Friperie : Le froid dope le marché

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Des clients trient des pull-overs

Quand la température baisse, le commerce des vêtements usagés connaît une hausse. Beaucoup de gens trouvent dans la friperie des habits chauds à moindre coût

En ce moment, les vendeurs de fripes (yougou-yougou) se frottent les mains. Le marché de ces vêtements usagés est actuellement prospère du fait de la période de froid. Les clients se bousculent devant les étals et les vendeurs réalisent des ventes record.
Pour s’en convaincre, il suffit de faire un tour au marché de Médine qui demeure un site de gros importateurs de fripes dans notre pays. C’est le marché de prédilection pour les jeunes Bamakois ; férus de fringues et qui n’ont pas forcément les grands moyens.
Ce jour de début janvier, il est 10h30mn dans ce marché qui grouille de monde. Les vendeurs spéculent sur leurs marchandises, très souvent en provenance des pays européens ou des États-Unis et les clients proposent des prix inférieurs aux propositions faites par les premiers. Dans ce tohu-bohu indescriptible, le marchandage est un sport favori.
Tout le monde veut faire la bonne affaire, qui pour renouveler sa garde-robe avec des costumes, vestes et chemises, qui pour se procurer des pull-overs, des tricots et autres survêtements. Il y en a pour tous les goûts et pour tous les prix.
Les grossistes expliquent s’approvisionner à partir de pays européens, d’Amérique et d’Asie. Leurs marchandises sont acheminées à Bamako par voie aérienne ou maritime. Ils cèdent ensuite des ballons de fripes à d’autres intermédiaires (des demi-grossistes et des détaillants) qui s’assurent de faire le tri et de repartir en lots de premier, deuxième et troisième choix. À titre d’exemples, les balles sont ensuite vendues à 100.000 Fcfa pour le premier choix, 80.000 Fcfa pour le deuxième choix et 60.000 Fcfa pour le troisième et dernier choix. Ensuite, les détaillants de ces vêtements usagés vendent au détail. Pour les vestes, l’unité est négociée à partir de 20.000 Fcfa. Les pantalons sont cédés entre 1.000 et 4.000 Fcfa. Le prix des chemises oscille entre 750 Fcfa et 2.000 Fcfa. Les pull-overs sont à 1.250 Fcfa l’unité et les jupes à 800 Fcfa la pièce. Les T-shirts sont cédés à 700 Fcfa et d’autres fringues sont accessibles à moindre coût.
Mohamed Traoré évolue dans le négoce de fripes au marché de Médine. Il reconnaît que ses affaires prospèrent en ce moment. C’est une niche, il en profite.
« Je vends des bonnets, des chaussettes, des pull-overs et des pantalons », nous confie-t-il en continuant la transaction avec un client. Pour lui, il est clair que la fripe est plus prisée que certains prêts-à-porter, notamment en termes de qualité, de diversité et de coût. Il fait de bonnes affaires actuellement parce que les pull-overs, les chaussettes et les gants s’écoulent comme de petits pains.
Moussa Coulibaly est lui aussi vendeur de fripes dans la cour de l’ancienne Régie du chemin de fer ou « Woro courou ». Il apprécie le comportement du marché. Il reconnaît que les prix ont pris l’ascenseur parce que maintenant les habits sont vendus entre 500 et 3.500 Fcfa l’unité. Modibo Dembélé vendeur de fripes dans le même marché confesse que depuis décembre, il ne vend exclusivement que des pull-overs. « C’est un marché rentable, ce qui justifie mon choix », explique-t-il. Notre équipe de reportage a pu constater l’affluence autour de lui.
Cheickna Ousmane Diakité explique être un client fidèle de la friperie. Il était venu acheter un pull-over pour se protéger du froid, donc contre certaines maladies. « Les balles sont chères en ce moment. On y trouve pas forcément la qualité requise », juge Mme Traoré Khady Coulibaly. Cette mère de trois enfants quitte chaque jour l’Hippodrome II, où elle est domiciliée, pour se rendre au marché de Médine. Elle y vend des fripes. Contrairement à d’autres, elle peine à trouver de la clientèle.
Mariam aussi est vendeuse et connaît la même mévente. Pour elle, les prix ont augmenté. Mais c’est une situation liée au coût élevé du dédouanement. « J’achète les balles dans un grand magasin au marché de Médine. C’est de la friperie qui vient de la France, du Canada, de l’Italie et d’Amérique », explique-t-elle.
Aminata Touré est aussi férue de fringue. Pour elle, peu importe la période pourvu qu’elle arrive à faire ses emplettes, parce qu’elle estime que c’est une exigence pour une femme d’être toujours bien mise. « Je fais le tour des marchés de fripes à la recherche de pull-overs de qualité pour ma famille, notamment ma progéniture. Mes enfants ne partent pas à l’école, en cette période de fraîcheur, sans pull-overs. Tout le monde doit porter des habits chauds maintenant. Si on ne se couvre pas bien, on risque d’attraper certaines maladies. Or, acheter un pull à 2.000 Fcfa ou plus vaut mieux qu’attraper des maladies et acheter des médicaments », estime-t-elle.
Le besoin de porter des vêtements chauds conduit beaucoup de gens à se tourner vers la fripe. Les vendeurs profitent de cet engouement. Mais l’embellie n’est que passagère.
Fatoumata T.
DIAWARA

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