telle maladie. Et surtout qu’elle manquait cruellement de partenaire pour appliquer le produit afin de la soulager. D’où l’étonnement général aussi bien des jurés que de l’assistance quant à l’existence d’un médicament du genre.

Le ministère public a estimé que les faits sont clairs : « non seulement, il est tradi-thérapeute, il est aussi en mesure de mettre au point des produits abortifs ». Ce passage de l’acte d’accusation, le tradithérapeute l’avait caché. Il ignorait que les juges connaissaient tout le contenu du dossier sur le bout des doigts. Partant de là, le défenseur des citoyens a requis que l’accusé soit maintenu dans les liens de l’accusation. Mais son conseil était loin d’être de cet avis. Celui-ci a soutenu que son client a reconnu les faits durant toute la procédure. Partant de là, la robe noire a plaidé coupable avant de solliciter la clémence de la Cour avec l’application des articles 18 et 19 du code pénal.

Par finir la Cour a reconnu l’accusé coupable des faits tout en lui accordant des circonstances atténuantes. Au moment de se prononcer sur la peine, le parquet s’est aligné sur la décision de la cour. Mais dans sa dernière intervention, l’avocat de la défense a sollicité une peine avec sursis au profit de son client. La Cour a finalement condamné le tradi-praticien à deux ans de prison. Peine qu’il semble avoir déjà purgé. Visiblement affecté par le temps qu’il a passé en détention, le bonhomme est sorti libre de la salle d’audience en murmurant ces mots : « Je retourne dans mon village….».

Tamba CAMARA

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