La Cour d’assises de Bamako : Coup involontaire, mais fatal

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Le code pénal prévoit et punit le crime de « coups mortels » en ses articles 199 et 201. Cette infraction criminelle est susceptible de donner lieu à l’application d’une peine du même type. C’est à cause de cela qu’un certain OTK, porteur d’uniforme de surcroît, a comparu devant les juges de la Cour d’assises pour répondre de l’infraction sus citée. Policier de son état, ce jeune homme a commis cet acte criminel courant 2018 au cours d’une intervention policière quelque part dans le quartier de Kalaban-Coura, en commune V du District de Bamako.

De l’information judiciaire, il ressort que DD un jeune ivrogne du quartier, s’est attaqué à MD, une de ses sœurs. Ivre au moment des faits, la sœur en question n’a pu digérer que son frère s’en soit pris à elle tout simplement parce qu’il est sous l’effet de l’alcool. La jeune dame n’est pas allée avec me dos de la cuillère.

Quelques instants après l’incident, elle s’est directement rendue au commissariat de police du 11è arrondissement pour rendre compte de ce qui s’était passé entre elle et son frère à la maison. Immédiatement, quatre policiers dont le nommé OTK furent envoyés au domicile des protagonistes pour clarifier les choses et interpeller le bagarreur qui se trouvait dans un état second. à l’arrivée des policiers sur place ils ont coïncidé avec une scène digne d’un film d’action. Le nommé DD complètement dans les nuages, était en train de menacer les autres membres de la famille avec une arme blanche.

Complètement ivre-Ainsi à la vue des policiers, le garçon a compris que ces derniers voulaient l’appréhender dans l’immédiat. Sans se demander ce qu’il devait faire, il a pris la fuite avant d’être poursuivi par les limiers. Il se réfugia dans une famille du voisinage où il se cacha dans un coin de la maison dans l’espoir d’échapper à ses poursuivants. Pendant que les agents cherchaient à le dénicher de sa cachette, il est brusquement sorti comme surgissant de nulle part. Puis, couteau en main, totalement ivre, il fonça vers le jeune policier.

Pris de cours par la tournure des évènements, celui-ci a ouvert deux coups de feu en sa direction. Le nommé DD est grièvement blessé à la suite de ce duel qui l’a opposé à un agent assermenté. Il est rapidement transporté vers le CHU Gabriel Touré pour y recevoir des soins. Hélas. Il a rendu l’âme quelques instants après son admission à l’hôpital. C’est ainsi que le policier OTK, a été interpellé avant d’être inculpé du crime cité plus haut.

Cette affaire a ainsi pris une tournure judiciaire. à l’instruction du dossier OTK par les juges, il a été prouvé que les coups portés ayant entrainé la mort du jeune homme, n’avaient été tirés dans l’intention de le tuer. Mais qu’à cela ne tienne, le policier tombe sous le coup de l’infraction de coups mortels. Interrogé, le porteur d’uniforme, en larmes à la barre, a reconnu les faits. Mieux, il est resté constant dans ses déclarations depuis l’instruction de son dossier jusqu’à la barre. Dans la foulée, l’inculpé a fait part de ses regrets avant de demander pardon aux parents de la victime.

En sa qualité de partie civile, le père de la victime a clairement indiqué que le policier n’avait pas agi expressément pour tuer son fils. En bon croyant, le vieil homme a estimé que ces faits viennent de la volonté de Dieu le Tout Puissant. « C’est un fait de Dieu. Je lui pardonne », a-t-il dit, fataliste. Et la grande sœur du défunt d’abonder dans le sens. «Je suis du même avis que mon père…». Dans la foulée, un conseil a interrogé le père de la victime en ses termes. « Votre fils buvait ou fumait de la drogue »? En réponse le vieil homme a été on ne peut plus claire. « Je ne vais pas vous mentir, il buvait et fumait. La preuve c’est que le jour des faits, il était ivre ».

Après avoir fait le déroulé des faits, le parquet a estimé que le policier a sans doute tiré sur sa victime. Cependant, il n’a pas voulu la mort de celle-ci. D’où, de l’avis du magistrat, la requalification des faits en coups mortels au lieu de meurtre comme cela ressort du dossier d’accusation. « Oui le policier a tiré. Mais, il n’a pas voulu la mort de la victime. C’est pourquoi nous avons requalifié les faits en coups mortels », a-t-il plaidé

La défense a de son côté reconnu, que bien qu’il était ivre, la victime s’en était prise au policier. L’avocat a profité de l’occasion pour défendre l’idée selon laquelle la mort du jeune homme était involontaire. Donc indépendante de la volonté de son client. Le conseil a ainsi plaidé la clémence de la Cour. Et cette plaidoirie semble avoir porté fruits, comme on le dit. Car le policier qui a bénéficié de circonstances atténuantes a été condamné à deux ans de prison avec sursis.

TAMBA CAMARA

 

…PATROUILLE DE MALHEUR

C’est une nuit ordinaire à Bamako. Des éléments de la garde nationale sont en train de patrouiller dans les rues et ruelles de certains quartiers. Pour le cas présent, ils étaient six éléments du même corps à patrouiller dans le quartier de Faladié. Ils seront informés d’un cas d’accident de voiture. Apparemment, le conducteur du véhicule fautif n’a pas voulu s’arrêter pour la suite. Pendant qu’ils se transportaient sur les lieux de l’accident, les patrouilleurs sont tombés sur un véhicule dans une station-service. Ce véhicule leur a semblé très suspect pour le cas d’accident dont ils avaient été informés, et à cause duquel ils avaient fait le déplacement. C’est ainsi que les patrouilleurs ont suivi cette voiture suspecte sur l’une des principales voies de la Commune VI.

Le conducteur aurait refusé de s’arrêter. Pourtant, les gardes avaient émis des signalements lumineux pour qu’il s’arrête. Visiblement, ce dernier n’a pas obtempéré. Pis, le véhicule en question aurait foncé sur eux. D’où la réaction des patrouilleurs. Visiblement poussés dans leur dernier retranchement, l’un des gardes a fait usage de son arme en direction du véhicule suspect pour obliger son conducteur à s’arrêter. C’est comme cela que les balles ont atteint un des occupants de la voiture. AB, telles sont les initiales de la victime qui a été atteinte à la tête. Plus de peur que de mal. Cet adolescent de 16 ans au moment des faits n’est pas mort. Mais avec le temps, il a été victime de paralysie totale des membres inférieurs. Cela en dépit d’intenses traitements médicaux qu’il avait subis auparavant.

Le patrouilleur tireur s’est retrouvé à la barre aux termes d’une procédure judiciaire. Il est accusé de « tentative de meurtre, coups et blessures volontaires et dommage à la propriété mobilière d’autrui ». Une fois à la barre, l’accusé n’a pas cherché à se disculper. Tout en larmes il a reconnu les faits. Il a justifié son geste par le fait que le conducteur a refusé d’obtempérer lorsque les patrouilleurs avaient fait des injonctions dans ce sens. L’accusé s’est, par la suite confondu en excuses tout en exprimant son profond regret. « Je n’ai fait pas exprès. Je regrette et je demande votre clémence », a-t-il lancé à la cour.

Avoir la peau blanche-Quant au conducteur du véhicule concerné, lui a une vautre version des événements. Il a expliqué que le jeune garde a tiré sur son véhicule cette nuit-là, tout simplement parce qu’il a la peau blanche. Son avocat s’est basé sur le rapport technique et scientifique de la police qui, selon lui, prouve que le tireur a voulu délibérément lui donner la mort. La preuve pour la partie civile, l’arme du garde patrouilleur était en mode rafale au moment des faits. « Pour cela nous demandons réparation », a dit le conseil de la partie civile. Celui de l’accusé soutient mordicus que le chauffeur du véhicule fautif était en délit de fuite. Ce qui, de son point de vue, explique la réaction du garde patrouilleur.

« S’il avait tué un terroriste, on allait le traiter de héros » a-t-il ironisé avant de plaider pour l’acquittement de son client. Dans la foulée, le parquet a requis 5 ans de prison. Mais à la suite des débats, la Cour a reconnu l’accusé coupable et l’a condamné à 30 mois d’emprisonnement ferme et au paiement d’une centaine de millions par l’état comme dommages et intérêts.

T. C

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