Cours mondiaux de l’or au Mali : Les profits pour l’économie malienne

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Une hausse du prix de l’or sur le marché international entraîne une augmentation des redevances payées à l’état. Elle permet aussi d’améliorer les performances en termes d’exportation, de renforcement des comptes extérieurs

Le prix de l’or poursuit sa courbe ascendante, malgré de légères fluctuations. De 1.624,45 dollars l’once en avril 2020, le cours a atteint une hausse historique le 27 juillet à 1.944,71 dollars l’once. Soit plus de 67.000 euros le kilo. Il a continué sa progression pour valoir 2.030,30 dollars en août. Le lundi 28 septembre, la bourse a ouvert à 1.850,950 dollars. La veille, elle avait clôturé à 1.870,050 dollars. Troisième producteur d’or en Afrique, le Mali devrait profiter de cette hausse historique du prix du métal jaune. Qu’en est-il véritablement ? Que faudrait-il faire pour améliorer l’impact de l’or sur l’économie nationale ?

«Lorsque le prix de l’or augmente, nous payons plus de redevance à l’état et plus de bénéfices», confirment plusieurs responsables de sociétés minières, contactés à cet effet.

Interrogés, les experts du bureau de la Banque mondiale au Mali abondent dans le même sens. Selon eux, la hausse du prix de l’or profite à l’économie malienne à travers plusieurs canaux de transmission. En 2018, illustrent-ils, le produit représentait 75% des exportations du pays, contribuant à hauteur de plus de 25% aux ressources budgétaires de l’État.

L’appréciation des cours internationaux de l’or permet ainsi au Mali d’améliorer ses performances en termes d’exportation, renforcer les comptes extérieurs et la situation budgétaire, expliquent les économistes de la Banque mondiale, pour qui l’impact se fera sentir aussi sur la vie des 11.000 salariés formels travaillant dans le secteur et les millions de personnes qu’il fait vivre, y compris environ 500.000 orpailleurs (données de la Chambre des mines du Mali).

L’IMPACT DU FCFA- Toutefois, à en croire certains, une bonne partie de ce que nous devrions gagner est diluée par la «mauvaise» appréciation du Fcfa par rapport au dollar du fait de son arrimage à une monnaie forte (l’euro). «Les exportations d’or non monétaire se sont accrues de 212,639 milliards de Fcfa (ou 18,1%) en 2018 en atteignant 1.388,358 milliards de Fcfa, en raison de la forte hausse du volume exporté, atténuée par le léger repli du cours sur le marché international (en Fcfa). En effet, l’appréciation du Fcfa par rapport au dollar a conduit à une baisse du prix moyen de vente obtenu par le secteur, qui est ressorti à 21.037,8 Fcfa/g en 2018, après 21.485,5 Fcfa/g pour les sociétés industrielles, soit 2,1% de diminution par rapport à 2017», constatent les «Comptes publics» publié sur le site de la BCEAO.

Contacté, l’économiste Cheickna Bounadjim Cissé explique : «1 $ = 600 Fcfa à la date N ; 1 $ = 550 Fcfa à la date N+1. Entre ces dates, le Fcfa s’est apprécié. Ainsi à chaque fois que le Mali vend à l’étranger pour 1 dollar, il perd l’équivalent de 50 Fcfa de valeur de produit». C’est pour cette raison que le régime de change fixe (la situation actuelle) pénalise nos exportations et favorise nos importations. En effet, la moto Djakarta qui coûte 1.000 $ à l’achat avait une contrevaleur (c/v) de 600.000 Fcfa à la date N, contre 550.000 Fcfa à N+1, explique l’économiste.

Notre pays est le troisième producteur d’or en Afrique

Oumar Bouaré est un ancien fonctionnaire international à la retraite. «Tu prends ton or et le donne à quelqu’un qui fait du business avec. Tu ne peux pas en profiter», schématise le directeur générale du Centre de recherche en sciences économiques et sociales. à cause des accords monétaires avec la France, nos réserves d’or et de devise sont déposées au Trésor français depuis les années 1945, rappelle le titulaire d’un Ph.D en économie, d’un doctorat en mathématiques et d’un diplôme d’études approfondies (DEA) en philosophie. Il ajoute que la France profite de ces ressources en les injectant sur le marché financier international. Opération grâce à laquelle, l’Hexagone perçoit des intérêts, souligne-t-il. Ces intérêts que perçoit le gouvernement français pourraient aider au développement de notre pays, estime l’économiste.

Un autre obstacle a trait au mécanisme de vente de l’or malien. Selon les techniciens de la Banque mondiale, le Mali est tributaire de la fluctuation du prix de l’or sur les marchés internationaux et est ainsi à la merci d’une éventuelle chute des prix. D’où l’avantage, selon eux, des contrats de vente à terme (vendre à l’avance à un prix fixe) dont l’objectif est de se protéger des fluctuations des prix. «Elle permet ainsi de s’assurer contre des mouvements de prix défavorables», expliquent-ils.

Le problème avec la vente à terme est qu’on ne gagne pas à tous les coups. «Aujourd’hui, tous ceux qui l’ont vendu à termes perdent les bénéfices du prix actuel », notent des responsables de sociétés minières. Par exemple quelqu’un qui vend à terme sa production de 2020 à 1.500 dollars, alors que le prix réel du marché est de 1.900 dollars aujourd’hui. Il aura un manque à gagner de prêt de 400 dollars. L’effet contraire pourrait également se produire», illustrent-ils, précisant que la vente à terme n’est plus courante au Mali. Selon eux, les mines vendent au taux du jour de l’expédition sur la bourse financière.

Néanmoins, des réformes sont nécessaires pour améliorer l’impact de la production de l’or sur l’économie du Mali. Tel est l’objectif du Projet de gouvernance du secteur minier, un financement de la Banque mondiale. Il est axé, entre autres, sur la création d’un environnement (juridique, fiscal, financier et technique) propice à l’investissement en vue de l’expansion des opérations actuelles, en attirant de nouveaux investissements directs étrangers (IDE) dans l’exploration et l‘exploitation.

Ce projet vise aussi la mise en place d’un incubateur pour accroître la part des PME/PMI locales dans le tissu minier malien. Il prévoit aussi l’accroissement de la transparence globale dans la gestion du secteur minier au Mali à travers la mise en place d’un mécanisme de contrôle citoyen au niveau national et local.

Cheick M. TRAORÉ

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