Esclavage : HARO SUR UNE PRATIQUE RÉTROGRADE

0
575

Les témoignages poignants des victimes apportent la confirmation sur son existence et interpellent la conscience collective

Les animateurs de la conférence lors de la rencontre avec la presse

TEMEDT (une association qui œuvre pour la paix, le développement et la protection des droits de l’Homme) a organisé, dimanche dernier à la Maison de la presse, une rencontre avec les journalistes sur la pratique de l’esclavage dans la Région de Kayes. Les conférenciers étaient la vice-présidente de TEMEDT, Mme Raichatou Walet Altanate et l’ancien ministre de la Justice, Me Mohamed Ali Bathily.
Les associations des victimes de l’esclavage dans la Région de Kayes ont apporté des témoignages. Certaines victimes portent encore les stigmates de la violence. Mais tout le monde s’accorde sur une réalité. Il n’est plus acceptable que des humains soient réduits à l’esclavage en ce 21è siècle. «Tant qu’un seul homme reste enchainé, nous sommes tous des esclaves», disait Abraham Lincoln. Lors de la conférence de presse, des images ont été projetées sur la pratique de l’esclavage à Kayes et ont ému plus d’un. Les victimes sont torturées, humiliées, meurtries dans leur âme et dans leur chair. Les femmes et les enfants de moins de 10 ans constituent le plus gros contingent de ces victimes.
Mme Raichatou Walet Altanate a expliqué que l’esclavage dans la Région de Kayes est un héritage commun, auquel on doit aujourd’hui renoncer et que l’on doit combattre. Pour elle, il y a urgence à tourner le dos à l’ignorance mais aussi au sous-développement parce qu’il ne doit pas y avoir des communautés ou ethnies supérieures à d’autres simplement du fait de leurs conditions sociales. «L’esclavage par ascendance trouve sa justification dans cette triste réalité et se manifeste chez pas mal de communautés. Malheureusement, l’administration reste muette sur cette discrimination. Nous disons que ceci n’est pas la solution, il faut plutôt faire face à la réalité car tout problème non réglé deviendra une tragédie un jour», a martelé la vice-présidente de TEMEDT.
Pour l’animatrice de la conférence, les événements en cours dans la Région de Kayes où des communautés entières sont victimes de graves violations de leurs droits illustrent parfaitement la problématique de l’esclavage dans notre pays. TEMEDT, a assuré Mme Raichatou Walet Altanate, est déterminée aujourd’hui à briser le silence sur la question. Un autre objectif visé est la promotion et la protection des droits humains, notamment la lutte contre l’esclavage, la consolidation de la paix et la préservation de la cohésion sociale. Elle en a appelé à la mobilisation des associations de défense des droits humains et la communauté internationale pour sauver ces communautés qui n’aspirent qu’à vivre dans la quiétude. «Le gouvernement doit adopter un projet de loi criminalisant l’esclavage et d’autres pratiques assimilées, à l’instar d’autres pays membres du G5 Sahel», a plaidé la vice-présidente de TEMEDT.
Mohamed Ali Bathily dira que problématique de l’esclavage est une réalité dans toutes les communautés au Mali. Pour l’homme de droit, la législation doit prendre en charge la question de l’esclavage. Il rappellera que l’ancien président Modibo Keita avait vite compris que qu’on ne pourrait pas s’affranchir des «Blancs» si on continuait à nous asservir entre nous. L’ancien Garde des Sceaux a rappelé aussi que dans le pacte des Nations unies pour les droits civiques, civils et politiques, notre pays a signé des accords dans le sens de l’abolition de l’esclavage partout où il existe.

Mouda Issoufi MAIGA

Laisser une réponse