Intermédiaire ou coxeur : UN MÉTIER VULNÉRABLE

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Le président de l’Association des courtiers immobiliers avec ses collègues


On n’a pas besoin d’un fonds ni d’apprentissage pour faire ce métier, il suffit d’avoir une moto et un téléphone pour se lancer, explique un coxeur. Beaucoup de jeunes l’exercent en attendant d’avoir un boulot garanti
« Il n’y a pas de sot métier mais de sottes personnes»dit-on. Une explication s’impose pour comprendre cet adage qui garde toute sa valeur d’actualité. En clair, tous les métiers sont dignes d’être exercés mais seules les personnes qui refusent d’exercer certains sont blâmables. Mais dans notre société, tout le monde s’accorde sur la nécessité de travailler pour subvenir à ses besoins. Et certains métiers ont acquis droit de cité dans notre pays depuis des décennies. C’est le cas des intermédiaires communément appelés «coxeurs». Il s’agit d’une profession informelle qui se développe avec l’expansion démographique de la capitale et des grandes agglomérations du pays. Des jeunes en quête de travail, se reconvertissent en coxeur et le phénomène prend de l’ampleur.
Le métier de coxeur a été favorisé par le taux élevé du chômage des jeunes diplômés. Ceux-ci le pratiquent en attendant une situation meilleure, c’est-à-dire un boulot permanent et plus garanti. Les intermédiaires sont légion dans tous les quartiers de Bamako. Ils interviennent entre les propriétaires ou leurs agences immobilières et les locateurs dans les situations de location ou de vente. Aujourd’hui, les coxeurs ou démarcheurs ont-ils leur utilité ? Certains répondent tout de suite par l’affirmative.
Analyse croisée des membres de l’Association des courtiers immobiliers et de promoteurs d’agences immobilières. Demba Kébé, président de ladite association, explique les motivations qui ont sous-tendu la création de ce groupement en 2001. Pour lui, il est clair que la raison première est l’organisation du secteur. «Contrairement à ce que pensent beaucoup de personnes, notre rôle est de créer un contact entre le vendeur et l’acheteur». Mais il rappelle que le coxeur n’est pas une autorité judiciaire. Donc seul un acte notarié permet de sceller une opération de vente de maison. Le président de l’Association des courtiers immobiliers s’empresse de préciser la vulnérabilité de la profession et l’obligation pour les coxeurs de s’organiser en association.
Les intermédiaires stressent parfois à l’idée de trahison après une transaction. Cela s’explique par l’absence d’un texte engageant le client depuis le début des démarches. «Conformément à ce qui a été érigé en règle non écrite, nous percevons 10% sur les ventes de champs ou de vergers et 5% sur les maisons. Notre association est surtout focalisée sur la vente qui occupe plus de 98% des activités. Seule, une poignée de coxeurs s’occupe de gestion et recherche de locations», explique Demba Kébé.
Installé sous un petit hangar à Kalaban Coura ACI, le vieux Moussa Kanté, la soixantaine probablement et drapé dans un boubou traditionnel, est assis sur une vielle malle. Un vieux sac à côté de lui et beaucoup de petits papiers sur lesquels on pouvait lire les numéros de clients, il commence à expliquer sa reconversion mais aussi les conditions d’exercice. « Je suis un ancien maçon reconverti dans le métier de coxeur parce que mon âge ne me permet plus de travailler dans les chantiers. On n’a pas besoin d’un fonds ni d’apprentissage pour faire ce métier, il suffit d’avoir une moto et un téléphone pour se lancer», a révélé Moussa Macalou. Notre interlocuteur estime qu’il arrive à vivre de son métier. «Et avec les frais de déplacement, le quotidien est assuré car nous avons institué un cota de 2000 Fcfa comme frais de déplacement par maison et client», relève-t-il. Beaucoup de jeunes coxeurs pensent que ce travaille n’est pas fait pour eux. Mais ils l’exercent faute d’un boulot garanti. Alpha Traoré est détenteur d’une maitrise en droit privé. Pour fuir l’oisiveté et se prendre en charge puisqu’il vit loin des siens, le jeune diplômé accepte d’évoluer dans cette profession. Fousseyni Bagayoko, promoteur d’agence immobilière, pense que les démarcheurs sont des éclaireurs. Faisant l’intermédiaire entre les clients et les agences ou les propriétaires, ils exigent un forfait de 2000 FCFA pour le déplacement. Ce montant est jugé par certains clients trop excessif. Les coxeurs demandent aussi une commission qui correspond à la moitié des frais de location payés par mensualité. Moussa Daou, patron de l’Agence Faso Soba, n’est pas du même avis. Il trouve blâmable le comportement des intermédiaires. «Ceux-ci sont des gens qui entachent notre profession. Ils sont parfois fautifs vis-à-vis des clients parce qu’ils ne respectent pas leurs engagements. Il arrive même qu’ils donnent de fausses indications par rapport aux choix du client qui s’est déjà acquitté des frais de déplacement encaissé avant tout déplacement», accuse-t-il.
Le montant de 2000 FCFA a été fixé pour limiter les abus de certains clients qui faisaient déplacer moult fois le démarcheur sans prendre la maison. Contrairement à une croyance, un coxeur n’augmente pas le prix de la location. Il n’est pas non plus en mesure de le réduire parce que son travail d’intermédiaire prend fin à partir de la formalisation du contrat (verbal ou écrit) entre le locataire et le propriétaire de la maison ou son agent immobilier.
Amadou SOW

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