Général de brigade Abdoulaye Cissé, Gouverneur de Mopti : « Notre grande difficulté, ce sont les ressortissants de Mopti à Bamako »

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Dans l’entretien qui suit, le nouveau gouverneur de la 5è Région fait le point de la situation sécuritaire , évoque les retombées de la récente tournée du chef du gouvernement et les difficultés qu’il rencontre sur le terrain.

L’Essor : Parlez-nous de la situation sécuritaire de la Région de Mopti.
Général Abdoulaye Cissé : Actuellement à Mopti, on a l’impression qu’il y a une sorte de trêve depuis un certain temps, notamment depuis le premier passage du chef du gouvernement Dr Boubou Cissé dans la zone exondée. Lors de cette tournée, des notabilités et ressortissants de Mopti résidant à Bamako ont effectué le déplacement avec le Premier ministre pour mener des actions de sensibilisation. Ces actions, surtout après le deuxième passage du chef du gouvernement dans la zone inondée, ont produit de bons résultats. On peut dire que les choses commencent à aller sauf, ces derniers moments vers Bandiagara dans la zone du plateau, où il y a quelques cas de banditisme signalés çà et là. Globalement dans la Région de Mopti, on peut dire que les gens commencent à respirer.

L’Essor : Quelles sont vos relations avec les populations, les autorités traditionnelles locales et la société civile ?
Général Abdoulaye Cissé : Pour le moment, je pense que nos relations sont bonnes. Je ne taperai pas du poing sur la table pour imposer quoi que ce soit. Je ferai un commandement participatif, c’est le consensus qui sera mon credo, mon style de commandement. Nous sommes là-bas pour la sécurité des personnes et de leurs biens, on n’est pas là-bas contre qui que ce soit. Pour ce faire, il faut qu’on soit ensemble pour voir ce qui est bien pour la cité et la Région. Dès qu’on s’entend sur quelque chose, je serai intransigeant sur l’application. Donc, quand il y a consensus sur quelque chose, je fais le suivi et je l’applique. Tout le monde est d’accord pour l’instant sur cela à Mopti. Mais notre grande difficulté, ce sont les ressortissants de Mopti qui sont à Bamako. Pour des desseins que je ne comprends pas, ce sont eux qui essayent de décider à la place des gens qui sont à Mopti et qui vivent le calvaire. Je leur demande de laisser les Mopticiens décider pour eux-mêmes. Ce sont eux qui vivent les problèmes, qui savent que leur persistance va impacter négativement leur vie. Ceux qui sont à Bamako ne sont pas directement affectés. Qu’ils s’occupent donc de leurs affaires à Bamako et nous laissent gérer nos problèmes à Mopti. Je souhaite que ceux qui veulent le bien de Mopti nous laissent gérer les problèmes sur le terrain, où nous rejoignent pour vivre ensemble ce que nous vivons. Nous ne voulons plus qu’à partir de Bamako, on nous dicte des indications qui ne sont pas du tout correctes et qui sont même souvent erronées. C’est ce qui nous amène d’ailleurs vers le communautarisme car à partir de Bamako, chacun essaye de défendre son village et de parler au nom de sa communauté sur la base d’informations souvent non fondées.

L’Essor : A part les interférences des ressortissants, à quels autres défis vous faites face sur le terrain ?
Général Abdoulaye Cissé : Les autres défis que nous rencontrons sont d’ordre militaire. Le terrain n’est pas totalement favorable en cette période d’hivernage et la non praticabilité des routes fait que les délais d’intervention s’allongent. Les éléments qui sont dans les différents secteurs bien définis sont évités par l’ennemi qui a aussi des moyens de mobilité plus rapides que ce dont l’armée dispose. Il s’agit, entre autres, des motos. C’est ce qui fait qu’il y a des cas de morts par-ci par-là. Mais, il y a une trêve avec des accords signés entre les différents protagonistes. Ce qui fait qu’il y a une accalmie. Avec les quelques cas d’attaques qu’on voit, on a l’impression que ce n’est pas un ennemi qui soit du côté du Mali. Mais , ce sont des gens qui viennent au Mali commettre des forfaits et repartir. Ils sont très mobiles grâce à leurs motos et autres.

L’Essor : On peut donc dire que la situation a évolué favorablement ?
Général Abdoulaye Cissé : La situation a favorablement évolué car les tueries de masse qu’on voyait entre les communautés sont maintenant derrière nous. Ce sont quelques cas de banditisme auxquels on assiste dans la zone exondée. Concrètement, à Yoro, les gens sont retournés. Ceux qui avaient abandonné leurs villages sont retournés chez eux. Il y a plusieurs cas ainsi. Ensuite, les paysans ont commencé à retourner dans leurs champs. Les foires hebdomadaires qui étaient à l’arrêt sont ouvertes et l’élevage commence à s’améliorer. Egalement, de part et d’autre du fleuve, les gens commencent à vaquer librement à leurs occupations. A Kouakourou où on disait qu’il y avait un embargo, cela n’existe plus. A Toguéré Coumbé aussi où on disait que les populations étaient cloitrées, il y a eu des ouvertures. Dans la zone de Macina sinon dans le Delta même, il n’y a pas de restrictions de déplacement. C’est surtout les quelques cas de banditisme auxquels on assiste, compte tenu de la non praticabilité du terrain dans la zone exondée qui nous posent des problèmes actuellement. On peut dire que les retombées de la visite du Premier ministre sont palpables dans la Région de Mopti.

L’Essor : Comment les populations ont accueilli la suspension de la mesure d’interdiction de la circulation des motos ?
Général Abdoulaye Cissé : Partout où la délégation du Premier ministre est passée, c’est ce que les populations nous ont demandé. Notre travail et notre présence dans le secteur étant le bien-être de cette population, on ne pouvait qu’accepter de faire cette levée d’interdiction de la circulation des motos. Les populations nous ont dit clairement que l’économie ne marchait plus.
Connaissant Mopti dans le temps, ce qui caractérisait cette région c’était l’agriculture, la pêche et l’élevage. Quand on fait la pêche, ces produits sont écoulés ailleurs. Sans ce déplacement, c’était très normal que l’économie décroisse. Egalement, les gens avaient des difficultés pour se rendre dans leurs champs. Il y a des gens qui sont très éloignés des villages. Il fallait qu’on tienne compte de tous ces facteurs. Notre travail a consisté à faire ce constat dans un premier temps et par la suite discuter avec la hiérarchie militaire de l’opportunité et du bien-fondé de la levée de ces mesures d’interdiction. Ensemble, avec l’administration et l’autorité militaire, on a pu lever ces mesures d’interdiction. Cette levée d’interdiction est très bien accueillie par les populations.
Mais, il faut préciser un point. A Mopti, les entrées sont interdites à partir de 18 heures parce qu’on ne peut lever toutes les mesures en même temps. Il ne faut pas qu’on donne l’impression que quelqu’un peut venir commettre un acte dans la ville de Mopti et ressortir tranquillement. Il faut qu’il y ait ce verrou pour nous permettre de voir les entrées et les sorties. Mais quand il y a une personnalité ou des circonstances qui font que nous sommes informés, on laisse les véhicules rentrer. Ce n’est pas un blocage définitif mais un garde-fou pour nous. Sinon à part cela, les gens vaquent librement à leurs occupations.

L’Essor : Vous héritez d’une région où il y a beaucoup à faire, quelles sont vos ambitions pour Mopti ?
Général Abdoulaye Cissé : Comme tout bon Malien, je voudrais que Mopti recouvre sa position d’antan, la Venise malienne. Je n’ai jamais manqué de dire aux notabilités, au maire de Mopti que j’ai trouvé la ville très sale. Et il faudra que tout le monde se donne la main pour faire face à ce problème. Bientôt, il y aura une journée de salubrité qui va concerner tous ceux qui sont à Mopti à savoir les cadres, la société civile, les militaires, etc. Nous allons prendre une journée pour donner l’exemple aux élus locaux afin d’éviter que Mopti continue d’être aussi sale. On peut être pauvre, mais propre dans la pauvreté. J’ambitionne donc de rendre Mopti coquette.
Ensuite, je souhaite que les paysans puissent continuer à se rendre librement dans leurs champs partout dans la région, que les foires puissent se tenir comme avant, que les pâturages puissent être à la portée de tous les éleveurs et enfin, que les écoles s’ouvrent sur toute l‘étendue de la Région de Mopti. C’est ce que j’ai d’ailleurs dit à ceux qui souhaitent revenir. Mon indicateur est que l’administration puisse être présente partout dans la Région de Mopti, que les écoles soient ouvertes partout et fonctionnent, qu’aucun fonctionnaire, qu’aucune population ne soit inquiétés pour leur sécurité. C’est un indicateur que je partage avec tous ceux qui parlent de paix.
Le jour où les gens pourront circuler librement dans toutes les localités de la Région de Mopti, que le commerce reprendra, que les pirogues et pinasses pourront circuler librement sur le fleuve, qu’il n’y aura plus d’armes qui circulent et de milices à Mopti, ce jour-là, nous pourrons dire que nous avons réussi notre mission.

Propos recueillis par
Dieudonné DIAMA

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