La France garde la haute main sur la monnaie unique de l’Uemoa

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Les « reformes historiques » du franc CFA/Uemao annoncées par les présidents français et ivoirien traduisent certes la volonté des États membres de l’Union et de la France (appartenant tous à la Zone franc) de libérer davantage nos économies de la dépendance à l’ancienne puissance colonisatrice. Mais, il semble de plus en plus plausible que le changement de nom du franc CFA à l’Eco pourrait être un obstacle à la création de la monnaie unique : Eco Cedeao.
Rappelons qu’une coopération monétaire lie 14 pays d’Afrique sub-saharienne, les Comores et la France, formant la Zone franc. Cette coopération est régie par quatre principes fondamentaux : garantie de convertibilité illimitée apportée par le Trésor français, fixité des parités, libre transférabilité et centralisation des réserves de change. En contrepartie de cette garantie, les trois banques centrales (BCEAO, BEAC et des Comores) sont tenues de déposer une partie de leurs réserves de change sur un compte dit « d’opérations », ouvert dans les livres du Trésor, précisent le site Internet www.banque-france.fr.
Au 1er janvier 1999, l’euro est devenu la monnaie de onze pays européens membres de l’Union économique et monétaire européenne, remplaçant ainsi le franc français comme ancre monétaire du franc CFA et du franc comorien. Une année auparavant, ajoute la Banque de France, le 31 décembre 1998, le Conseil de l’Union européenne a fixé le taux de conversion irrévocable entre l’euro et le franc français : 1 euro = 655,957 FF. Ce taux a déterminé la valeur de l’euro en franc CFA et en franc comorien. Comme le franc CFA s’échangeait en franc français au taux de 100 Fcfa pour un 1 FRF, la parité du franc CFA est désormais de 1 euro = 655,957 Fcfa.

Ledit Conseil, par une décision de novembre 1998, a confirmé que la France pouvait « maintenir les accords sur des questions de change qui la lient actuellement à l’Uemoa, à la Cemac et aux Comores ». Aux termes de cette décision, toutes les modifications éventuelles des accords relèvent de la compétence exclusive des États membres de la Zone Franc.
Une décision du Conseil de l’Union européenne n’est nécessaire que dans deux cas : changement de la portée des accords (admission d’un nouvel État), modification de la nature même de l’accord (par exemple une remise en cause du principe de garantie par l’État français de la convertibilité à parité fixe des francs CFA et comorien), souligne la Banque de France.
Or, les experts imaginent deux scénarios possibles pour la mise en œuvre de la monnaie unique de la Cedeao, après cette annonce. Les pays non membres de la Zone franc qui auront respecté les critères de convergence pourront intégrer progressivement l’Eco de l’Uemoa. Là, les géants nigérians et ghanéens exigent une rupture totale de la coopération monétaire avec la France. Le second, le plus réaliste, est l’absorption de l’Eco Uemoa par celle de la Cedeao.
Dans l’un ou l’autre cas, un accord du Conseil de l’Union européenne reste nécessaire. La France qui semble tenir à la Zone franc comme à la prunelle de ses yeux pourrait peser de son poids pour trancher en sa faveur.

Cheick M. TRAORÉ

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