Djoliba : La reconversion réussie des chercheurs d’or

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L’Association Drague Nièta, une organisation dont les membres avaient prospéré dans le dragage du lit du fleuve Niger à la recherche de l’or, a décidé de se reconvertir dans l’exploitation du sable et du gravier. C’est à Djoliba (village situé dans le Mandé, Cercle de Kati).
Afin de mener leur nouvelle activité dans la légalité, les anciens chercheurs d’or souhaitent disposer d’un permis d’exploitation du sable et du gravier, délivré par les services techniques du ministère des Mines et du Pétrole. C’est ainsi qu’en partenariat avec l’Association «Sauvons le fleuve Niger», ils ont sollicité et obtenu une visite de terrain de la ministre des Mines et du Pétrole, pour s’enquérir de la réalité du terrain. C’est dans cette optique que Mme Lelenta Hawa Baba Bâ a effectué lundi une mission sur le terrain en se rendant au village de Djoliba, situé à environ 45 km de Bamako.

En effet, suite à une campagne de sensibilisation menée par l’Association « Sauvons le fleuve Niger », nous avons décidé de nous convertir dans l’extraction du sable et du gravier, a confirmé le porte-parole de «Drague Niéta», Adama Kané dit Koplan. Pour y arriver, son organisation sollicite l’accompagnement et le soutien de la cheffe du département en leur octroyant un permis d’exploitation et d’extraction du sable et du gravier, ainsi avait-il planté le décor.

Tierno Mohamed Baldé, président de l’Association «Sauvons le fleuve Niger», créée le 1er novembre 2016 dans le but de contribuer au désensablement, à la protection et la sauvegarde du fleuve Niger, précisera que la campagne a été organisée en partenariat avec le ministère des Mines et du Pétrole. Objectif : sensibiliser les acteurs du dragage sur l’interdiction formelle de cette activité qui a été supprimée du Code minier de 2019.

Intervenant à ce propos, la ministre des Mines et du Pétrole a rappelé que le Code minier de 2019 en vigueur depuis le 27 septembre 2019 interdit le dragage de l’or dans les cours d’eau au Mali.
Parlant de la doléance exprimée par l’Association «Drague Nièta», Lelenta Hawa Ba a exhorté les responsables de l’organisation à prendre attache avec le directeur national de la géologie et des mines dont le service est chargé de la délivrance des permis d’exploitation de sable et de gravier, prévu dans le nouveau Code minier.

«Cette initiative est un début. Nous espérons que d’autres vont leur emboîter le pas», a souligné la patronne du département en charge des questions minières. Grâce à cette nouvelle activité lucrative, ils désensablent le fleuve, contribuant ainsi à l’épanouissement économique des communautés riveraines et créant de l’emploi pour les jeunes, a salué Lelenta Hawa Baba Ba, avant d’inviter au respect des mesures barrières sur les sites.

Des dragues et pirogues longent les rives du fleuve sur une distance de quelques km. Dans le lit du Djoliba, les moteurs de trois à quatre dragues ronflent à fond. «Ils extraient du gravier comme cela», confirme Amadou Cissé. Cet exploitant manuel de sable et gravier qui vient de Sayé, Région de Mopti, passe chaque année sept mois sur les lieux, avant de retourner au bercail avec sa femme à l’approche de la fête de Tabaski.

Ils sont trois ouvriers aux muscles bien solides qui travaillent en collaboration avec un propriétaire de pirogue. Ils travaillent tous les jours, lundi et vendredi exceptés. Car, explique-t-il, ils font deux voyages par jour. Eux et le propriétaire de l’embarcation de fortune se partagent les gains, à tour de rôle et à part égale. C’est-à-dire les profits sont toujours partagés en quatre parts égales : une pour le propriétaire et les trois autres pour les ouvriers chargés de l’extraction des minerais. En retour, le propriétaire paie les quatre bras valides chargés de décharger la pirogue de son contenu.

Propriétaire de pirogue exerçant cette activité depuis 28 ans, Abdoulaye Keïta est assis sur sa moto de marque Djakarta, sous un hangar. Interrogé, il confirme les propos de Amadou Cissé. «Lorsque nous vendons les marchandises pour un montant total de 40.000 Fcfa par exemple, les 10.000 Fcfa me reviennent de droit. Les 30.000 restants sont partagés entre ceux qui extraient les matériaux. Qu’ils soient trois ou dix personnes», précise le natif de Djoliba.

Selon lui, chaque propriétaire dispose d’une place au bord du fleuve pour déposer ses matériaux, avant de les vendre. L’espace qui longe la devanture d’une case ou d’un groupement de cases appartenant à une seule personne jusqu’au fleuve, correspond à la place où elle peut déposer des minerais.
Contrairement aux exploitants manuels qui font un ou deux voyages par jour, les dragues peuvent remplir cinq à sept grosses pirogues chaque jour.

Souvent, le contenu d’une seule pirogue peut remplir un camion-benne pouvant contenir 7m3 de sable ou de gravier. Cette quantité de gravier est vendue à 90.000 Fcfa, contre 40.000 Fcfa pour la même quantité de sable. Bourama Diarra, âgé d’une vingtaine d’années, a quitté son Djenné natal pour cette activité. La pirogue avec laquelle ses collègues et lui travaillaient est en panne.

En attendant, il embarque très tôt chaque matin avec des camarades. À 11 heures, le jeune homme reçoit sa paie journalière : 5.000 Fcfa et cela tous les jours, sourit-il, comme pour dire le métier nourrit son homme.
Mais quand s’installera l’hivernage, les eaux de pluies gonfleront le fleuve. Les berges et abris seront engloutis par l’eau. Tout le monde décampera jusqu’à la décrue prochaine.

Cheick M. TRAORÉ

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