Élevage : Le business lucratif des sous-produits d’abattage

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Moussa Sow au milieu de sa cargaison de cornes

Cornes, poils de queue, mâchoires, sabots… rien ne se perd des animaux. Tout se transforme en argent

Sur un grand espace longeant la route nationale 7 à quelques kilomètres du grand virage de Sirakoro-Méguetana, Moussa Sow, 35 ans, semble s’accommoder parfaitement de l’odeur infecte des restes d’abattage et des essaims de mouches qui y foisonnent. Après tout, c’est son lieu de travail. Ici, des queues de vaches suspendues à des structures en bois surplombent des monticules de cornes qui jonchent le sol. Chaque jour, sa journée commence par un geste simple : dévoiler les «collines de cornes» recouvertes de bâches. Si le décor est d’une hygiène répugnante à cause de l’odeur infecte et des nuées de mouches, l’activité, elle, d’un point de vue «économique», est assez rentable. Ce n’est certainement pas Sow qui soutiendra le contraire. «J’adore le commerce de cornes. C’est dans cela que je suis connu. Il n’y a pas de sot métier», affirme-t-il, occupé à vérifier l’état d’un amas de cornes se distinguant des autres par sa couleur blanche.
Le commerce de sous-produits d’abattage pour ce trentenaire est une activité à laquelle il était prédestiné, lui qui est fils de boucher. «Un beau jour, nous raconte-t-il sur son lieu de travail, c’est un de mes amis qui m’a amené des étrangers qui avaient besoin de cornes en quantité. Je suis fils de boucher, c’est la seule raison pour laquelle on m’avait présenté ces Blancs», se gausse-t-il de lui-même. Mais à l’époque, notre interlocuteur n’avait aucune idée de ce qu’on pouvait gagner dans le commerce de cornes, c’était il y a 20 ans. «Je suis allé à l’abattoir de Sabalibougou-Courani, à l’époque les cornes ne se vendaient pas, mais, dès que j’ai parlé de mon projet, ils m’ont vendu un tas à 50.000 Fcfa. Ma revente m’a rapporté un gros bénéfice. C’est après cela que j’ai pris goût à l’activité», nous explique-t-il.
Depuis ce jour, Moussa, natif de Mopti, s’approvisionne en cornes à l’abattoir de Sabalibougou où il achète les deux types de cornes : les fraîches qui datent de peu de temps et les pourries. «On me cède la paire de cornes fraîches à 175 Fcfa», confie-t-il, ajoutant qu’il revend la même paire à 400 Fcfa, alors que celle en décomposition est cédée entre 200 et 250 Fcfa. Aux grossistes, il écoule le chargement de moto tricycle à 20.000 Fcfa, alors qu’un chargement de Sotrama coûte 75.000 Fcfa.
Si Sow est un fin connaisseur des cornes fraîches, il n’en sait pas autant sur les «décomposées» auxquelles il s’est intéressé, il y a seulement 3 ans. Il affirme être un peu novice en ce qui concerne les «décomposées». «Je ne les achète pas au même prix que les cornes fraîches, je préfère d’ailleurs les acheter à l’état frais. J’assure la décomposition en les arrosant matin et soir pendant 15 jours durant la saison sèche, mais deux pluies suffisent à les décomposer pendant l’hivernage», explique-t-il.
Qui sont les clients et à quoi servent ces produits, dont peu de personnes connaissent l’importance ? Pour Moussa, ce sont des Maliens. «Ils s’en servent comme engrais dans les champs et les vergers. Mes clients soutiennent que les cornes procurent un goût spécial aux fruits », explique-t-il.
En marge du commerce des cornes, notre trentenaire s’intéresse également au business des testicules de bœufs qu’il appelle «Kôti-kôti» (animelles ou rognon blanc), aux queues de bœufs et d’autres abats, qu’il achète à l’abattoir de Sabalibougou-Courani. Pour le «Kôti-kôti», l’unité coûte 150 Fcfa. Cet abat est prisé, selon lui, par les restaurants togolais, béninois, nigérians, camerounais et même maliens. Sow leur cède l’unité entre 200 et 350 Fcfa. «J’achète également la queue de bœuf à 600 Fcfa. J’enlève la viande et fais sécher les poils que je revendrai après entre 125 et 200 Fcfa le kg», nous explique-t-il. Ajoutant que la queue est utilisée comme un instrument de nettoyage traditionnel dans les boutiques.
Quant aux autres os comme les mâchoires, le contenu des cornes et autres, le génie du commerce des sous-produits d’abattage affirme qu’il les brûle avant de les vendre. «Réduits en poudre, ces produits brûlés servent d’ingrédients pour la fabrication d’aliment bétail et de craie», indique-t-il. Il vend le sac de 100 kg à 1.000 Fcfa. Pour Moussa Sow, l’un des défis de ce métier est le manque de fonds surtout au démarrage de l’activité. «J’ai souffert le martyre à cause des difficultés liées au processus de décomposition des cornes. Cela nécessite qu’on achète des équipements, des produits qui sont chers, il vaut mieux être préparé à ça avant de s’y lancer», conseille-t-il. Moussa Sow nous confie qu’il vit de ce métier. «C’est grâce à cela que je me suis marié, que je nourris ma famille et j’ai pu acheter et construire ma propre maison», témoigne-t-il, en rendant grâce à Dieu.
Dans l’avenir, notre interlocuteur ambitionne de créer son entreprise. Il souhaite embaucher les jeunes sans emploi, afin de relever le défi du chômage au Mali. Pour Moussa Fané, un de ses employés, ce métier est sa seule passion. Il est infatigable. Il a avoué que c’est la motivation de son patron qui l’a incité à faire ce travail.

Mariam F. DIABATÉ

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