Digitalisation des opérations bancaires : L’équation de la sécurité

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Le client est la première garantie de la sécurité de son compte

Les banques maliennes ont embarqué dans le train de la révolution numérique en développant de nombreuses possibilités de transactions en ligne. Ces opérations sont-elles suffisamment sécurisées ?

La troisième révolution industrielle continue de chambouler nos habitudes, en rendant possible ce que l’on croyait jusque-là irréalisable. La révolution numérique, après avoir supprimé les distances, promet de briser les liens physiques qui existent encore entre administrateurs et usagers, en dématérialisant tous les services de base. À partir de son Smartphone, le citoyen peut avoir accès aux services de base nécessaires depuis son bureau ou son domicile. Par ailleurs, tel un poison et son antidote, des cybercriminels développent des savoir-faire similaires visant à faire sauter les garde-fou et autres mesures de sécurisation pensées et mises en place par les établissements financiers.
En effet, le digital banking, fruit de la révolution numérique, participe davantage à l’atteinte de l’inclusion financière en permettant à chaque citoyen, là où il se trouve, d’avoir accès aux services financiers, se réinvente en permanence, afin de sécuriser les opérations, s’adapter aux besoins nouveaux de la clientèle et rassurer par la même occasion de la fiabilité des services.
Pour satisfaire ces exigences, de nombreuses structures bancaires implantées dans notre pays migrent vers le numérique. Résultats : UBA mobile banking App, Bim express, Internet banking, E-Banking, Cauris web sont, entre autres services digitaux bancaires qui ont vu le jour au sein de certaines structures bancaires maliennes.
Grâce à ces produits, il est possible aujourd’hui de faire des transactions financières. Cela, grâce à un partenariat entre des institutions bancaires et des services de transfert d’argent, comme Orange-money. Coopération qui permet au client d’interconnecter ses comptes bancaires et Orange-money pour ainsi faire des transactions, régler ses factures d’électricité et d’eau, et même renouveler ses abonnements télé.

Transfert-La Banque de développement du Mali (BDM S.A) est évidemment à la pointe de cette mutation technologique, selon sa directrice chargée du marketing et du digital. «Il s’agit pour le client d’être domicilié à la BDM, mais aussi d’avoir un compte Orange-money. Une fois que vous souscrivez, vous pouvez à travers les menus Orange-money avoir votre solde bancaire, le mini révélé. Vous pouvez également transférer de l’argent de votre compte bancaire vers votre compte Orange-money et vice versa. Cette solution permet d’avoir accès à votre argent depuis votre quartier. Étant donné que vous n’avez pas des agences bancaires dans tous les coins de rue, mais il y a des kiosques Orange-money », explique Mme Doucouré Assan N’Diaye.
Elle souligne que sa Banque travaille sur ce chantier depuis plus de cinq ans et que ces projets ont connu un essor à partir de 2017. « En plus des transactions via le mobile, la banque met à la disposition de ses clients d’autres offres. Certaines sont conçues pour toute la clientèle, d’autres pour une clientèle ciblée comme les grandes entreprises ou des particuliers », spécifie-t-elle.
Conçu pour les grandes entreprises, le « E-Banking » est par exemple dédié exclusivement à la consultation et à l’édition de coordonnées de compte. Le e-payement, lui, permet à une entreprise d’ordonner un virement à partir de son bureau. « Il n’y a plus de papiers qui circulent, plus de longue file d’attente pour pouvoir déposer des ordres de virement et attendre qu’ils soient exécutés. Depuis leur bureau, les clients peuvent télécharger les états de virement et automatiquement, c’est intégré au niveau de la BDM », commente Mme Doucouré Assan N’Diaye.
Les particuliers ne sont pas oubliés. « Une fois que vous avez des cartes bancaires, vous êtes automatiquement enrôlés sur Cauris web qui est comme un guichet automatique ambulant dans votre poche, à travers votre téléphone. Grâce à Cauris web, vous pouvez avoir accès à plusieurs transactions. Comme consulter vos soldes et avoir des mini-relevés, ou activer et désactiver votre compte », explique Mme Doucouré.
Notre interlocutrice précise que sa structure considère cette année comme celle de la digitalisation. De ce fait, d’autres produits innovants seront lancés. Ils permettront à ceux qui n’ont pas de compte à la BDM d’avoir accès à certains services bancaires, à travers un portemonnaie électronique. À la question de savoir si ces offres ont un coût, elle répond : « Toute offre a des coûts qu’on le dise ou pas. Mais, ces coûts sont bien étudiés pour permettre au maximum de clients de les atteindre ».

Culture du cash- Toutefois, le défi est la familiarisation des clients avec ces offres. « Nous sommes dans une culture du cash, du contact physique. C’est toute une sensibilisation qui sera faite pour que le client comprenne l’importance de la digitalisation qui est un processus auquel on ne peut pas échapper. Ou vous êtes dans le train ou vous restez derrière les autres », soutient-elle.
Comme la BDM, la Banque internationale pour le Mali (BIM) est, elle aussi, entrée de plain-pied dans la numérisation. Depuis quelques temps, rappelle le directeur adjoint des marchés, la BIM a mis à la disposition de ses clients, désormais acteurs de la digitalisation, des produits nouveaux. « Nous avons le SMS banking qui permet de consulter son compte via le mobile et permet de consulter le solde du compte en temps réel. À chaque fois qu’il y a une opération de débit ou de crédit, le client reçoit instantanément une alerte lui spécifiant qu’une opération de transaction est en cours sur son compte », expose Daouda Sissoko. Et d’ajouter : « Nous avons également Adria ou BIM net qui permet de consulter son compte via Internet. Cette offre est mieux adaptée aux entreprises. Ces deux offres permettent également de télécharger l’extrait de compte en formant PDF par mois pendant douze mois. Ils fonctionnent 24 heures sur 24 tant que le réseau fonctionne normalement ».
Ces innovations, somme toutes nécesssaires ne serviraient à rien si les banques ne disposaient pas de mesures de sécurité visant à protéger les clients et les opérations. La digitalisation a comme corollaire la multiplication des attaques informatiques contre les banques, le développement de la cybercriminalité. Attaques malveillantes auxquelles les banques ont l’obligation de trouver des parades.
À ce propos, Mme Doucouré rassure que les solutions numériques de la BDM sont protégées par plusieurs niveaux de validation. « Les entreprises peuvent avoir autant de niveaux de validation qu’elles veulent. Il y a certainement une personne que l’entreprise désignera pour la saisie. Cette personne dispose d’un accès, d’un code utilisateur et d’un mot de passe qui lui est communiqué par la banque, directement. Après ces étapes de saisies, si l’entreprise demande à avoir deux ou trois niveaux de validation, c’est bien possible de les intégrer. Tout cela pour renforcer la sécurité », assure-t-elle. Aussi, la banque se permet souvent, une fois que l’entreprise termine de valider en fonction du montant, de vérifier si ce sont bien les habitudes du client. Si elle voit que l’opération est suspecte, elle prend ses précautions. « C’est comme ça qu’on essaie de contrer tous ces problèmes de fraude au niveau des offres digitales », précise-t-elle.

SÉCURITÉ DES SYSTÈMES-Quant au client particulier qui n’a pas la possibilité de joindre la banque, il peut désactiver sa carte perdue pour éviter que celui qui l’aura ramassé ne puisse l’utiliser. « Si vous retrouvez la carte, vous pouvez la réactiver», explique-t-elle.
La directrice marketing et digital de la BDM souligne par ailleurs que la population doit faire confiance aux banques. La fraude a tout le temps existé. Les banques, particulièrement la BDM, investissent beaucoup d’argent pour assurer la sécurité des systèmes. Mais, « il faut une vigilance et de la part de la banque et de la part du client. Lequel doit se dire que sa carte ou son porte-monnaie électronique est sa poche, qu’il ne faudrait pas le négliger. Il ne doit pas non plus mettre son mot de passe à la disposition de tout le monde », conseille-t-elle.
Pour rassurer les clients, Daouda Sissoko explique que ces offres sont sécurisées. Par exemple, dit-il, quand le client crée un compte sur BIM net, il reçoit son mot de passe provisoire par SMS et l’identifiant par mail. « Ces deux volets sont disponibles pour plus de sécurité pour que le client ne reçoit pas les deux informations via un seul et même canal ».
Pour completer Daouda Sissoko, son collègue Amadou Oumar Diallo souligne que la BIM est en train de faire le maximum possible pour protéger ses informations. La BIM a, explique-t-il, la chance de faire partie d’un très grand groupe qui a des cellules de recherche suffisamment outillées pour faire face à la fraude. « Donc, il y a une inter activité non seulement au niveau national mais aussi avec le groupe », rassure-t-il. En plus de la mesure sécuritaire que son collègue a évoqué plus haut, Amadou Oumar Diallo révèle l’inexistence aujourd’hui des identifications biométriques. En attendant, la BIM est en train de développer un système appelé « Secure 3D» pour pouvoir valider les codes ou une opération d’une certaine importance à travers trois niveaux : banque et client, et deux autres canaux différents.
En tout état de cause, les spécialités sont unanimes : le premier acteur en matière de sécurité est le client lui-même. Celui-ci doit toujours signaler des anomalies constatées dans ses opérations, aussi minimes soient-elles. Car, alertent-ils, une anomalie peut être une sorte de test pour une opération frauduleuse de grande envergure.
Aminata Dindi
Sissoko

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