Doctrines : Profits ‘prêtez sans rien attendre en retour’

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Abdoul Kadry Cissé

Dans leur exégèse des textes fondamentaux de l’islam, entre les offices ou lors des réunions de cercles de lecture, les oulémas reviennent périodiquement sur certaines préoccupations des fidèles.

Les préceptes de la religion accompagnant l’homme dans ses actes et gestes quotidiens, les diverses activités de l’individu se trouvent toujours éclairées par un aspect des prescriptions. C’est ainsi que la fin du mois d’abstinence et celle de l’année lunaire sont des périodes conduisant au rappel de l’impôt dit de la rupture du jeûne et des questions relatives à la zakat, autre pilier de la religion musulmane.

Dans leurs commentaires, les oulémas mettent en exergue les caractéristiques de cette prescription qui ne peut être considérée comme une simple forme de charité ou de distribution d’aumônes. Le fidèle n’en est pas exempté suite au paiement de ses taxes à l’autorité temporelle, imposition à laquelle certains esprits trouvent à se dérober par des subterfuges divers.

Il s’agit dans le cas de la zakat, d’un devoir divin ayant une dimension spirituelle et dont chaque croyant doit s’acquitter dans l’intérêt de la société.

L’aptitude à faire face à ce devoir implique l’exercice par le fidèle d’activités pouvant lui rapporter un certain revenu, et la possession de quelque bien dont il disposerait pendant une année entière. Les oulémas insistent à ce propos sur la notion de gains licites et illicites, l’islam proscrivant notamment le fait que le musulman puisse se constituer quelques avoirs en portant atteinte à autrui. «Croyants, abstenez-vous de vous emparer mutuellement de vos biens par des procédés malhonnêtes, à moins qu’il ne s’agisse de transactions normales», est-il rappelé notamment.

Dans les échanges, les gains et bénéfices issus de pratiques usuraires sont assimilés à ces procédés proscrits. «Ceux qui se repaissent d’usure se verront pour le Jugement dernier, ressuscités en convulsionnaires possédés par le Démon, parce qu’ils ont affirmé que l’usure est une forme de vente quand Dieu a permis la vente et interdit l’usure» (2:275).

Les théologiens rapportent que cette condamnation de l’usure se retrouve dans les textes des autres religions monothéistes. Ils font ainsi référence à l’Ancien Testament recommandant dans l’Exode : «Si tu prêtes de l’argent à mon peuple, un malheureux qui est avec toi, tu n’agiras pas avec lui comme un usurier. Vous ne lui imposerez pas d’intérêt». (Chapitre 22 versets 24).

De même, l’Évangile selon Saint Luc y fait référence : «Faites du bien et prêtez sans rien attendre en retour. Votre récompense alors sera grande». (6.35).

L’islam autorise le fidèle à exploiter seul son capital dans une entreprise licite ou à le confier à quelque autorité expérimentée en la matière. Les associations de plusieurs personnes sont aussi encouragées quand elles s’inscrivent dans la sphère de ce qui est permis, loin de l’usure.

Et du fait des contraintes de l’économie moderne, les théologiens en appellent constamment à ces principes fondamentaux qui, selon eux, devraient trouver à s’appliquer même dans les relations entre peuples divers : « ô les croyants ! Craignez Allah ; et renoncez au reliquat de l’intérêt usuraire, si vous êtes vraiment croyants » (2 :278).

A. K. CISSÉ

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