Crises au Mali : Une politique nationale pour préparer les préjudices

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L’initiative a pour but de restaurer la dignité des victimes

La Politique nationale de réparation en faveur des victimes des crises au Mali depuis 1960 vient d’être validée. C’était à la faveur d’un atelier de haut niveau, tenu hier au Centre international de conférences de Bamako (CICB). La rencontre était présidée par le secrétaire général du ministère de la Cohésion sociale, de la Paix et de la Réconciliation nationale, Attaher Ag Iknane, en présence du président de la Commission vérité, justice et réconciliation (CVJR) Ousmane Oumarou Sidibé, de l’ambassadeur d’Allemagne au Mali, Dr Dietrich Pohl et de la conseillère politique de l’ambassade de Canada au Mali, Stéphanie Bergeron.
L’objectif général de la politique nationale de réparation est de restaurer la dignité des victimes par une réparation adéquate des préjudices subis, en accordant une attention particulière aux femmes et aux enfants, ainsi qu’aux autres personnes en situation de vulnérabilité. Elle est articulée autour de trois axes stratégiques, en l’occurrence l’identification des victimes devant bénéficier de la réparation, la détermination et l’évaluation des préjudices subis donnant lieu à réparation et la détermination des formes de réparations appropriées.
Selon le document, le terme victime désigne quiconque ayant subi un préjudice, suite à une violation grave des droits de l’Homme (meurtres et exécutions arbitraires, arrestations ou détentions arbitraires, enrôlements forcés, violences sexuelles, traitements cruels, pillages de propriétés…) en lien avec les crises survenues au Mali. Sont considérées également comme victimes, les membres de la famille ayant subi un préjudice du fait de leurs liens de parenté avec la victime et toute personne qui a subi un préjudice lors de son intervention visant à aider la victime.
Dans son allocution, Ousmane Oumarou Sidibé a souligné l’intérêt de cet atelier qui, selon lui, marque une étape importante dans le processus visant à doter notre pays d’un instrument unique et cohérent de réparation des victimes des différentes crises qu’il a connues, de 1960 à nos jours.
Le président de la CVJR a indiqué que ce projet est le fruit d’une très large concertation entre tous les acteurs (victimes, associations des victimes, les organisations de défense des droits humains, les services techniques de l’État, les signataires de l’Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger et les partenaires).
De son côté, Stéphanie Bergeron a réaffirmé la détermination du Canada à consolider la paix et la stabilité au Mali, afin d’aider les populations touchées par des conflits et des crises.
Pour la conseillère politique de l’ambassade de Canada au Mali, les réparations ont un fort potentiel pour contribuer à la lutte contre les inégalités et autres facteurs sous-jacents ayant contribué aux conflits ou aux violations contre certains groupes.
Dr Dietrich Pohl abondera dans le même sens, en réitérant le soutien de son pays au Mali dans la recherche de la paix. «Le gouvernement du Mali est engagé pour un processus consultatif exemplaire, afin de centrer la proposition des politiques à toutes les étapes sur le besoin des victimes. Tous les aspects sont pris en compte dans ce processus, de la compensation financière à la prise en charge médicale et psychologique, en passant par la sensibilisation et l’accès des victimes à des activités génératrices de revenus en vue de renforcer leur autonomie», a témoigné le diplomate allemand.
Quant à Attaher Ag Iknane, il dira que la construction de la paix et la réconciliation nationale est au cœur de l’action gouvernementale depuis l’accession du président Ibrahim Boubacar Keïta à la magistrature suprême. Pour lui, cet atelier est le fruit d’une réflexion approfondie, amorcée depuis janvier 2018, fondée notamment sur les textes nationaux et internationaux, les leçons tirées des expériences nationales de réparation par voie administrative, et le dialogue avec tous les acteurs concernés.

Bourama CAMARA

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