Fatoumata Diawara : Une couronne pour la polyvalente

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Chanteuse, auteure-compositeure, interprète, comédienne… la jeune talentueuse femme a plusieurs cordes à son arc artistique. Notre compatriote a remporté le prix du «Meilleur album de l’Afrique et Moyen-Orient». C’était lors de la cérémonie du «Songlines Music Awards 2019» à Londres le 30 novembre dernier. Une belle consécration pour son nouvel opus, «Fenfo», qui a séduit critiques et mélomanes

Nominé en janvier dernier parmi les meilleurs albums de musique du monde aux «Victoires de la Musique» en France, «Fenfo» de la talentueuse Fatoumata Diawara se distingue ainsi comme une œuvre hors du commun. Et cela d’autant plus que le titre phare de l’album, «Nterini» (mon ami ou ma copine) a figuré dans la prestigieuse «Playlist 2018» du magazine américain New York Times. Tout comme «Fenfo» a enregistré une nomination aux Grammy Awards en 2019, dans la catégorie «Meilleur album de musique du monde». Il a été aussi récompensé à l’édition 2019 de «Edison Jazz/World».
L’opus de 11 titres, qui a été produit en 2018 par le label américain Shanachie Records, enregistre donc un nouveau succès grâce à l’honneur que vient de lui faire le célèbre magazine britannique Songlines. «J’ai le plaisir de vous annoncer que je viens de recevoir pour cette fin d’année, le Songlines Awards du meilleur album d’Afrique et du Moyen-Orient en Angleterre», s’est réjouie Fatoumata Diawara sur son compte Facebook officiel à la fin du gala.
Au palmarès de cette catégorie, elle rejoint celle qui a longtemps été son mentor et avec qui elle a fait le tour du monde, Oumou Sangaré. La diva du Wassoulou avait raflé l’an dernier les trophées du «Best Artist et Africa and Middle East» (Meilleur Artiste de l’Afrique et du Moyen Orient) lors du gala du magazine britannique.

Moussa BOLLY

Cette consécration confirme l’ascension d’une artiste dont le talent avait déjà beaucoup séduit sur son premier album, «Fatou», paru en 2011. Profondément affectée par la situation dramatique du Mali, Fatoumata réussi en 2013 à réunir des sommités (47 artistes) de la musique malienne (Oumou Sangaré, Amadou et Mariam, Toumani Diabaté, la regrettée Haïra Arby, Tiken Jah Fakoly, Bassékou Kouyaté, Babani Koné, Habib Koité, Baba Salah Cissé, Nahawa Doumbia, Doussou Bagayoko, le regretté Kassé Mady Diabaté, Afel Bocoum, Master Soumy, Amkoullel, Iba Ouane…) autour d’une composition pour la paix, «Maliko».
«Il y a eu une envie de tous les artistes du Mali de faire une chanson, parce que c’est notre arme, c’est avec elle qu’on voyage aux quatre coins du monde pour défendre ce pays dans sa dignité par rapport à sa culture, par rapport à son histoire. Nous, les artistes, nous n’avons pas d’armes, mais on croit à notre musique…», avait défendu Fatoumata à l’époque. L’année suivante (2014), elle a composé la chanson phare de la bande originale du film «Timbuktu» d’Abdrahamane Sissako. Une œuvre dans laquelle elle joue également comme actrice.

 

UNE VOIX FABULEUSE- Son talent et son engagement, comme sa beauté angélique, ne cessent de fasciner les critiques à travers le monde. «Elle a un talent musical hallucinant, une voix fabuleuse au registre exceptionnel et un charisme ensorcelant. La jeune artiste malienne Fatoumata Diawara rayonne mondialement depuis ses débuts, comme actrice (Timbuktu, Kirikou et Karaba) et comme chanteuse et musicienne avec divers artistes d’exception, notamment les grands Bobby Womack et Roberto Fonseca, Amadou et Mariam, et Matthieu Chedid sur l’album Lamomali», reconnaît Mélanie Brunelle du site «icimusic.ca» (Canada).
Sorti en mai 2018, l’album Fenfo (envie de parler, vouloir dire quelque chose en bamanankan) a été encensé dans toutes les plus grandes revues musicales au monde. Sur cette œuvre, reconnaît une consœur canadienne, «la lumineuse Fatoumata aborde l’identité africaine et garde espoir d’un monde meilleur ; elle défend l’humilité et le respect, notamment en lien avec les innombrables migrants dans le monde. Si elle affirme avoir été blessée au cours de sa vie, elle a choisi de se tenir debout, en tant que militante active, à travers sa musique si inspirée et maîtrisée».
La mélodieuse cohabitation entre ses racines du Wassoulou et un éventail de genres musicaux (pop, jazz, blues…) font la beauté de cet album. Cette symbiose, cette «communion», lui a ainsi «insufflé un vent de modernité». La très talentueuse Fatou conforte ainsi son nouveau statut de «d’Ambassadrice d’un son africain moderne» tout en affichant une enivrante «liberté artistique» qui explose et submerge les mélomanes dans «Nterini». Un titre qui figure sur la liste des meilleures chansons de 2018 dressée par l’ancien président des États-Unis, Barack Obama !
«Sur Fenfo, il y a de la magie dans chacune des pièces et la talentueuse musicienne est accompagnée par des pairs distingués. D’ailleurs, l’aventure se termine dans un moment d’éternité, avec Don Do, un trio voix-guitare-violoncelle de l’extraordinaire Vincent Ségal», reconnaît la critique canadienne (site Icimusic.ca). En fait, Fatoumata Diawara continue allègrement de s’ouvrir un chemin vers un style atypique sans se préoccuper des préjugés, des stéréotypes…

Et visiblement, elle réserve à ses fans beaucoup de surprises à l’avenir car, la trentaine au zénith, elle a très soif d’apprendre pour atteindre de nouveaux horizons. «Sotigui Kouyaté (ndlr : griot, et immense comédien, paix à son âme) m’avait dit : Fatou, le jour où tu n’auras plus la soif d’apprendre, la vie n’aura plus de sens ! Je suis toujours ce conseil et en collaborant avec d’autres artistes, j’apprends beaucoup… Pour moi, la collaboration est une école» a-t-elle confié à des confrères français.
Comme le regretté vieux sage Sotigui, l’art est aussi un moyen et un tremplin pour la jeune star de défendre ses convictions. Et Fatou franchit sans un doute un autre cap dans son engagement avec «Fenfo» dont le titre phare, «Nterini» aborde l’immigration sur «un mode intime». «Depuis quatre ou cinq ans, on voit l’image de nos frères qui partent sur les bateaux et les gens qui ne connaissant pas l’Afrique vont croire que c’est toute l’Afrique qui part, qu’il n’y a plus rien en Afrique. Que c’est la misère, qu’on fuit, et qu’il n’y a plus rien là-bas», a-t-elle expliqué dans un long entretien accordé à la presse française à la sortie de l’opus.
Notons que les «Songlines Music Awardss» (SMA) visent à récompenser chaque année certains artistes remarquables à travers le monde dans plusieurs catégories géographiques (Afrique et Moyen-Orient, Amériques, Europe, Asie-Pacifique…). Les prix du meilleur artiste, du meilleur groupe, des nouveaux arrivants et des pionniers du monde sont également attribués durant la cérémonie. Lors de l’édition passée des SMA, en 2018, Fatoumata Diawara avait remis un prix et elle avait également fait un duo avec Angélique Kidjo, l’une des icônes de la musique africaine. Elle est donc devenue une habituée des SMA !

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