Kadiatou Adama Sacko: Une menuisière ambitieuse

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Le coin ne passe pas inaperçu. Près de la mairie de Médina coura, en Commune II, sur le bas côté de la voie bitumée, une rangée de magnifiques fauteuils attire les regards admiratifs des passants. Ces confortables meubles encadrent l’entrée de l’atelier de menuiserie de Bourama Tiékoura Doumbia, le patron de la menuisière stagiaire, Kadiatou Adama Sacko. Il est 9h. L ‘ouvrière par vocation est en train de tailler du bois. « J’adore la menuiserie. Je pratique ce métier depuis deux ans », confesse-t-elle, sourire aux lèvres.

Habillée en tee-shirt bleu clair, elle porte un pantalon « Jean » bleu troué en plusieurs endroits, et une casquette blanche.  La menuisière chausse des baskets. Cette jumelle est résolument engagée à relever un défi. Tout le monde appelle affectueusement « Mama » la ressortissante de la région de Koulikoro. Elle est originaire  du village de ‘’Niamina’’. Cette jeune fille de teint noir rêvait, depuis le bas âge, d’évoluer dans la menuiserie. Cette visionnaire est convaincue que « de nos jours, il est très difficile de décrocher un job. Tous les  nouveaux diplômés ne sont pas destinés à devenir des bureaucrates». Après deux années de formation, elle est capable de découper et de coudre des tissus pour couvrir les fauteuils d’un salon simple, d’un salon marocain. Elle conçoit et réalise des chaises haut de gamme pour entourer une table à manger, ou garnir l’intérieur des voitures. Elle fabrique également des coussins, des fauteuils à partir des pneus et des barriques.

L’entreprenante, Kadiatou Adama Sacko, est bien appréciée par son entourage. « Chaque fois que je travaille devant mon atelier, les passants sont étonnés de  découvrir une femme menuisière. Certains me félicitent et m’encouragent à continuer dans cette voie». La jeune koulikoroise a reçu les encouragements de l’ancienne ministre de  la Promotion de la femme, de l’enfant et de la famille, Mme Sangaré Oumou Bah. « Elle a acheté ici des fauteuils pour meubler son salon », relate-t-elle. Il y a quelques semaines, un Malien de la diaspora résidant  aux Etats-Unis m’a envoyé des cadeaux. Pendant son séjour à Bamako il venait souvent échanger avec moi.

Métier et travaux domestiques. La menuisière n’est pas mariée. Les occupations de Kadi à l’atelier ne l’empêchent pas d’accomplir ses devoirs domestiques. « Chaque jour, je me lève très tôt le matin pour effectuer tous mes travaux domestiques avant de me rendre à l’atelier ». La  sœur  jumelle de Kadi cuisine tous les jours sauf le vendredi. Le jour saint est réservé à Kadi. Elle confesse que sa famille la comprend et la soutient.  « Mon père,  ma mère sont  fiers de moi », affirme t- elle.  Par ailleurs, Kadiatou Adama Sacko pense que la femme peut faire tous les métiers au même titre que les hommes. La menuisière est engagée à relever le défi de la parité genre. Elle ambitionne de créer un grand atelier pour se donner les moyens d’être connue  au Mali, et à travers l’Afrique par son travail bien fait. « Mama » souhaite avoir l’accompagnement du ministère de la Promotion de la Femme, de l’Enfant et de la Famille. Elle invite  les Femmes à s’engager dans tous les métiers. Il n’y a pas de sot métier. Seul le travail anoblit l’homme et la Femme», conclut-elle.  Le chef d’atelier, Bourama Tiékoura Doumbia est très fier d’elle. « Kadiatou est vraiment déterminée à exercer ce métier », souligne-t-il. Elle est très motivée et endurante.  Elle est toujours la première à me signaler le défaut sur un travail mal fait. Mama insiste surtout sur la bonne finition des meubles », révèle-t-il.  Le patron admire Kadiatou Adama Sacko, qu’il qualifie de battante. Elle a surmonté les critiques ironiques de ses amies concernant son métier. Certaines de ses amies de passage à l’atelier ne cessaient de la décourager. Ces filles faibles et sans caractère formulaient des jugements sans appel. « Tu es folle ma chérie ? Mais, tu exerces un métier d’homme ». Ce témoignage, nous a été donné par Mamadou Kéita,  apprenti dans le même atelier.

La première cliente de Kadi, Mme Dakouo Charlotte Diarra, est  satisfaite des travaux de Kadi. Elle soutient qu’elle a été ébahie dès la première fois qu’elle a vu Kadi en train de raboter le bois. « Je lui ai donné une commande sur le coup. Ce qui a été une réussite. Elle a exactement réalisé le modèle de fauteuil que je lui avait indiqué », atteste Mme Dakouo. Et de renchérir que l’initiative de  la courageuse Kadi mérite d’être soutenue par les bonnes volontés.

Mariam F. DIABATÉ

 

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