Doctrines, Mendicité : «QUANT AU DEMANDEUR, NE LE REPOUSSE PAS»

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Il vous est sans doute déjà arrivé d’esquisser un geste d’agacement ou d’exaspération en passant simplement ou en vous arrêtant à un carrefour où opèrent des mendiants. Leur obstination à solliciter les passants suscite divers mouvements d’humeur et tend à émousser le sentiment de compassion conduisant à leur porter assistance. Si la pratique de la mendicité est de plus en plus mal perçue, au point que le législateur, dans de nombreux pays ait tenté de la réglementer, il n’en demeure pas moins que le don d’aumône est un devoir religieux destiné à purifier l’âme du fidèle.
Cependant, si l’on se réfère aux enseignements des docteurs de la foi, il est des principes dans lesquels doit s’inscrire la pratique de la mendicité. Pour certains, il n’est pas licite de mendier si l’on a de quoi subvenir à ses besoins pendant un jour et une nuit. En d’autres temps, tout un concept philosophique a été élaboré par un courant de pensée sur la question pour mieux vivre sa foi. Ainsi, selon les adeptes de cette congrégation, au nombre des motifs valables pouvant conduire à mendier s’inscrit l’amour de la liberté de l’esprit, car aucun souci n’est plus préoccupant que celui de s’assurer de sa nourriture.
Les maîtres de cette école de pensée en imposaient la pratique pour obtenir la discipline de l’âme. Admettant qu’il est particulièrement humiliant de mendier, ils estiment que cela aide leurs adeptes à prendre conscience de leur peu de valeur dans l’opinion des autres. Ils évitent ainsi les écueils de l’autosatisfaction. La pratique serait en outre pour eux une preuve de respect pour le Créateur, si un serviteur mendie auprès d’autres hommes qui sont aussi des serviteurs, démontrant ainsi une grande humilité. Les adeptes de la congrégation suivent en la matière des principes définis par un soufi des temps anciens : «Si tu mendies et que tu n’obtiens rien, montre-toi plus joyeux encore que si tu avais obtenu quelque chose. Ne garde jamais ce que tu as récolté pour embellir ta mise, pour ta maison ou pour acquérir des biens. Tu dois vivre dans l’instant. «La règle ultime est de ne jamais exhiber ta piété dans l’espoir que cela te vaudra des aumônes plus substantielles».
Les oulémas rapportent dans cet esprit que le Messager (PSL) a constamment exhorté le fidèle musulman à préserver sa dignité en comptant sur soi, et à ne pas demander aux gens sans raison. «Celui qui demande sans nécessité, est comme celui qui reçoit des braises,» relève-t-on notamment dans ses dires. Prenant par ailleurs en considération les cas de nécessité, il est dit ainsi : « Il s’agit d’une question de réputation. C’est à vous de choisir : la souiller ou non. Mais si vous êtes vraiment obligés, vous pouvez demander à celui qui a le pouvoir.»
La réalité est aujourd’hui bien loin de ces principes. C’est plutôt à l’expansion d’une mendicité agressive qu’il est donné d’être témoins dans nos cités, et le long des axes de voyages. Cette tendance déplorable ne devrait cependant pas brouiller le devoir de solidarité préconisé par l’islam. Cette prescription nous est rappelée dans une formule concise du Saint Coran : « quant au demandeur, ne le repousse pas. » (93:10).
 
A. K. CISSÉ

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