Daraja Haïdara : La fibre de l’humanitaire

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Courage, persévérance et ténacité : voilà trois mots qui peuvent définir Daraja Haïdara, la présidente de l’Association humanitaire « Al Barka ». La jeune femme de 27 ans est engagée pour la cause des démunis. Elle se bat au quotidien pour scolariser des enfants démunis, les équiper en kits scolaires et faciliter accès aux actes de naissance à ceux qui n’en ont pas. De la création de son association caritative à ce jour, Daraja Haïdara a pu scolariser 5.205 enfants et faciliter l’octroi de milliers d’actes de naissance.

Pour ses efforts louables, elle a été nominée en novembre dernier pour le prix Africa 35.35 (les 35 jeunes Africains et de la diaspora qui ont fait bouger l’Afrique en 2019). Elle a aussi été lauréate du Super Prix de la jeune Africaine de l’année 2019.

Ce prix est loin d’être la seule consécration de ses efforts. Daraja Al Barka a enlevé le Award « Organisation making a différence », décerné à elle en 2018 à Lagos, au Nigeria. Son organisation a également été primée « Association humanitaire de 2018 au Mali » par le Comité de « la Nuit de la philanthropie ». C’est dire que le travail de la jeune femme est largement reconnu. élégante et souriante, Daraja Haïdara est totalement dévouée au combat pour la cause des personnes démunies.

En 2012, elle a créé l’association « Al Barka ». L’idée lui est venue en 2010. « Les week-end, je faisais les courses au marché pour ma maman. à chaque fois, je croisais deux enfants (Moussa et Ba Doumbia) qui vendaient des condiments. Un jour, je leur ai demandé s’ils allaient à l’école. Leur réponse fut négative. C’est alors que je leur ai demandé s’ils aimeraient aller à l’école. Ils m’ont répondu par l’affirmative. Et j’ai cherché à connaître leurs parents qui m’ont donné le feu vert pour les inscrire puisqu’ils n’en avaient pas les moyens », se souvient-elle.

Daraja Haïdara, la généreuse, entame alors les procédures administratives pour inscrire les deux mômes dans une école publique avec l’argent de poche que son père lui donnait pour aller à l’université. Elle s’est battue aussi pour leur trouver des actes de naissance. « Je me suis dit que si je suis arrivée à formaliser ces deux cas, en créant une association, je pourrais toucher le maximum d’enfants. D’où l’idée de Al Barka », explique la détentrice d’un Master en communication d’entreprise et de gestion des ressources humaines. Une hypothèse qui ne tardera pas à être confirmée. Aujourd’hui, son association intervient sur toute l’étendue du territoire national, y compris dans les zones en crise. Et rien ne semble pouvoir arrêter Daraja Haïdara dans son ambition noble et salvatrice de « sécher les larmes » des démunis. Elle se souvient encore de son voyage entre Bamba et Gourma-Rarhous en pinasse, parce que toutes les routes étaient coupées par les bandits armés, pour aller offrir des kits aux enfants de cette localité. « Nous visons toutes les zones. Nous sommes là pour tous les Maliens dans la mesure du possible », développe-t-elle, d’un ton déterminé.

à l’avenir, elle envisage de créer des centres de formation professionnelle dans la capitale et au niveau des régions pour permettre aux jeunes et aux femmes d’apprendre des métiers pour se prendre en charge.

La jeune femme n’est pas seulement engagée dans la scolarisation des enfants démunis. Elle compte toucher toutes les couches sensibles de la société malienne. Pour ce faire, Al Barka assiste les personnes âgées à travers des visites médicales gratuites et des séances de conseils pour les aider à prévenir certaines maladies liées à la vieillesse. Par ailleurs, à travers un crédit dénommé « Prêt Bara », un programme financé par l’association « Djiguiya », des Maliens vivant à Philadelphie, l’association Al Barka équipe les femmes rurales, leur accorde des prêts sans intérêt pour leur permettre de développer des activités génératrices de revenus. Une question taraude l’esprit. Avec quelles ressources parvient-elle à mener à bien ses activités ? En réponse, la jeune femme explique que Al Barka arrive à concrétiser ses initiatives à travers les contributions des mécènes, les apports personnels de la promotrice, les sponsorings et les partenariats. Chaque année, l’association organise, par exemple, un gala de charité, lors duquel elle collecte des fonds et organise des ventes aux enchères. Tout cela non sans difficultés.

Des obstacles, Al Barka en connaît. « Nous sommes dans un pays où l’humanitaire n’est pas connu de tous. Quand on organise un gala, il n’est pas facile de faire adhérer les gens, déplore-t-elle. C’est un cercle restreint de gens qui, selon elle, ont compris la mission de l’humanitaire et accepte de nous accompagner. Pendant le mois de Ramadan, nous collectons les anciens habits. Ce n’est pas facile. Certains pensent qu’on va les utiliser à d’autres fins », regrette Daraja Haïdara.

En dépit de toutes ces difficultés, elle n’entend pas baisser les bras. Daraja Haïdara évolue également dans l’agroalimentaire. Elle a ainsi créé sa propre coopérative agricole dénommée « ZoulAgri » basée sur la production de produits maraîchers. Business dont elle fait elle-même la promotion sur le réseau social Facebook où elle est très active.

Elle possède un champ à Sélingué. En 2019, elle crée une entreprise de distribution opérant dans le commerce général.

Coordinatrice de la « Plateforme des jeunes pour la paix et la sécurité au Mali », elle invite les autorités à avoir confiance aux jeunes et à appuyer leurs projets. « Nous avons, par exemple, du mal à acheminer les colis dans certaines zones », argumente-elle. Aux jeunes, Daraja Haïdara demande de croire en eux-mêmes, de prendre des initiatives et de s’investir pour pouvoir les concrétiser.

Aminata Dindi

SISSOKO

 

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