Covid-19 : Prudence avec les animaux domestiques

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Si la principale voie de transmission du virus est d’homme à homme, les services vétérinaires recommandent tout de même des mesures de précaution avec les animaux de compagnie

Dans la famille Diarra à Sabalibougou, Médor passe tout son temps à déambuler dans la cour de sa maîtresse. Remuant toujours sa queue comme tout chien heureux, il est continuellement en quête de cajolerie auprès des membres de la famille qui l’éconduisent rarement. Pourtant, pour briser la chaîne de transmission du Covid-19, les services vétérinaires sont formels, il faut prendre des précautions avec les animaux, notamment domestiques. Mais, ici dans la famille Diarra, Médor prime sur ces mesures. En effet, dans la cour, il n’est pas rare de marcher sur ses matières fécales. On la voit aussi souvent, en train de manger des restes d’aliment dans une assiette ou une tasse utilisée par les membres de la famille. Sans parler non plus de sa portée de chiots (5 précisément âgés de quelques jours) qui se heurtent aux ustensiles de cuisine posés par-ci par-là. Pis encore, Médor «fugue» souvent, elle traîne avec elle une meute de chiens sur la provenance de laquelle personne ne s’interroge dans la famille.
Un risque à éviter absolument pour le directeur national des services vétérinaires. Mais, le Dr Drissa Coulibaly, dont le service joue un rôle important dans la lutte contre la propagation du virus, veut clarifier d’abord une chose. « Il n’y a pas de preuve scientifique que les chiens jouent un rôle dans la propagation de cette maladie, mais les services vétérinaires de Hong Kong ont rapporté à l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE), des preuves que deux chiens ont été infectés par le Covid-19 pour avoir côtoyé leurs propriétaires atteints de la maladie», explique-t-il.
En ce qui concerne les précautions à prendre avec les animaux, le directeur national des services vétérinaires insiste sur les mesures d’hygiène de base qui doivent toujours être appliquées. Cela comprend, affirme-t-il, le lavage des mains avant et après avoir été à proximité ou avoir manipulé les animaux, leurs nourritures ou leurs affaires. «Il faut éviter de les embrasser, de se faire lécher ou de partager avec eux de la nourriture», met-il en garde. «Ce n’est pas bon de laisser son chien errer, en contact avec d’autres animaux tels que les chats et chiens errants, oiseaux, chauve-souris», précise le spécialiste, ajoutant qu’il faut se laver les mains régulièrement avec du savon et de l’eau potable après avoir touché les animaux ou les produits d’origine animale. « Il faut éviter de se toucher les yeux, le nez et la bouche ou encore éviter tout contact avec des animaux malades ou des produits d’origine animale souillés», prévient-il.

LA VIGILANCE-Ces mesures, Lamine les prend très au sérieux. Cet amoureux de l’espèce ovine qui vient de Kati explique qu’il a changé sa façon de faire depuis l’apparition du coronavirus chez nous. «Avant, je sortais mes animaux en groupe pour les laver. Mais, maintenant je les sors séparément pour que les autres n’aient pas le temps de déambuler dans les rues avant leur bain», dit-il. Pour Lamine qui est aussi vendeur de téléphones à Malitel Da, les règles d’hygiène de base ont toujours fait partie de ses habitudes. «Mes moutons sont toujours dans leur loge. Je les promène, le dimanche, sous escorte. Avant de les manipuler, je porte toujours des gants et un masque, je me lave les mains avec du savon juste après, c’est naturel quoi !», s’exclame-t-il. Ajoutant qu’il pensera désormais à ne pas se toucher le nez, la bouche, les yeux après avoir manipulé ses moutons. Toutefois, il n’est pas justifié de prendre des mesures compromettant le bien-être des animaux, étant donné que la propagation actuelle du virus est le résultat d’une transmission d’homme à homme, assure le directeur national des services vétérinaires qui est aussi le délégué de l’OIE au Mali.
Le coronavirus est-il une maladie d’origine animale ? Le délégué de l’OIE est prudent sur la question. « La principale voie de transmission du virus est d’homme à homme, mais, ajoute-t-il, des preuves semblent indiquer qu’il est apparu d’une source animale, des recherches sont en cours pour trouver cette source animale, notamment les espèces contaminées », soutient le Dr Drissa Coulibaly. Il invite les propriétaires d’animaux au respect des mesures édictées. Mais, il y a encore beaucoup à faire au niveau de la sensibilisation. « Depuis toujours nos animaux sont laissés comme ça dans la nature, ils n’ont jamais été sources de maladie et je n’ai personnellement jamais entendu qu’une maladie animale a contaminé une personne», s’étonne Abdou, fils d’un propriétaire d’animaux domestiques à Djélibougou, non loin de la décharge publique. Leurs animaux comme aujourd’hui errent toujours dans le quartier.
Dans les familles Dramé et Sacko, à Kalanban Coura Adeken et Faladié, les animaux sont soigneusement gardés dans un espace qui a été aménagé. Chez les Dramé, la volaille a toujours été enfermée dans la volière, dans l’arrière-cour non loin d’une cage abritant cinq moutons. Nous évitons la divagation de nos animaux domestiques, relate Karim, un membre de la famille. En plus, ajoute-t-il, au niveau du portail vous pouvez voir que le cheval est dans sa cage aussi, ça a toujours été ainsi. Tous les deux ou trois jours on nettoie l’abri du cheval, pendant ce temps, il est attaché à côté. Idem pour les Sacko. Toutefois, ces derniers possèdent un chat, qui vit avec eux à l’intérieur de la maison.
D’après Salia Sacko, le chat est absent à certains moments de la journée, personne ne sait où il va traîner. «Il revient se coucher sur nos lits, fauteuils et la moquette selon ses humeurs, cela peut être une source de problème sanitaire pour la famille », regrette cet ado qui ne sait pas comment «sédentariser» son chat en attendant au moins la fin de la crise sanitaire.
Dans le cadre de la lutte contre le Covid-19, l’OIE recommande aux services de santé publique et services vétérinaires de travailler ensemble en utilisant l’approche «une seule santé» pour partager les informations et effectuer une évaluation des risques lorsqu’une personne atteinte du virus déclare être en contact avec des animaux de compagnie ou autres.

Oumar SANKARÉ et
Khalifa DIAKITÉ

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