DE L’OR A TOUT PRIX

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Un des nombreux adolescents employés dans des sites d’orpaillage


Des enfants journalistes se sont rendus le dimanche 16 septembre sur le site d’orpaillage de Diabarou situé à environ 35 km de la commune urbaine de Kéniéba où s’est tenu du 14 au 18 septembre 2018 Oxyjeunes, un rendez-vous annuel des enfants du Mali. Ce site fait partie des zones eldorado des orpailleurs qui attirent plusieurs nationalités et des jeunes déscolarisés.
Le site d’orpaillage de Diabarou est l’un des grands sites du cercle de Kéniéba sur lequel des centaines de personnes piochent tous les jours, portés par l’espoir de trouver le « précieux trésor », l’or. Découvert en 1981, il est également cité parmi les vieux sites de la localité. De génération en génération, rappelle le fils du chef de village Bourama Keita, l’orpaillage est leur activité principale.
A l’image de Hamirou Belem, ils sont de dizaines de jeunes qui ont abandonné l’école pour se rendre sur ce site. Agé de 17 ans et issu d’une grande famille, il a affirmé « Mes parents n’ont pas de moyens nécessaires pour assurer la prise en charge de mes études. C’est pourquoi j’ai décidé de venir sur le site ».
Un peu devant, Sadio Kanté et Sira Coulibaly, deux filles déscolarisées, étaient occupées à laver les amas. Elles ont affirmé être contraintes par leur maman d’écourter leur scolarité. « Depuis cinq ans, je travaille sur ce site. J’ai abandonné l’école en classe de la 5e année. Une partie de ce que je gagne est utilisée pour appuyer financièrement mes parents à la prise en charge des dépenses », raconte-t-elle toute en sueur. Elle a soutenu aussi que le travail est difficile et dur pour elle. Présentement, la jeune Sadio regrette avoir abandonné ses études. Elle pense que si c’est à refaire, elle ne réfléchira pas deux fois pour dire non à sa mère.
A l’inverse de ces histoires émouvantes où des enfants sont obligés de sacrifier leur avenir scolaire, il y a en d’autres qui, de leur gré, se lancent dans l’aventure de la découverte du « précieux trésor ». Prenant plaisir à gagner de petits pécules à la fin de chaque semaine, beaucoup d’écoliers préfèrent faire « un revirement » en mettant fin à leur scolarité.
Outre ces aspects qui augmentent le taux d’abandon scolaire dans la région de Kayes, la pratique de l’orpaillage représente également d’énormes dangers sur l’environnement. Sur le site de Diabarou, des dizaines d’excavations faites par les orpailleurs jonchent le long des terres de cette localité. Après l’extraction des gisements, les puits ne sont pas remplis par les orpailleurs. Ce qui constitue aussi une menace pour les jeunes et enfants qui y vivent. Et pourtant, la profondeur des puits oscille entre 40 à 110 mètres.
Quant à Babacar Dieng, l’un des participants à cette édition, il s’est confié à nous en disant « Les enfants ne sont pas responsables de la pauvreté de leurs parents, ils doivent être à l’école au lieu de risquer leur vie pour subvenir aux besoins de la famille ». Comme lui, plusieurs de ses camarades pensent que les enfants n’ont pas leur place sur les sites d’orpaillages et que leur place est à l’école.
Badiallo Sow
et Babacar Dieng,
enfants journalistes,
envoyés spéciaux à Keniéba

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