Équipements agricoles locaux : La morosité du marché

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Comme tous les ans, en début d’hivernage le marché de Médina-Coura communément appelé «Sougouni-Coura» est complètement submergé d’équipements agricoles. Les premières pluies sont tombées et dans les bassins de production c’est le branle-bas général. Ambiance similaire aussi à Sougouni Coura, où les équipements agricoles sont au cœur d’un business, dont la santé est relative. Pour autant, cela n’empêche pas la présence, de part et d’autre de la chaussée, d’une profusion de matériels agricoles locaux en vente. Parmi eux, on peut apercevoir des dabas, des charrues de différentes qualités, ainsi que des pièces de rechange tous fabriqués par nos artisans.

Il est 14 heures ici, nous sommes le 3 juillet. Les pauses pluviométriques longues, dont tout le Sahel a été frappé ébranlent jusque dans le marché des équipements agricoles. Devant son magasin de stockage, Adama Berthé, artisan et vendeur de matériels agricoles au marché Dossolo Traoré à Médina-Coura, se lamente. Lui dont le travail consiste à fabriquer des matériels agricoles locaux comme le semoir, le multiculteur, le tropical, la charrue «Daflani» et la daba. Depuis un certain temps, à cause de la rareté de la pluie, le marché des équipements agricoles a beaucoup chuté, nous raconte-t-il. « Dès que les premières pluies tombent, les artisans et les vendeurs de matériels agricoles se mobilisent. Mais la rareté de la pluie entraîne une certaine morosité du marché et décourage considérablement les paysans dans les achats des matériels agricoles », déplore Adama Berthé. Cependant, il estime que si l’hivernage commençait bien, les paysans ne tarderaient pas à acheter les nouveaux matériels agricoles. Mais cette année, à cause de la crise financière, nombreux sont ceux qui préfèrent changer les pièces usées, détaille-t-il .

Notre artisan ajoute qu’en ce début d’hivernage, les clients sont attirés par le semoir utilisé pour la semence et la charrue « Daflani » utilisée pour labourer la terre avant le semis et d’autres matériels tels que le multiculteur et le tropical. Leurs prix varient de 35.000 à 40.000 Fcfa pour les semoirs et 20.000 à 25.000 Fcfa pour les charrues, selon les qualités de fer utilisées dans la fabrication. Quant à la daba, son prix varie de 400 à 1.500 Fcfa selon la qualité. Pour Adama Berthé, la matière première qu’est le fer est cher, ce qui fait que l’artisan gagne moins dans la production des matériels agricoles. « Autrefois, je faisais le colportage dans les petits villages, mais maintenant je ne le fais plus pour la simple raison que les prix sont les mêmes à Bamako qu’ailleurs. « Cette année, le marché des équipements agricoles est moins élevé par rapport à l’année précédente », précise-t-il.

Sur les difficultés du marché des équipements agricoles, Mamadou Coulibaly, revendeur de pièces détachées de matériels agricoles, explique que malgré les efforts de nos artisans dans la fabrication des matériels de qualité, l’Etat attribue son marché à des commerçants qui, à leur tour, les importent. Alors que nos artisans ont la capacité de produire des outils capables de concurrencer ceux qui sont importés, se justifie-t-il. Il souligne ensuite que ces commerçants auxquels le gouvernement attribue le marché ont des attestations qui montrent qu’ils sont artisans, alors qu’ils ne le sont pas, dénonce-t-il. « Souvent, ils viennent acheter les équipements moins chers et de qualité douteuse au marché, pour ensuite les revendre à l’Etat plus chers », regrette Mamadou Coulibaly qui salue les efforts que les autorités déploient pour aider les paysans à avoir les équipements agricoles. Mais, il souhaite que ces équipements soient de qualité.

Galère-Cheick Oumar Traoré exerce la même activité que le précédent interlocuteur. Il explique qu’en général, l’hivernage est un moment propice aux bonnes affaires pour les vendeurs de pièces d’échange de matériels agricoles. « Les affaires marchent, mais après les deux mois du début de l’hivernage, le marché se ramollit considérablement, jusqu’à l’année suivante ». Il explique qu’en ce début d’hivernage, le marché des équipements agricoles est moins florissant, car les agriculteurs crient à la galère. « Si les clients n’ont pas d’argent en ce début d’hivernage, si les pièces ne sont pas achetées, nous sommes obligés de les stocker jusqu’à l’hivernage prochain », regrette Cheick Oumar Traoré avant d’ajouter qu’il arrive à assurer son pain quotidien, malgré, la situation. Il invite les autorités à venir en aide aux artisans afin de valoriser les équipements agricoles locaux. Selon Ibrahim Ballo, paysan, le matériel agricole devient de plus en plus cher, toute chose qui fait qu’il n’est pas à la portée des paysans. Il propose aux autorités d’aider les artisans à réduire les prix afin que chaque producteur puisse s’en procurer pour un bon rendement agricole.

Moussa Karembé vend aussi divers matériels agricoles au bord du goudron du marché de Médine. Contrairement aux précédents intervenants, il explique que le marché des équipements agricoles commence à aller très bien, car les clients viennent régulièrement en ce début d’hivernage et sont en majorité des ruraux et quelques paysans de Bamako. « J’arrive à tirer mon épingle du jeu, malgré la crise financière », se réjouit-t-il.

De l’avis de nombreux experts, les équipements agricoles locaux occupent une place essentielle dans les activités de production agricole. Dr Yaya Kané, chef du département information, structuration et modernisation de l’agriculture à l’Assemblée permanente des chambres d’agriculture du Mali (APCAM), en fait partie. Tous les paysans ne sont pas en mesure de se procurer un tracteur et ces machines sont moins rentables dans les petites exploitations, soutient-il. Il est mieux d’introduire certains matériels un peu plus simples et moins chers tels que les multiculteurs, les semoirs et les charrues, développe-t-il. « Il est plus rentable pour un paysan qui cultive 15 ou 20 jusqu’à 25 hectares, d’utiliser un tracteur que d’autres outils agricoles moins performants. Le tracteur est efficace pour les grandes superficies. Il n’est pas adapté aux petites exploitations agricoles. Et, le but recherché n’est pas d’augmenter à l’infini les superficies, mais d’intensifier la production pour tirer le maximum de rendement », argumente-t-il. Dans les zones d’intervention de l’Office du Niger, il y a des fabricants qui savent bien faire ces motoculteurs et souvent de meilleure qualité que ce que nous importons, précise Yaya Kané.

Makan Sissoko
L’ESSOR

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