Le COVID-19 plombe les envois de fonds

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Au départ, simple pratique culturelle ou imposée par une conjoncture économique difficile, la migration est devenue au fil des ans un levier incontournable de développement, notamment en Afrique au sud du Sahara. Cela, grâce aux fonds que les migrants envoient dans leurs pays. À titre d’illustration, les transferts d’argent vers les pays à revenu faible et intermédiaire avaient atteint un niveau record de 554 milliards de dollars en 2019, soit environ 332.400 milliards de Fcfa. Dépassant ainsi les investissements directs étrangers (IDE) qui ont, la même année, enregistré un repli plus marqué de plus de 35 %.
Face à ce recul de l’IDE, les remises migratoires paraissaient comme une alternative crédible en matière d’investissement et de financement à moindre coût pour nos économies. Des gouvernements ouest-africains ont même lancé des «diaspora-bon», afin de capter ces énormes flux financiers.

Une lueur d’espoir dans un contexte économique incertain certes, mais qui tend à être enterrée par les effets néfastes du Covid-19. En effet, plombés par la crise économique induite par la pandémie du coronavirus et les mesures de confinement, les envois de fonds des migrants dans le monde devraient chuter d’environ 20% en 2020. Vers les pays à revenu faible et intermédiaire, les remises migratoires devraient diminuer de 19,7%, à 445 milliards de dollars, évalue un communiqué de la Banque mondiale publié le 22 avril. En Afrique subsaharienne, les envois de fonds ont connu un léger repli de 0,5 % en 2019, à environ 28.600 milliards de Fcfa. En raison de la crise du coronavirus, ce déclin devrait être nettement plus marqué en 2020, à 23,1 % pour atteindre près de 22.200 milliards de Fcfa, estiment les spécialistes.

Cette brusque dégringolade attendue est consécutive à un fléchissement des salaires et de l’emploi des travailleurs migrants. Eux aussi engendrés généralement par des pertes de revenus et d’emplois en cas de crise économique dans leur pays d’accueil.
Des pertes de revenus et d’emplois qui ne sont pas sans conséquence, eu égard à leur impact sur nos populations. «Les remises migratoires sont une source vitale de revenus pour les pays en développement. Elles aident les familles à assurer leurs dépenses alimentaires et de santé, et à subvenir à leurs besoins essentiels. La récession économique causée par la pandémie de Covid-19 met sérieusement à mal la capacité des migrants à envoyer de l’argent chez eux et rend d’autant plus importante la nécessité d’accélérer la vitesse de rétablissement des économies avancées», note le président du Groupe de la Banque mondiale, David Malpass.
Un cauchemar pressenti qui pourrait rapidement prendre fin. En 2021, la Banque mondiale table sur un redressement des transferts d’argent, pour atteindre près de 282.000 milliards de Fcfa, soit une hausse de 5,6 %. Loin des 332.400 milliards de Fcfa reçus en 2019.

Cheick M. TRAORÉ

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