Internat des non-voyants : LES CONDITIONS D’ACCUEIL POURRAIENT ÊTRE MEILLEURES

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Si les autorités et les bonnes volontés
faisaient un peu plus d’efforts de solidarité en apportant des appuis à l’Union malienne des aveugles

Un dortoir de l’INAM

La pilule est parfois amère à faire passer. Il est vraiment difficile de convaincre les non-voyants sur l’incapacité actuelle de l’Institut national des aveugles du Mali (INAM), bâti sur les cendres de l’ex Institut des jeunes aveugles (IJA), à leur offrir les commodités requises (une plus grande capacité d’accueil et de meilleures conditions de vie). Il est utile de rappeler que depuis octobre 1973, l’INAM accueille des non-voyants dans son internat constitué de blocs distincts pour garçons et filles. Les deux logements comportent chacun 7 chambres soit un total de 14 chambres. Ils sont donc près de 200 handicapés visuels (des élèves de la première à la neuvième année) à y trouver gîte et couvert.
Mamadou Thiam, non-voyant, est un ancien pensionnaire des lieux. Il étudie actuellement à la Faculté de droit public (FDPU). Par un concours de circonstance, nous l’avons rencontré pendant les congés de Noël et nos conversations ont rapidement glissé sur les conditions d’hébergement des élèves de l’INAM. Connu de ses jeunes cadets, cet universitaire non-voyant a accepté de nous faire visiter les deux blocs. Au niveau du bloc des garçons, un calme total régnait. Ce bâtiment, rénové après un incendie en décembre 2015, affiche aujourd’hui un aspect plus attrayant avec des pensionnaires préoccupés plutôt par la pléthore et leurs conditions d’existence.
Le bloc des jeunes filles présente une façade austère et vétuste qui renvoie à un environnement dégradé et indigne d’abriter la cohorte de filles. A l’entrée de ce bâtiment, trois jeunes filles et un jeune homme d’une trentaine d’années devisaient autour de marmites posées sur des fourneaux. Ogonagalou Dolo, maître de l’internat, est non-voyant. Il enseigne l’histoire, la géographie et le français à l’Institut. Selon ce pédagogue, l’Union malienne des aveugles (UMAV) accomplit de gros efforts pour assurer les besoins alimentaires et l’hébergement des non-voyants.
Il reconnait qu’il y a plus de problèmes dans le bloc des filles et rappelle l’urgence d’y trouver les solutions. «Leur bâtiment est aujourd’hui dans un état de dégradation qui interpelle. Une rénovation urgente s’impose», explique l’enseignant non-voyant avant de commenter spécialement l’état des plafonds et des persiennes des fenêtres. Les lieux sont aussi infestés de moustiques et le besoin de doter constamment les jeunes non-voyants de moustiquaires s’impose. Les moustiquaires ne durent pas plus qu’une année. Certains mettent en cause la qualité de ces moustiquaires. Mais Ogonagalou Dolo soutient la thèse contraire. Pour lui, les élèves sont simplement immatures. Les lits sont faits de métal et ils accrochent n’importent comment les moustiquaires.

PARENTS MAUVAIS PAYEURS – Notre interlocuteur pointe aussi du doigt l’attitude incompréhensible de certains parents ou tuteurs qui inscrivent leurs enfants à l’internat. Ils ne s’acquittent pas des 30.000 Fcfa annuels requis pour le séjour de chaque enfant à l’internat. Un autre casse-tête évoqué par le surveillant des non-voyants est lié à la particularité de leur internat. Ils y restent toute la semaine et doivent rentrer obligatoirement chez eux vendredi pour revenir dimanche soir. Mais certains enfants sont présents quasiment en permanence à l’internat puisque les parents ne viennent jamais les chercher le week-end. Or le règlement stipule que les enfants doivent regagner leurs domiciles vendredi soir et reviennent dimanche dans la nuit à l’internat. Mais certains parents n’ont aucun scrupule à violer ces prescriptions.
Le non-paiement des 30.000 Fcfa comme frais annuels d’un élève gardé à l’internat de l’INAM demeure aussi un autre problème pour l’établissement. Le responsable de l’internat explique que le paiement de ces frais participe de l’amélioration des conditions d’accueil. Il rappelle aux parents la nécessité d’assurer aussi la dotation de leurs enfants.
Pour l’anecdote, notre interlocuteur souligne que certains parents ne sont pas du tout des exemples à suivre et n’hésitent pas à retirer à leurs enfants des cadeaux offerts par de généreux donateurs. Pourtant, eux-mêmes ne s’acquittent pas paradoxalement de leur devoir de parent, explique Ogonagalou Dolo avec une pointe d’humour.
Pour le bon fonctionnement du centre, des réunions sont tenues avec les pensionnaires. Des cours de révision et de rattrapage sont aussi dispensés. Les aînés apprennent à leurs cadets à faire des calculs et à maitriser le braille (l’écriture des aveugles). Les consignes sont très claires. Les filles doivent regagner le lit vers 21 heures. Quant aux garçons, ceux-ci peuvent rester dehors jusqu’à 22 heures.
«Je fais souvent la ronde pour m’assurer du calme et de la quiétude de nos pensionnaires», assure le chef de l’internat. Il invite les autorités et les bonnes volontés à multiplier les actions en faveur des enfants aveugles car, justifiera-t-il, l’Union malienne des aveugles (UMAV) manque de ressources financières.
Le nouveau président de l’UMAV, Hadji Barry que nous avons aussi rencontré affichait un sourire contagieux. Costume noire sur les épaules, il cite quelques missions de l’internat : donner une meilleure scolarisation aux jeunes non-voyants, les aider à s’habituer à la vie au quotidien, notamment marcher avec une canne, blanchir ses habits ou reconnaitre l’argent.
Le président de l’UMAV égrène aussi un chapelet de difficultés dans la prise en charge alimentaire et sanitaire des pensionnaires. Pour Hadji Barry, il n’est pas facile de nourrir plus de 200 personnes du lundi au vendredi. «Ceux qui n’ont pas de parents à Bamako restent là toute la semaine. Ils ne rentrent à la maison que pendant les congés», fait remarquer le président de l’UMAV avant de remercier les donateurs qui parrainent les enfants.
L’approvisionnement en eau potable n’est plus un souci pour l’établissement qui dispose d’un château d’eau. Mais les factures d’électricité de l’INAM continuent de donner des cheveux blancs aux responsables en charge de la gestion de l’établissement. A ce propos, il ressort des explications fournies par le président de l’Union des aveugles que les factures culminent très souvent à 240.000 Fcfa voire plus. Il est utile de préciser que l’Institut national des aveugles du Mali est subventionné par le ministère de la Solidarité et de l’Action humanitaire pour une somme annuelle de 8 millions de Fcfa. Un appui apprécié par le président Barry qui s’empresse de préciser qu’en 2018, l’INAM a reçu 6 millions de Fcfa. Il entend faire le plaidoyer pour l’augmentation de cette somme.
La subvention accordée par l’Etat ne suffit pas pour faire face aux dépenses. Une augmentation permettrait de faire face à l’entretien de l’internat et de régler les salaires du personnel, plaide notre interlocuteur. Aussi, la construction de chambres supplémentaires, la prise en charge des frais d’électricité de l’internat par le ministère de l’Education nationale, sont des vœux ardents exprimés par les non-voyants.
Le président de l’UMAV invite le gouvernement à adopter le décret d’application de la loi relative aux personnes vivant avec un handicap et à prendre des mesures spécifiques pour l’écoulement des produits fabriqués par la Société de production des aveugles du Mali (SOPRAM). Hadji Barry apprécie aussi l’accompagnement des partenaires comme l’ONG «Sightsaver international» qui apporte des appuis constants.

Mohamed D.
DIAWARA

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