Dépôts anarchiques d’ordures à Bamako : Populations et autorités se rejettent la responsabilité

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La gestion des décharges pose la question de la répartition des rôles à jouer par chaque intervenant. En attendant les populations désemparées déposent les ordures sur le premier espace trouvé

En vous rendant à Magnambougou, vous ne pouvez pas rater un gros tas d’ordures qui trône au bord de la route depuis des mois, sous les regards impuissants des riverains et autres usagers. «Ces déchets sont générés par les habitants du secteur. Des éboueurs se servant de charrettes tractées par des ânes ont aussi transformé les lieux en décharge finale», expliquent des personnes travaillant sur place.

Comme dans ce quartier populaire, des dépôts d’ordures pullulent un peu partout à Bamako. Les habitants ne semblent avoir aucune gêne à déverser les déchets aux abords des axes routiers. Les espaces publics servent souvent de dépotoirs privant ainsi les citoyens d’espace de divertissement et de loisirs. Les parcelles à usage d’habitation non encore bâties ne sont pas épargnées. Pour s’en prémunir, certains propriétaires plantent au milieu de leur terrain des panneaux d’interdiction de dépôts d’ordures.

Les ordures sont déversées dans les caniveaux et ces détritus vont combler le lit des marigots, provoquant des inondations aux conséquences graves. Les chaussées ne sont pas épargnées par les dépôts d’ordures. Certains manifestants expriment leur mécontentement en déversant des ordures sur les routes goudronnées.

«C’est à partir de 20 heures que les gens viennent jeter les ordures ici. Ils le font également pendant la journée, mais rarement», déplore Karamoko Mallé. Assis sur la selle de son tricycle (moto servant de transport en commun) au niveau du carrefour de Sogoniko (Commune VI), il attend les clients, en cette matinée ensoleillée du mercredi. En attendant, l’homme discute du sujet avec son frère, son associé dans ce travail. Les deux consanguins révèlent que dans la nuit de mardi à mercredi, un individu est venu jeter le cadavre en décomposition d’un âne.

Dépitée, une connaissance de Karamoko Mallé s’invite au débat. « L’auteur de cet acte doit être sévèrement puni, préconise-t-elle. La mairie est responsable de cette situation. Il faut employer un gardien pour surveiller les lieux afin d’empêcher les gens de venir y éparpiller leurs déchets. »

Les chaussées ne sont pas épargnées par les dépôts d’ordures

CADAVRE D’UN ÂNE- Vendeuse de beignets dans les parages, Massaran Kané partage cet avis. Pour elle, la sanction est nécessaire pour mettre fin à cette mauvaise pratique. Les ordures qui débordent sur la route peuvent provoquer des accidents, pense-t-elle, précisant que c’est Ozone qui enlève ces détritus chaque fois qu’ils commencent à atteindre un volume inquiétant.

Interrogée, la municipalité estime avoir fait de son mieux. Déplorant l’incivisme généralisé de la population, elle reproche à Ozone Mali d’avoir transformé le lieu en un site de collecte en demandant aux gens de venir y déposer les déchets. «Je viens d’appeler le directeur d’Ozone pour l’informer de la présence d’un cadavre d’âne qui sent mauvais.

Il dit qu’ils vont envoyer tout de suite une équipe pour nettoyer l’endroit», explique Mme Dougnon Delphine, 3è adjoint au maire de la Commune VI. Cet appel, précisons-le, fait suite à une plainte des agents de la Compagnie de circulation routière (CCR) en poste au niveau du carrefour de Sogoniko.

Pour faire face à cette situation, nous envisageons de mettre une plaque indiquant «défense de déposer les ordures», dit Mme Dougnon Delphine. La commune compte aussi responsabiliser les jeunes du quartier pour surveiller l’endroit, en permanence. Car, c’est vers 2h ou 3h du matin que les éboueurs viennent décharger leurs charrettes sur le lieu, souligne l’édile.

«Les policiers ont témoigné qu’ils le font souvent entre 5h ou 6h heures du matin», rapporte-t-elle, attirant l’attention sur l’impact négatif de ce phénomène sur la santé de la population et sur l’image même de la circonscription. «C’est honteux. C’est pourquoi, j’ai appelé Ozone pour leur dire de changer de stratégie», fulmine l’élue.

De son côté, Ozone Mali pointe du doigt le comportement incivique des habitants qui ont transformé le lieu en «poubelle». «Avant-hier, des gens sont allés jeter le cadavre d’un âne. C’est Ozone qui l’a enlevé», confirme Adama Koné, conseiller principal de la direction générale de Ozone Mali. Il rejette en bloc les accusations : «Comment Ozone qui a une notion technique peut ou va dire aux gens de déposer les déchets au carrefour de Sogoniko ? Ce n’est pas vrai».

CINQ DÉPÔTS DE TRANSIT- Les sites de collecte d’ordures identifiés comme tel par Ozone sont dotés de récipients installés à cet effet, précise le spécialiste. Les endroits dépourvus de réceptacles ne constituent nullement des sites de collecte d’ordures. Ce sont des dépôts anarchiques.

Notre interlocuteur rappelle qu’un contrat lie Ozone Mali à la mairie du District de Bamako, à travers le gouvernement. «Cette convention a été signée en 2014, mais les travaux ont commencé en 2015», précise Adama Koné. à travers ce partenariat, la mairie du District de Bamako a délégué à Ozone ses missions de collecte de déchets dans la ville de Bamako.

Cette tâche consiste, d’après notre interlocuteur, à enlever les déchets auprès des domiciles, des concessions ainsi qu’au niveau des dépôts de transit et des centres de transferts pour les acheminer, en principe, vers les dépôts finaux. Il s’agit aussi de dégager les «dépôts anarchiques» créés par les populations à travers toute la ville.

L’un des obstacles majeurs à l’accomplissement de cette obligation est l’insuffisance de dépôts de transit. La ville n’en compte que cinq aujourd’hui, déplore-t-il. «Pire, il n’y a même pas de décharge finale à proprement parler pour la ville de Bamako», regrette Adama Koné. Alors que, insiste le technicien, les ordures ne doivent pas dépasser 72 heures dans les dépôts de transit afin d’éviter des pollutions et nuisances aux populations.

La décharge finale conçue à Noumoubougou, à une trentaine de kilomètres de Bamako, n’est pas encore fonctionnelle pour des raisons techniques et sociales. «Aujourd’hui, Ozone ne sait pas où déposer les déchets. Nous nous promenons dans les champs et dans les anciennes carrières pour les déposer», explique le conseiller principal. Et d’ajouter : «Nous avons saisi les autorités pour attirer leur attention en leur envoyant des lettres. Mais jusqu’à présent, il n’y a pas de solution».

Toute chose qui prouve, selon lui, que l’assainissement qui est le socle de la santé (gage de tout développement notamment humain), ne semble pas être une priorité pour nos autorités. En témoigne le budget alloué au secteur qui ne «dépasse même pas 1%», déplore-t-il, avant d’exhorter l’état à faire appliquer et respecter les textes en la matière pour le bien-être des populations.

Bembablin DOUMBIA

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