Doctrines: Un temps pour chaque chose

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Les récits de la Tradition rapportent l’épisode d’un Compagnon du Messager (PSL) qui, cherchant à démêler des sentiments contradictoires qui l’assaillaient, s’en ouvrit à l’un de ses proches. “Quand nous nous trouvons en présence du Prophète, nous ne sommes pas loin de voir le paradis et l’enfer quand il nous en parle. Mais lorsqu’on s’éloigne de l’Envoyé de Dieu, nous sommes tellement distraits par nos femmes, nos enfants et nos affaires que nous oublions ses paroles.” Le condisciple interpellé avouant éprouver les mêmes tensions, ils s’en allèrent trouver le Prophète pour en avoir le cœur net. “Par celui qui détient mon âme entre ses Mains, si vous aviez le pouvoir de demeurer dans l’état spirituel où vous êtes quand vous êtes en ma compagnie et dans le souvenir permanent de Dieu, les anges vous salueraient et vous serreraient les mains dans vos lits et sur les chemins”, leur dit le Messager. “Mais il n’en est rien, poursuivit-il. “Il est une heure pour cela”, dit-il, signifiant ainsi la dévotion, les soucis de l’au-delà, et une heure pour cela, c’est-à-dire le repos, la distraction dans ce bas monde.”
Lorsqu’ils évoquent cet épisode, les oulémas rappellent que l’islam n’est pas que la religion des interdits, condamnant toutes manifestations de la vie autres que les dévotions. Selon les propos d’un érudit, l’islam n’exige pas du fidèle que ses paroles ne soient qu’invocations, ses silences, ses méditations. à l’homme sont reconnues forces et faiblesses que la prise en compte des enseignements de la religion se doit de canaliser. Dans cet esprit, la musique et les chansons relevant de la détente de l’homme ne sont frappées de nulle proscription tant qu’elles ne s’accompagnent pas d’obscénités ou d’incitation à diverses transgressions. Le recours à la déclamation poétique, à la musique et à la chanson est même recommandé lorsqu’elles permettent, en tant que moyen culturel de renforcer la foi du fidèle, de servir cette cause.

C’est dans cette logique que s’inscrit la démarche d’un célèbre musicien qui, en pleine gloire, avait abandonné son art depuis des années. Il avait alors tenu à s’éloigner de pratiques assimilées à celles des ménestrels, la chanson et la musique se trouvant assez souvent associées aux «discours futiles», entrainant l’homme sur le terrain de la dérision.
Yusuf Islam avait retrouvé le chemin des studios afin de produire quelques élégies. Pour s’y résoudre, il aura fait appel à un épisode dans la vie du Prophète (PSL) en la matière. Lorsqu’il rentrait un jour à La Mecque avec ses compagnons pour accomplir l’oumra, un homme marchant devant lui se mit à déclamer des poèmes contre les mécréants. L’un des Compagnons, futur Calife l’interrompit, s’étonnant qu’il puisse, en présence du Messager, et dans le sanctuaire de l’Islam, se livrer à ces déclamations. Le Guide demandera à Oumar de laisser l’homme poursuivre, car l’effet de ses couplets sur les païens était plus dur que des flèches. Les oulémas soulignent cependant que le Malin est prompt par le biais de la musique et de la chanson plus que tout autre moyen, à investir le fidèle, selon ce passage du Livre saint : « Excite par ta voix ceux d’entre eux que tu pourras». Ils en appellent ainsi en toutes circonstances à la mesure, car «le Diable ne fait des promesses qu’en tromperie». (17:64).
A. K. CISSé

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