Covid-19 : Le E-commerce pousse des ailes

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Les achats en ligne étaient jusque-là majoritairement le fait des étrangers vivant sur notre sol. Avec la pandémie, nombre de nos compatriotes ayant réduit les déplacements, choisissent de se faire livrer les produits de consommation à domicile

La maladie à coronavirus continue de bouleverser le monde. Les systèmes d’échanges et d’interaction que l’on croyait jusque-là immuables sont sérieusement menacés. à titre d’illustration, plus de 2,63 milliards de personnes étaient, la date de 30 mars dernier, strictement confinées dans le monde. Une restriction de mouvement et des libertés qui exige des modes de vie et comportements nouveaux en termes de travail, de loisirs, de soins de santé, d’apprentissage, d’approvisionnement en denrées de première nécessité, etc. C’est ainsi que le volume de télétravail, de téléconsultation, de gymnastiques, surtout des ventes en ligne ont explosé.
Au Mali, depuis la détection, le 25 mars dernier, des deux premiers cas testés positifs au Covid-19, le nombre de personnes atteintes croît jour après jour. à la date d’hier 14 avril, le ministère de la Santé et des Affaires sociales dénombrait 144 cas, dont 13 décès et 34 guéris. Le Mali tend vers un confinement progressif, avec la possibilité d’isoler Bamako, devenue l’épicentre de l’épidémie. Déjà, un couvre-feu allant de 21 heures à 5 heures du matin a été instauré. Les déplacements non nécessaires se font de plus en rares.
Une décision du ministre du Travail et de la Fonction publique a réajusté les heures de travail. Des services comme l’Agence malienne de presse et de publicité (Amap) ont déjà opté pour le télétravail, en demandant au personnel dont la présence physique n’est pas obligatoire de travailler à distance. Marchés, boutiques et supermarchés ferment avant 20 heures. Dans une telle situation, quelles sont les alternatives pour se ravitailler en produits de base, faire ses courses dans un pays où domine la culture du contact physique ?
Les boutiques de vente en ligne constituent une alternative dans ce contexte où les déplacements sont limités. Cette méthode d’échange commercial, autrement appelée e-commerce, semble se développer davantage sous nos cieux, depuis certains temps. Les promoteurs des différents sites de vente en ligne proposent divers articles et produits alimentaires. Certains offrent simplement des services multiples à la demande du client. Il suffit de les appeler pour qu’ils vous livrent nourritures, boissons, condiments. Il y en a qui proposent de faire vos courses et de vous livrer à domicile. Mme Kané Aminata Tandia est la fondatrice de Smart Market. Cette plateforme en ligne qui permet aux clients de faire leurs marchés, est une boutique 100% digitale spécialisée dans l’alimentaire. Elle est pour ce faire dotée d’un site web et d’une application mobile téléchargeable. Elle propose, détaille sa promotrice, tous les produits alimentaires : charcuterie, épicerie crèmerie, poissonnerie, épicerie boucherie, paniers du marché, volailles, légumes, fruits. Le service est payable par Orange-Money, carte visa et à la livraison, précise Mme Kané Aminata Tandia, ajoutant que le site est ouvert dans huit pays.

L’affluence a triplé- Dès son lacement, souligne-t-elle, le business a fait un boom, surtout du côté des expatriés, les étrangers vivant sur notre sol. L’affluence a triplé en cette période de pandémie de Covid-19, confirme Aminata Tandia. « Tous les jours, je peux recevoir entre 40 à 50 commandes. Avec le coronavirus, nous proposons des packs d’abonnement. Nous avons plus de 80 produits exposés sur notre site et nous livrons tous les jours du lundi au samedi », détaille-t-elle.
Pour bénéficier des services de Smart Market, il faut télécharger l’application, choisir son panier ou constituer son propre panier, explique Mme Kane. Ainsi, pour confirmer sa commande, il suffit de saisir son nom, son adresse en précisant où on voudrait être livré, l’heure et le jour de livraison.
Face à la situation actuelle, Smart Market compte même étendre son marché. La boutique virtuelle, révèle sa promotrice, va proposer aux clients d’autres produits comme les gants, les gels hydroalcooliques, les masques et autres. La plateforme de vente en ligne envisage aussi de se lancer dans la vente de pièces de volailles, de viande pour les restaurants et les hôtels et même pour les particuliers qui n’ont pas le temps.
Concernant le respect des mesures d’hygiène en cette période de pandémie, la promotrice se veut rassurante. Les produits seront bien lavés et désinfectés. « Quant au personnel, il respecte déjà les mesures d’hygiène requises en cette période », insiste Mme Kané Aminata Tandia.
Si Smart Market enregistre plus de clients, le site ‘Fibaraa’ « mot bambara signifiant jusque chez toi », a, lui, vu son chiffre d’affaires, un peu reculer. Partenaire d’une trentaine de restaurants, de supermarchés, de magasins de vente et de sociétés d’eau minérale, ‘Fibaraa’ propose tout ce qui est nourriture et boisson, jus naturel. Le client passe sa commande à travers son téléphone ou son ordinateur et se fait livrer en un clic.
Le paiement se fait également par Orange-Money ou sur place auprès de l’agent livreur.
Mme Traoré Mariam Marie Louise Keïta, promotrice du site, explique que ‘Fibaraa’ est une plateforme e-commerce et un service de livraison dédié au secteur culinaire et alimentaire. à son lancement officiel en octobre dernier, ‘Fibaraa’ était très sollicité. La tendance a changé avec cette pandémie. « Nous avons toujours de l’affluence, mais moins vers les particuliers et beaucoup plus vers les supermarchés. Avant, nous livrions beaucoup de produits. Maintenant, nous enregistrons une vingtaine de livraisons par jour, en moyenne. Beaucoup de nos restaurants partenaires ont fermé. à cause du couvre-feu, d’autres ferment beaucoup plus tôt. Aussi, à cause du réaménagement des heures de travail, moins de gens vont à la pause. Or, nous faisions 80% de notre chiffre d’affaire, pendant la pause », argumente la businesswoman.

RÉPONDRE AUX BESOINS- À situation nouvelle, mesures nouvelles. Pour espérer rattraper le manque à gagner, Mme Traoré et son équipe ont décidé de livrer tout le monde en tous produits. « Même les produits qui ne sont pas disponibles chez nos partenaires, les clients ont juste à appeler. Nous allons mettre en place un fonds pour pouvoir acheter à l’avance et livrer les commandes.
En cette période de Covid-19, nous comptons proposer à la population la possibilité de les ravitailler en produits pharmaceutiques et tout ce dont elle a besoin », assure-t-elle, précisant que des dispositions particulières seront prises à cet effet. « Nous allons faire de notre mieux pour répondre à tous les besoins de la population, aider tout le monde à traverser cette période difficile », promet Mariam Marie Louise Keïta.
Mais il y a problème de taille. « Avec le couvre-feu, nous sommes obligés d’arrêter le service à 19 h 30 au lieu de 21 h 30 comme d’habitude. Cela plombe encore notre chiffre d’affaires », constate l’entrepreneure.
Avant d’ajouter : « Nous prenons au sérieux cette pandémie et faisons le nécessaire pour que nos partenaires et nos clients ne soient pas en danger ».
Louma Express est une plateforme de distribution de courrier, pour les courses individuelles, administratives et les livraisons express de colis à Bamako et hors du Mali. Pour se faire livrer, le client peut faire la liste de ses besoins, préciser le montant total et appeler.
En la matière, ils sont en collaboration avec plusieurs restaurants et entreprises, explique Touré Ibrahima Youssouf. Le gérant de la société souligne que bien avant la pandémie, il y a avait beaucoup de courses. Maintenant, l’affluence est timide. « Par jour, nous pouvions faire 30 à 40 courses. Maintenant, nous sommes autour de 15 courses par jour. Les gens ont peur malgré le fait que nous avons pris des dispositions pour nos livreurs qui sont permanemment sur le marché », déplore le gestionnaire.
Ainsi, pour les aider à surmonter cette période difficile, Touré invite les autorités à baisser les impôts, multiplier les missions d’inspection au niveau des boutiques et marchés afin de sévir contre ceux qui augmentent les prix.
Les jeunes promoteurs et promotrices qui se sont lancés dans le e-commerce, ont dû se réinventer afin de s’adapter progressivement à nos réalités. L’état aussi a fait des efforts en votant une loi contre la cybercriminalité. « Je n’avais pas pris de mesure face aux arnaques. Dès que la personne commandait en appelant, je préfinançais pour aller livrer les commandes. Certains disaient que c’était juste un test et je retournais avec la commande.
C’était des pertes de temps et d’argent pour moi », se rappelle Mme Kane. Ce cauchemar est terminé. « Je suis protégée par l’état à travers l’Autorité de protection des données à caractères personnel (APDP), la gendarmerie. Quand la commande va au-delà de 10.000 Fcfa, le client paie par Orange-Money. Lorsque c’est en deçà de cette somme, j’appelle la personne pour confirmation, car toute commande confirmée est un du », précise-t-elle.
Certains comme Mme Traoré ont trouvé des astuces. Quand nous recevons la commande, nous appelons le client afin le faire répéter la commande, en enregistrant la conversation, révèle Mme Traoré Mariam Marie Louise Keïta. Ce qui constitue, selon elle, une preuve suffisante au cas où le demandeur essaierait de se dédire ou dire qu’il plaisantait. Elle pourrait alors aller se plaindre à qui de droit.

Aminata Dindi
SISSOKO

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