Faits divers : Fin de course pour l’ami meurtrier

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à la suite d’une dispute banale, il s’est emporté et a poignardé son ami d’enfance avant de s’enfuir pour un pays voisin. Filé sur la toile à son insu, il a été interpellé par les policiers en charge de lutter contre la cybercriminalité. Et c’était à son grand étonnement.

Au Mali, la loi n°2019-056 du 5 décembre 2019 a pour objet de déterminer les infractions liées à la cybercriminalité et toute sa procédure. Mieux, elle condamne toutes les infractions commises au moyen des technologies de l’information et de la communication. En son article 87, chapitre VI sur l’utilisation de logiciels à distance, elle donne la possibilité à l’officier de police judiciaire de s’introduire dans le système de probables suspects ou de mener une « perquisition numérique » afin de recueillir les éléments de preuves nécessaires afin d’anticiper sur les malfaiteurs concernés.
Dès la promulgation de cette loi, en décembre dernier, le commandant de police Abdoulaye Sinaba et ses hommes de la section lutte contre la cybercriminalité s’en servent à travers des patrouilles numériques dans le but de prévenir, en conformité avec l’esprit même de la loi qui est d’anticiper sur les infractions. Grâce à leurs équipements informatiques de pointe, rares sont les sites, comptes ou réseaux sociaux qui échappent au contrôle de ces policiers.

Ces limiers anti-cybercriminalité viennent de réaliser une véritable prouesse, en mettant hors d’état de nuire un meurtrier qui a commis son forfait en Côte d’Ivoire avant de se réfugier au Mali, via le Burkina Faso et le Ghana. Identifié plus tard comme un certain Sadio Togola, ce trentenaire, maçon de profession, ignorait qu’il était déjà filé par les éléments du commissaire de police Hamadoun Bilal Traoré, le chef d’unité de la Brigade d’investigations judiciaires (BIJ).

C’était à la suite d’une « patrouille numérique » que ces policiers d’un autre genre effectuaient sur le Net. Pendant qu’ils sont lancés à fond dans la recherche d’éventuels malfaiteurs sur les réseaux sociaux, ils sont tombés sur le message de détresse des parents de celui qui sera identifié comme la victime de Sadio, un certain Souleymane
Sanogo.

Le contenu du message est clair. Les parents, désespérés, cherchaient sur la toile, le probable meurtrier de leur progéniture. Comme une heureuse coïncidence pour eux, ce message a attiré l’attention des policiers sur la toile. Ils ont ainsi invité les malheureux géniteurs de Souleymane à se présenter à la BIJ pour affaire les concernant. Et tout est parti très vite. Par la suite, les parents de la victime ont porté plainte contre Sadio.

Mais avant, (précisément le 27 décembre 2019), par des techniques dignes de policiers professionnels, dont ils ont le secret, les éléments en charge de patrouiller sur le Net avaient mis la main sur le suspect numéro un de ce meurtre, à son grand étonnement. Celui-ci avait cru à tort qu’il avait pu échapper aux policiers de nos voisins ivoiriens, où il aurait commis son acte, avant de prendre la fuite.
C’est ainsi que dans ses déclarations à la BIJ, celle qui s’est présentée comme la mère de la victime, a brièvement expliqué que le bourreau de son fils s’est juste débarrassé de celui-ci à cause d’une histoire d’argent. Et de supposer qu’une fois qu’il a tué Souleymane, Sadio s’est enfui sans que personne ne sache réellement sa destination.

Ces déclarations de la mère de la victime ont conforté les policiers dans leur idée selon laquelle Sadio était le suspect de cet acte ignoble. Bien avant, ils avaient pu récolter des bribes d’informations plus compromettantes les unes que les autres sur le fugitif sur la toile. La mère de la victime en a profité pour donner des détails qui n’étaient pas connues des limiers sur les rapports entre les deux protagonistes.

Il semble que le bourreau et sa victime se connaissaient depuis leur tendre enfance à Bingerville (Côte d’Ivoire). Certainement qu’ils s’assistaient mutuellement et partageaient des choses ensemble. Leur histoire semble avoir évolué ainsi jusqu’à ce jour fatidique, où l’un s’est débarrassé de l’autre de la façon la plus tragique.

Quoi qu’il en soit, le commandant Sinaba et ses hommes ont joué en professionnels. Ils ont infiltré les données et décodé certains codes secrets (la loi les y autorise) du suspect sur Facebook, avant de le traquer. Le jeune homme était discrètement filé et surveillé depuis Abidjan, jusqu’à son arrivée sur le territoire malien. Plus précisément au poste de Sénou à l’entrée de la capitale. Là même où, juste à sa descente du véhicule, il a été cueilli et conduit manu militari dans les locaux de la BIJ pour y être auditionné.

à la suite de son audition, il pouvait difficilement nier les faits. Si ce n’est d’expliquer les raisons qui l’ont poussé à agir ainsi vis-à-vis d’un ami d’enfance. Comme explication, le suspect dira qu’il a effectivement poignardé son ami à la suite d’une banale dispute. La cause serait que, quelques jours avant les faits, le défunt avait chargé son futur bourreau d’un travail. Mais, ce dernier aurait, semble-t-il, bâclé ce travail. D’où le courroux de son copain qui s’est laissé emporter par la colère en poignardant son vis-à-vis au cou.

Ces explications, en forme d’aveu pouvaient difficilement tenir la route devant des officiers de police judiciaire (OPJ) rompus à la tâche. Ces derniers ont toutefois rappelé au meurtrier que ces explications ne doivent, en aucun cas justifier la façon dont il a réagi en poignardant une personne pour ensuite s’enfuir.

Ils voulaient lui rappeler que rien ne peut justifier un crime du genre. Vu ce triste constat, les limiers ne pouvaient que suivre la logique en la matière. Ils ont ainsi diligenté le dossier du jeune homme pour qu’il soit traduit en justice pour répondre de son acte.
Tamba CAMARA

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