Festival de Cannes 2019: Des Africains au firmament

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L’Asie monte en puissance ces derniers temps au Festival de Cannes. L’année dernière, en 2018, la Palme d’or a été décrochée par Une affaire de famille du Japonais Hirokazu Kore-eda. Cette année, bis repetita. Parasite du Sud-coréen Bong Joon Ho enlève haut les mains le trophée tant convoité. Un pied de nez aux géants de la production et de la réalisation américaines et européennes.
Comme pour lever toute équivoque quant à l’élection du film coréen à la Palme d’or, le président du jury, le réalisateur Alejandro González Iñárritu, a tenu à souligner que «Notre décision sur la Palme d’or a été unanime.»
Des ténors, qui ont été portés par une campagne de presse d’envergure, comme Quentin Tarantino et Ken Loach, sont repartis les mains vides de cette 72è édition de la grande messe du cinéma international. En particulier, le dernier film de Quentin Tarantino Once Upon a Time in Hollywood a été la grande désillusion que le «Palm Dog», un prix décerné à Brandy, la chienne qui joue dans le film, n’a pu atténuer.
Idem côté des acteurs : ni Brad Pitt ni Leonardo Di Caprio, des monstres du grand écran, n’ont remporté aucun prix à Cannes cette année. Ils ont vu le Prix d’interprétation masculine leur filer sous le nez pour aller à Antonio Banderas, dans le film Douleur et gloire de l’Espagnol Pedro Almodóvar.
Tout comme au football où les joueurs d’origine africaine cooptés lui ont offert tant de lauriers, la France s’immisce dans le palmarès de cette 72è édition à travers des réalisateurs affublés de la même appellation, franco-sénégalaise et franco-malienne. Il s’agit de la Franco-sénégalaise Mati Diop auréolée du Grand prix du jury pour son film Atlantique, la plus grande distinction du festival, après la Palme d’or et du Franco-malien Ladj Ly, réalisateur du film Les Misérables qui s’est vu décerner le prix du jury (qu’il partage avec Bacurau du Brésilien Kleber Mendonça Filho).
La réalisatrice sénégalaise Mati Diop, dont Atlantique est le premier long métrage de fiction, a reçu son prix des mains de la star américaine Sylvester Stallone. Peinant à contenir son émotion, elle arrive à déclarer : « Je trouve fou d’être parmi vous… C’est la grande aventure du cinéma. Je suis ici et en même temps là-bas au Sénégal ». Elle a découvert le Festival de Cannes en y présentant en 2008 un documentaire intitulé Mille soleils, consacré au film Touki Bouki, réalisé en 1973 par son oncle Djibril Diop Mambéty, l’un des grands noms du cinéma sénégalais.
Atlantique, qui flirte entre fable amoureuse et fresque sociale, est dédié à la jeunesse africaine, celle disparue en mer et celle qui s’insurge sur le continent, explique-t-elle. Dans une banlieue populaire de Dakar, Ada est éprise de Souleiman, mais elle est promise à un autre.
Le malheureux garçon, sans ressource, se croit dans l’obligation de fuir le pays par bateau, en quête de cieux plus favorables. Alors que les noces d’Ada avec son mal-aimé battent leur plein, un incendie ravage les lieux : la vie d’Ada bascule.
Premier film sénégalais en compétition à Cannes depuis Hyènes de son oncle Djibril Diop Mambéty il y a 27 ans, Atlantique est un prolongement de son court-métrage Atlantiques, tourné à Dakar, il y a 10 ans.
Elle y racontait déjà la traversée en mer par voie d’émigration clandestine d’un jeune sénégalais. « Une fois ce film terminé, j’ai senti l’idée de raconter la disparition d’une certaine jeunesse en mer », affirme-t-elle
Quant au film « Les Misérables » de Ladj Ly, il met en scène la vie dans une banlieue parisienne dont plus de 30% des habitants sont issus de l’immigration. Ladj Ly est né en 1980 alors que ses parents venaient d’arriver du Mali.
Un portrait du Monde raconte que, cofondateur du collectif Kourtrajmé (production de courts-métrages) au milieu des années 1990, il est vite devenu « l’homme à la caméra » de cette banlieue où, pendant les émeutes de 2005, il a tourné le documentaire « 365 jours à Clichy-Montfermeil » et filmé toutes les descentes de police dans son quartier, jusqu’à immortaliser une bavure en 2008. Reprise par les médias, la vidéo entraînera l’ouverture d’une enquête de la police des polices avec à la clé une condamnation des agents compromis.
Les Misérables n’est certes pas un documentaire, mais c’est une fiction par laquelle Ladj Ly dépeint sa réalité, celle de la banlieue où il a grandi, où il vit toujours. Par ce film choc qui bouleverse les codes, il a fait un clin d’œil à l’œuvre de Victor Hugo à qui il emprunte le titre, bien indiqué, selon lui, pour dépeindre le quotidien des habitants des banlieues parisiennes.

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