Hospitalisation : L’équation de l’insuffisance des lits

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Un malade admis à l’unité de dialyse (archives)

Dans les établissements hospitaliers, les malades et leurs accompagnants s’entendent parfois pour dire qu’il n’y a pas de place. Cette situation fait grincer des dents

La problématique de gestion des lits d’hospitalisation dans les établissements hospitaliers est une bien triste réalité. La pilule est très amère à faire passer chez les malades et leurs accompagnants qui s’entendent très souvent dire : « il n’y a plus de place, dans une autre structure ».

Des explications de spécialistes, on retient que le lit d’hospitalisation est un actif fondamental de l’hôpital, autrement dit une référence permettant à un malade d’obtenir des soins adéquats. Qu’est-ce qu’il faut pour gérer au mieux une capacité d’accueil en vue de prendre en charge un volume d’activités données ? Dr Bakary Dembélé, surveillant général de l’Hôpital du Mali, n’utilise pas de faux-fuyant. Il reconnaît que la gestion des lits était un vrai casse-tête pour les établissements hospitaliers. à titre d’exemple, il explique qu’il y a plus de spécialistes pointus par rapport à la capacité d’accueil.

C’est un problème parce que si chaque médecin doit hospitaliser normalement en fonction de ses consultations, il y aura toujours une insuffisance de lits, soutient le surveillant général. Même pour son établissement à qui on tresse des lauriers, à juste titre d’ailleurs, c’est un casse-tête. Cet établissement hospitalier de la rive droite est tr ès sollicité et parfois débordé avec les accidents de la voie publique qui interviennent sur l’axe Bamako-Ségou voire l’axe Bamako-Sikasso. Même avec 24 lits en neurochirurgie, autant en chirurgie thoracique et 10 lits aux urgences, il se trouve souvent très vite débordé par le flux des malades, d’où la justification de l’extension.

L’administration hospitalière qui espérait apporter une bouffée d’oxygène, en matière d’hospitalisation, a été contrainte de remettre cette ambition aux calendes grecques parce que les nouveaux locaux ont été affectés à la prise en charge des patients atteints de coronavirus.
à en croire notre interlocuteur, son établissement dispose de 132 lits d’hospitalisation repartis entre les différents services. Il donne la répartition pour les services : urgences (10 lits), réanimation (3 lits), médecine (27 lits), neurochirurgie (24 lits), chirurgie thoracique (24 lits) et la gynéco (17 lits).

L’établissement a aussi des salles pour des personnalités ou des malades aisés. Ces chambres individuelles bien climatisées, communément appelées VIP, sont cédées à 20.000 Fcfa par jour. Quant aux salles climatisées à deux lits, elles sont données à 5.000 F cfa par jour. Le malade débourse 4.000 Fcfa par jour d’hospitalisation dans les salles climatisées de quatre lits. Par contre, les salles à 4 lits sans climatisation font 2.000 Fcfa par jour. Et les salles à 8 lits sans air conditionné coûte quotidiennement 1000 Fcfa. Au niveau des urgences, les unités d’hospitalisation de courte durée (UHCD) reviennent à 5.000 Fcfa par jour. Mais les malades admis à la réanimation paie un forfait de 25.000 Fcfa pour toute la durée du séjour.

Dans le cadre du plan de riposte contre la pandémie, l’établissement a théoriquement une capacité d’accueil de 100 lits mais présentement, il dispose de 88 lits. Il semble avoir moins de soucis à ce niveau puisque le nombre de patients Covid-19 admis pour les soins n’est jamais allé au-delà de 80 malades. à ce niveau aussi, il y a des salles de deux, quatre lits voire des salles VIP.
Le surveillant général explique aussi la procédure d’hospitalisation d’un malade. Il faut une demande d’hospitalisation adressée au malade et formulée par un médecin responsable. Les urgences médicales ou chirurgicales constituent une exception. à chaque service est affecté un surveillant en charge de chercher un lit pour le patient à hospitaliser. Il a aussi mission de l’informer sur le fonctionnement de la structure avant son hospitalisation.

Il souligne qu’il revient au surveillant général de contrôler permanemment les salles d’hospitalisation des patients et de discuter avec les malades. Ce qui lui permet de s’enquérir de l’état du malade hospitalisé. Il se veut, on ne peut plus clair, « Un médecin peut hospitaliser un patient, mais que sa libération dépend de toute une équipe médicale ». En termes de difficultés, Dr Bakary Dembélé confirme que certains patients se dérobent de l’hospitalisation pour recourir à des tradi-thérapeutes. Malheureusement, ces malades récalcitrants reviennent le plus souvent à l’hôpital avec un tableau clinique encore plus compliqué. Le temps de séjour à l’hôpital est fonction de la gravité de la pathologie. Il ressort des explications du surveillant général de l’Hôpital du Mali que celui-ci oscille entre 8 et 100 jours.

Les malades chroniques passent un long séjour à l’hôpital. Pour les malades qui ne peuvent couvrir les frais d’hospitalisation, les parents sollicitent de l’aide auprès du service sociale. L’hôpital du Point G a une plus grande capacité. Mais même avec ses 503 lits, il connaît aussi les mêmes difficultés. Gaoussou Diallo, surveillant général de l’établissement, confirme. Mais un bémol, avec la pandémie les malades sont moins présents aux consultations. Dans certains pavillons, on trouve 3 à 4 places disponibles. Par contre, le service de pneumo-phtisiologie ne se désemplit pas.

L’EFFET CORONAVIRUS- Le service des urgences ne disposant que de douze lits, voit parfois ses limites vite dépassées souvent. Le surveillant général de l’hôpital du Point G attribue cela à l’exiguïté des services. Pour cela, son établissement envisage une modernisation de la gestion des lits. Ainsi, en fonction les urgences orienteront les malades. Ce qui éviterait aux urgentistes d’aller chercher, eux-mêmes, des places dans les pavillons d’hospitalisation. Ils auraient eu chaque matin la situation de la disponibilité des lits. Concernant le centre de prise en charge de la Covid-19, il souligne n’avoir connaissance d’aucune problématique de lits à ce niveau parce que le centre a une capacité d’accueil de 119 lits.

Le chef de service du système d’information hospitalier du Point G, Oumar Koné observe que son service a mission de traiter, d’analyser et faire un feedback aux services. Selon lui, la gestion des lits revient au chef des services en accord avec les responsables des unités. Ils ont la latitude de faire des rajouts ou de mettre de côté des lits qui ne sont pas utilisés. Chaque mois, ces derniers doivent envoyer le rapport au système d’information hospitalier. Il rappelle les catégories d’hospitalisation A, B et C. Les frais varient en fonction des catégories. Mais le responsable du système d’information hospitalier s’empresse d’apporter la précision que cela est aussi fonction des services. à l’hôpital du Point G, la catégorie C contenant six à huit lits coûte 1000 Fcfa par jour.

La catégorie B, équipée de trois à quatre lits, est cédée à 2.000 Fcfa par jour. Dans la catégorie A, on trouve des salles uniques à avec le confort de la climatisation et des toilettes internes à 2.000 ou 3000 Fcfa selon les services. Pour accéder aux salles VIP (celles-ci sont climatisées avec des toilettes internes et des salles d’attente), il faut payer 200.000 Fcfa pour une periode de 10 jours.
Le chef de service de la gynécologie obstétrique de l’établissement, Pr Augustin Tiounkani Théra, soutient que le taux d’occupation des lits a beaucoup diminué avec le coronavirus qui a fortement perturbé les activités de son service. Les malades ne viennent plus. La Covid-19 a même créé un dysfonctionnement de l’hôpital. « On ne fait plus d’interventions chirurgicales et on n’a plus de réanimation », déplore-t-il.

Il faut espérer qu’une solution soit rapidement trouvée à cette situation qui risque d’occasionner encore plus de problèmes au niveau des établissements hospitaliers. Parce qu’il n’y a pas que la pandémie de coronavirus à gérer dans les hôpitaux.

Fatoumata NAPHO

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