In memoriam: Une dame au grand cœur s’en est allée

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Madame Diarra Maryse Bec fut celle qui nous a aidés à trouver notre bonne étoile

Notre Professeur, Madame Diarra Maryse Bec, a été rappelée à Dieu ce 17 mars 2020. La nouvelle de la disparition de cette grande éducatrice a été un choc et un moment très pénible à supporter pour ses anciens élèves que nous avons été. Mais si telle est la volonté du Tout Puissant, nous ne pouvons que l’accepter et prier pour le repos de son l’âme. Comprenez en cette circonstance mon émotion et ma tristesse en écrivant ces mots au nom des anciens élèves de celle qui fut en 1961 et en 1968 notre professeur au lycée Terrassons de Fougères devenu Askia Mohamed une année après notre arrivée et l’indépendance de notre pays.
Les Bamanans disent bien : « san’i ka fo n’jon kunandi, a fo i sababu nyuman » (« Avant de t’enorgueillir de ta bonne étoile, commences par remercier celui qui t’a aidé »).
Ils enseignent aussi : « ni mogo min ma korolen don, kura fo kun te ». (« Qui ne reconnaît pas le bienfait passé, ne mérite point de nouveau »).
La Grande Dame dont nous pleurons aujourd’hui la perte a été une enseignante exceptionnelle, un modèle et un guide parfait qui a inspiré bien de vocations professionnelles. à cet égard, nous lui devons beaucoup, sinon tout.
Elle a été aussi, nous le savons, pour sa famille et bien d’autres familles, une mère et une épouse exemplaires. La Grande Royale était en effet douée d’une immense générosité comparable à celle que célèbre Cheik Hamidou Kane dans son « Aventure ambiguë ».
En cette pathétique circonstance, que l’on me permette de livrer ce bref témoignage d’un ancien disciple et de ses camarades sur ce que nous avons retenu de la vie et du parcours du Professeur Diarra Maryse Bec. Je m’excuse par avance auprès des camarades et des parents de la défunte au cas où j’omettrai certains détails pertinents qui marqueraient cette importante et inoubliable période de notre vie scolaire. En rédigeant ces quelques lignes, je me rappelle une scène vécue personnellement dans le bureau de notre regretté oncle, Oumar Baba Diarra, que j’allais souvent saluer après son passage dans plusieurs gouvernements du Mali et son retour d’Italie où il a été en fonction plusieurs années durant à l’Organisation Internationale du Travail. Ceci permettra sans doute de mieux saisir et de camper la personnalité de notre regrettée Professeure.
Ce jour-là donc, au détour d’une conversation, Tonton Baba Diarra me posa sur le ton de la plaisanterie cette question bien sibylline : « Mon fils, pourquoi vous m’appelez toujours « le mari de Madame Diarra ? ». Je ne pouvais naturellement pas trouver une réponse idoine. Mais j’ai gardé en mémoire cette scène qui symbolisait implicitement la primauté de la culture sur la politique et la reconnaissance de notre oncle à l’endroit de l’enseignante, son épouse.
Celle-là même qui nous a fait découvrir la richesse et la beauté de la langue française, les humanités gréco-latines, mais aussi la sagesse des grands philosophes tels que Socrate, Sénèque, Platon, Ovide et bien d’autres du Latium et de la Grèce antique, avec Homère et son Iliade et son Odyssée, la magnificence des littératures du Moyen âge comme des temps modernes avec les grands philosophes et des poètes-penseurs tels que Voltaire, Montesquieu, La Rochefoucauld, les œuvres des grands poètes lyriques comme Victor Hugo, Baudelaire, Rimbaud, Lamartine et Vigny, les penseurs du 20e siècle comme Camus, Gide, et enfin les grands poètes et romanciers africains et négro africains de la négritude tels que Léopold Sédar Senghor, Aimé Césaire, Birago Diop, Camara Laye, Seydou Badian Kouyaté, Richard Wright et bien d’autres ! Cela sans oublier et la grammaire et les déclinaisons grecques et latines !
« Last but not least », j’ai encore en mémoire les cours de philosophie et d’idéologie du Professeur Diarra qui, avec une grande liberté d’esprit, nous a ouvert les portes de la connaissance sur Karl Max, Lénine, Trotski et les luttes ouvrières de la fin du 19e siècle.
Personnalité attachante s’il en fut, généreuse du fond de l’âme, protectrice de la veuve et de l’orphelin, toujours heureuse et fière de revoir ses anciens élèves venus lui offrir leurs livres dédicacés, mais se désolant souvent de la baisse actuelle du niveau de l’éducation dans notre pays : telle était le Professeur Diarra Maryse Bec !
Que ses enfants, Awa Diarra, Ami Koné, qui a reçu mes cours de littérature française au lycée Prosper Kamara, ses frères Aly et Ousmane ainsi que toutes les familles Diarra, Koné et alliées trouvent ici l’expression de la reconnaissance des anciens élèves de notre mère et Professeur Diarra Maryse Bec qui a vécu avec nous au Mali jusqu’à son dernier souffle et qui a partagé nos joies et nos difficultés !
Au gouvernement français qui a reconnu ses mérites pour l’œuvre accomplie au Mali, sa terre d’adoption et qui l’a élevée à la dignité de Chevalier du Mérite national, ses anciens élèves disent merci !
Merci aussi à tous les ressortissants français résidant au Mali pour l’avoir désigné à la tête de leur association plusieurs années durant !
Pour que jamais ne se ternisse la mémoire de notre Professeur, je termine en évoquant ces beaux vers inscrits en épitaphe sur la tombe du poète guyanais Léon Gontran Damas à Cayenne :

« Ce flambeau
Transmis d’âge en âge
Et que chacun se fit fort de rallumer
En souvenir de tant et tant de souvenirs ! »

Que l’âme du Professeur Diarra Maryse Bec repose en paix. Amen !
Pour les Anciens élèves.
Pr Amadou Touré
Ancien Ministre

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