Koro et Bandiagara : LE QUOTIDIEN DIFFICILE DES FEMMES DÉPLACÉES

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La gent féminine paie un lourd tribut à la crise sécuritaire qui sévit dans ces cercles de la région de Mopti

Le Mali, à l’instar des autres pays africains, célèbre aujourd’hui la Journée panafricaine des femmes sur le thème : « Paix-sécurité et réconciliation nationale : Enjeux, défis et opportunités pour les femmes du Mali ». Au regard de la situation politico-sécuritaire de notre pays, cette année nous avons fait un clin d’œil aux femmes de quelques localités.

C’est le cas du cercle de Koro qui connait depuis plus de deux ans une crise sécuritaire qui se traduit par des attaques terroristes (confere article sur l’attaque de Koro). Conséquences : des centaines de morts, des déplacés, des villages totalement ravagés, la chute de la production agricole, la fermeture des axes routiers et des foires importantes, freinant ainsi les activités économiques. Le cercle est presque asphyxié par cette crise qui a touché toutes les couches de la société.

La crise a fortement impacté l’économie locale de ces localités

Les femmes déplacées suite à cette crise broient du noir malgré leur volonté de s’adapter à la nouvelle situation. Nombreuses sont celles qui souffrent non seulement financièrement, mais moralement. Certaines d’entre elles ont vécu les attaques et portent encore les effets psychologiques. Yaborko Dara, déplacée du village de Dianwéli dans la Commune de Dialassagou dans le cercle de Koro, raconte son histoire. «Avant, nous vivions en toute tranquillité à Dianwéli. Pendant la saison des pluies, j’aidais mon mari dans les travaux champêtres et je pratiquais l’embouche bovine à côté. A l’approche des fêtes, je vendais les animaux pour subvenir aux besoins de la famille et soutenir mon mari. La vie de notre famille a changé le jour de l’attaque de notre village. Les assaillants sont arrivés tôt le matin et ont ouvert le feu sur tout ce qui bougeait. Mon mari a fait un trou dans le mur de notre chambre à coucher pour extraire toute la famille. On ne pouvait pas sortir par la porte, les balles sifflaient de partout. Nous avons marché des kilomètres pour venir dans la Commune rurale de Barapireli. A part mes chaussures, je n’ai rien pris et personne dans le village n’a pu emporter quelque chose avec lui, chacun cherchait à se sauver. Nous avons tout perdu et il parait que les assaillants ont tout brûlé. Je ne peux pas confirmer, car depuis ce jour, personne de notre village n’a mis pieds là-bas. Aujourd’hui, Yaborko Dara et sa famille essayent de se construire une nouvelle vie à Barapireli, mais ce n’est pas facile pour eux de reprendre la vie à zéro. Même s’ils bénéficient de l’assistance alimentaire de leurs parents, de l’Etat et de ses partenaires. Ils souhaitent restés indépendants, c’est-à-dire vivre de leurs propres récoltes.

RETOUR DE LA PAIX- Si Yaborko a pu nous relater son histoire, d’autres sont encore sous le choc psychologique à cause des atrocités vécues. Aminata Guindo a perdu son amie et sa fille dans l’attaque de leur village de Sabéré dans la Commune de Bondo. Les deux victimes ont été brûlées. Selon Aminata, depuis cette attaque, il ne se passe pas une nuit sans qu’elle ne fasse un cauchemar, son village a été totalement détruit et tous leurs biens incendiés. Jusqu’à présent, elle a peur que les assaillants ne reviennent la trouver jusqu’à Koro où elle vit actuellement.
Les femmes déplacées du cercle de Koro souhaitent aujourd’hui le retour de la paix pour qu’elles puissent regagner leurs villages. Dans les villages d’accueil où elles ont trouvé refuge, elles manquent de terres et d’activités génératrices de revenus et vivent au jour le jour. Au moment où les femmes africaines célèbrent le 31 juillet aux sons de la flûte et du tam-tam, les déplacées du cercle de Koro feront certainement la queue devant les mairies ou devant les sites de distribution de vivres tout en espérant que leurs sœurs feront des plaidoyers pour le retour de la paix dans leur région et partout au Mali.
A Bandiagara, la crise sécuritaire qui secoue la localité a fortement joué sur l’économie locale. Les femmes paient le plus lourd tribut de ces conflits. Elles se trouvent confrontées à des problèmes liés au ralentissement de leurs activités, à la violence.
Mme Soumaré Hassinatou Bah est la présidente de l’Association pour le progrès et la défense des droits de la femme (APDF) et de l’association «Yereko». Elle évolue dans le domaine de la transformation des produits locaux. Cette crise a fortement contribué à la réduction de ses activités économiques. Elle affirme que leur situation économique est critique, car il n’est plus possible aux femmes de se déplacer de foire en foire à cause de l’insécurité. L’autre aspect souligné par Mme Soumaré est le déplacement des populations. La plupart des membres de son association ne sont plus sur place. Elle rappelle que bien avant cette crise, les activités marchaient et les revenus étaient acceptables. Elle souhaite que continue le processus de déploiement des forces de sécurité pour le bonheur de tous.
Quant à Mme Tembely Haby Poudiougo, présidente de l’Association Godoukadou Nema, elle estime que la crise va contribuer à faire reculer les activités génératrices de revenus que les femmes mènent pour aider leurs époux dans les charges des ménages. Mme Tembely qui gère une unité de transformation de manioc en produits alimentaires et une ferme animale, se dit préoccupée par ce qui se passe actuellement. Avant la crise, elle menait ses activités avec les peuls au niveau de la ferme. Aujourd’hui, Mme Tembely se retrouve seule puisque ses partenaires sont tous partis et du coup son entreprise tourne au ralenti. Elle invite l’Etat à soutenir les femmes à être autonomes.

Moussa NIANGALY
AMAP-Koro
Ouma Guindo
AMAP-Bandiagara

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