Crise sociopolitique au Mali : Dialogue impossible ?

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Pendant que le pouvoir s’occupe de l’élaboration d’une feuille de route de sortie de crise, l’opposition prépare de nouvelles actions de contestation

Le Mouvement du 5 juin-Rassemblement des forces patriotiques (M5-RFP) envisage de consacrer cette semaine à une série d’activités dont le clou serait l’organisation d’un «rassemblement patriotique» le vendredi à la place de l’Indépendance, suivi d’un sit-in jusqu’au dimanche prochain. Le détail de ce planning sera certainement donné aujourd’hui lors d’une conférence de presse.

À analyser de très près, l’on peut affirmer que la crise sociopolitique dans laquelle notre pays est plongé depuis juin dernier est loin de connaître son épilogue, ce malgré l’implication forte de la Cedeao. L’envoyé spécial de l’organisation sous-régionale, l’ancien président nigérian, Goodluck Jonathan, a séjourné la semaine dernière dans notre pays en vue de relancer les discussions entre les différents protagonistes. Il a même fait le voyage sur Nioro du Sahel pour rencontrer le Chérif Bouillé Haïdara, de son vrai Cheikh Mohamed Ould Cheicknè. Le grand dirigeant du hamallisme, très courtisé par la classe politique (majorité et opposition), aurait d’ailleurs, promis au médiateur de la Cedeao de s’impliquer personnellement pour trouver une issue favorable à la crise. Au lendemain de la visite de Goodluck Jonathan, c’est une délégation du M5-RFP, conduite par l’imam Mahmoud Dicko et Dr Choguel Kokalla Maïga, qui a été reçue par le Chérif de Nioro.

À cette occasion, les propos tenus par le grand marabout ont valeur d’une clarification de sa position. Après avoir réitéré son amitié à l’imam Dicko et à Choguel Kokalla Maïga, il leur a dit ceci : «Je ne suis pas avec le M5… Il y a des gens dans ce groupement qui ont dit des choses sur moi et sur mes enfants…». Dans la même intervention, il s’en est pris au pouvoir. « Si le président de la République ne peut plus gérer, je ne suis pas contre ceux qui demandent sa démission», a-t-il déclaré. Dans une autre déclaration, le dirigeant du hamallisme s’est dit «très fâché» contre le Premier ministre Boubou Cissé qu’il accuse de lui avoir «caché les réalités du pays». Reste à savoir si ces propos vont contribuer à un règlement de la crise.

Contesté par l’opposition qui réclame un Premier ministre de «consensus», Dr Boubou Cissé est-il devenu un facteur de blocage à la sortie de crise ? Ce qui est sûr, le président de la République lui a solennellement renouvelé sa confiance lors du dernier conseil des ministres, et depuis le locataire de la Primature multiplie les rencontres pour donner un caractère consensuel à la feuille de route de sortie de crise, élaborée par son équipe. Il a rencontré vendredi la majorité présidentielle et la société civile en vue d’affiner le document.

Dans une interview accordée à la presse, le Premier ministre a invité l’opposition, particulièrement le M5-RFP, à venir «discuter du contenu de cette feuille de route qui prend en charge beaucoup de préoccupations déjà exprimées». Cette invite du chef du gouvernement a peu de chance d’être entendue du côté des contestataires qui ont opposé, la semaine dernière, une batterie de conditions à la proposition de rencontre avec le président de la République, formulée par le médiateur de la Cedeao.

Entre Badalabougou (résidence de l’imam Dicko), Nioro du Sahel, la Primature et Koulouba, les discussions peinent à s’enclencher. Autrement dit le courant ne passe pas. Les efforts de Goodluck Jonathan n’ont pas fait bouger les lignes.

Conséquence : le pays tourne au ralenti. En plus de l’insécurité, de la pauvreté, la mobilité devient de plus en plus difficile à cause du mauvais état de nos routes aussi bien dans les centres urbains que dans les zones rurales. Les pluies diluviennes de ces derniers temps n’arrangent pas la situation. Pourtant, tous les protagonistes de la crise assurent qu’ils se battent pour le bonheur des Maliens.

Madiba KEITA

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