Le président de la République du Mali : « Les germes du Mali nouveau sont semés »

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À la clôture du Dialogue national inclusif, Ibrahim Boubacar Keïta a affiché son immense joie de voir les travaux du grand débat devenir un espace républicain où, le choc des idées aura fait jaillir la lumière qui éclairera notre chemin vers la sortie de crise. Il a continué à tendre la main aux sceptiques, espérant qu’avec les conclusions issues des échanges, les frustrations et les malentendus se dissiperont. Texte intégral

 

Président Amadou Toumani Touré, cher frère, ancien Président du Mali,Pr Dioncounda Traoré, Haut Représentant du Chef de l’État pour les Régions du centre, ancien Président et estimé aîné, toujours présent à l’appel de la République ;
Monsieur le Premier ministre, Chef du gouvernement ;
Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale ;
Madame et messieurs les autres chefs d’institutions ;
Mesdames et messieurs les membres du gouvernement ;
Mesdames et messieurs les chefs de missions diplomatiques, d’institutions bilatérales ou multilatérales ;
Vénérables Autorités religieuses, civiles et morales ; Partis politiques, organisations citoyennes,
Maliennes et Maliens, des campagnes, des villes, de l’Est, du Centre, du Nord, de l’Ouest, et du Sud ; Hôtes du Mali ; Vous tous en vos grades et qualités ; Tous protocoles observés.

Ce jour, enfin, est. Il est de surcroît de bon augure. Car, il y a juste vingt-quatre heures à la Grande mosquée de Bamako ainsi que dans plusieurs mosquées du pays, à l’initiative heureuse, pertinente et réussie du Haut conseil islamique, nous joignions nos prières pour le Mali.
Autre signe, dont il faut se réjouir, nous avons parmi nous un fils prestigieux et valeureux du pays. Il s’agit de Amadou Toumani Touré, ancien Président du Mali, revenu il y a moins d’une semaine d’un exil de sept ans. Nous devons l’applaudir et lui dire : “Bismillah Amadou, Am be koun”. Le Mali a besoin de lui et le Mali le mettra en mission, Inch Allah. En attendant, qu’il me permette en mon nom et en votre nom à tous, de remercier le président Macky Sall et le peuple sénégalais pour la belle hospitalité, la belle Teranga sénégalaise qu’ils lui ont réservée, toutes ces années durant !
Le Mali a encore confondu ceux qui ne croyaient ni réaliste, ni possible l’organisation d’un Dialogue tel que celui qui nous réunit en ce moment. Ils subiront d’autres défaites tant qu’ils continueront de douter des capacités et des ressorts de ce vieux pays.
Rendons-en grâce à Allah Soubhana Wa Tallah ! Rendons-lui grâce d’avoir rendu possible cette bienheureuse rencontre ! Rendons-lui grâce de continuer à bénir notre pays, qui peut trébucher, mais qui retrouve toujours son équilibre de nation disponible pour l’Autre, sa force de nation consensuelle et pacifique, son atout et ce n’est pas peu, de nation forte.

Car, mesdames et
messieurs,
La force n’est pas dans le chêne, elle est dans le roseau. Elle n’est pas dans le tronc. Elle est dans la racine. Elle n’est pas dans la carrure. Elle est dans la résilience. Et précisément dans la résilience du roseau, tremblant certes dans la violence des vents, mais toujours debout dans l’adversité ! Et ce roseau, c’est le Mali, notre pays. Notre pays ne saurait jamais être un navire en perdition. Certes, il lui arrive, par gros temps, de tanguer. Mais pour ce qu’il a apporté aux autres, pour la part de lumière qu’il a donnée, il ne saurait jamais chavirer.
Ceux qui ont suivi les premiers pas de la démocratie malienne, savent que j’emprunte cette heureuse métaphore au président Alpha Oumar Konaré. Que le Président Konaré accepte ici et de nouveau, les salutations déférentes du frère et du compagnon d’un temps ; d’un temps qui fut de lourds défis, mais d’un temps d’incubation et de réalisations, toutes honorables, toutes structurantes !
En droite ligne de la tradition de gratitude et d’humilité qui définit le Mali, permettez-moi, une fois de plus, de nommer et de saluer tous ceux qui, un moment, eurent en charge, les destinées de la nation fabuleuse que nous fûmes, la nation fabuleuse que nous sommes restés, en dépit des aléas, envers et contre tout !  Cet exercice ne saurait relever d’aucun narcissisme indécent mais, d’une nécessaire pédagogie, celle de la gratitude, contre l’oubli et contre la banalisation.

Maliennes, Maliens,
Dans cet esprit, et après avoir salué Amadou Toumani Touré et Alpha Oumar Konaré, il sied que nous ayons, à présent, une pensée sincère pour Modibo Kéita et ses compagnons. Pères fondateurs de la Nation malienne, leur force morale doit rester une source d’inspiration, autant que leur fierté sourcilleuse constituer un repère, j’allais dire la boussole du Mali nouveau déjà dessiné par ce Dialogue national inclusif.
Le Général Moussa Traoré, est physiquement absent mais, présent avec nous dans ses prières, ses prières constantes pour le Mali. Ses conseils ne nous auront jamais fait défaut. Et sa porte nous est toujours restée ouverte. Qu’Allah fasse qu’il rejoigne son pays, le plus tôt possible et dans la meilleure des santés possibles ! Le Professeur Dioncounda Traoré. Il eut à gouverner à un moment où l’on ne se bousculait pas au portillon. Il a payé de son corps le retour du Mali parmi les nations. Il reprend le harnais à ma demande, et pour notre paix. Merci cher aîné !
Quelle chance que la nôtre, chers compatriotes ! Quelle baraka  d’avoir, vivant parmi nous, quatre anciens chefs d’États, tous hommes d’expérience et de conviction !
Je leur sais gré de leur contribution à la tenue de ce Dialogue national inclusif. En l’occurrence, ils n’auront ménagé ni leurs conseils, ni leurs prières pour le confort du patrimoine Mali que nous avons en partage, le Mali notre trait d’union, le Mali notre bien le plus précieux !

Mesdames et
messieurs,
Qu’il me soit permis également, en cette heure solennelle de saluer les anciens chefs de gouvernement qui ont pris part à ces importantes assises !  À ces salutations, j’associe toutes nos autorités religieuses qui ont compris que c’était ici, en ces lieux et en ces moments qu’il fallait parler pour le Mali, pour un Mali meilleur, le Mali rassemblé et repensé que nous avons obligation de transmettre à nos héritiers. Merci Eminence Cardinal Jean Zerbo. Merci Chérif Ousmane Madani Haïdara, président du Haut conseil islamique du Mali. Merci imam Mahmoud Dicko. Merci Révérend Pasteur Nouh Ag Infa Yattara.
Last but not least, cher Professeur Ali Nouhoun Diallo, mon estimé aîné et camarade de lutte, ancien président du Parlement du Mali et de la Cedeao. Merci d’avoir essayé de vaincre les réticences et de convaincre que ce temps ne devrait incliner à aucun scepticisme.
Ta seule présence ici prouve que le Dialogue national inclusif ne pouvait être ni un lieu de condescendance, ni un faire-valoir pour gouvernants en panne de légitimité. Merci Djokollè !

Mes chers
compatriotes,
Hôtes du Mali, 
C’est dire que ce forum n’était pas un lieu. Il était le lieu. Il a été le cadre républicain, par excellence, pour le choc des idées, le jaillissement de la lumière, le pouvoir de persuasion, la capacité d’influence. Tout le monde a désiré et souhaité cet événement, tout au long des péripéties nationales, surtout celles douloureuses, que nous subissons. Tout le monde, je dis bien : nos concitoyens sans appartenance partisane, les partis, les organisations citoyennes, la majorité comme l’opposition.
Tous ont ressenti la nécessité de voir le Mali se regarder dans la glace. Ils ont souhaité que le Mali s’interroge et qu’il interroge l’avenir. Ils ont voulu qu’il se remette en cause là, où la remise en cause n’est pas négociable. Ils ont voulu qu’il consolide ses acquis là, où les acquis sont précieux et d’un apport vital à une nation défiée dans ses fondements. Ces assises ne sont donc pas le machin d’un homme en quête de destin. Elles étaient et sont une exigence des temps. Elles émanent certes du constat fait par la majorité que l’introspection et l’évaluation étaient devenues nécessaires face à l’évolution du pays. Mais elles étaient aussi le cri de cœur jamais mis en sourdine d’autres regroupements politiques. D’ailleurs, ce Dialogue n’était-il pas un des acquis de l’Accord politique de gouvernance négocié avec la contribution décisive de l’opposition ?
Il est vrai, les choses ne se sont pas passées comme nous l’aurions souhaité. J’espère cependant qu’avec les conclusions issues du Dialogue, les frustrations et les malentendus se dissiperont et que nous nous retrouverons tous bientôt pour mieux consolider la marche de notre pays. Croyez-moi : je ne suis ni un enjeu, ni une tour d’ivoire, ni un adversaire. Pour personne, a fortiori pour des frères à qui tout me lie, surtout qu’ils sont tous contributeurs potentiels, tous détenteurs d’enjeux, tous des cadres compétents, dont la République a fort besoin. Ma porte reste ouverte et ma main reste tendue, sachant les limites des odyssées solitaires mais, a contrario, tous les bénéfices d’une démarche solidaire.

Mesdames et
Messieurs,
L’ambiance cordiale que je retrouve ici ce matin ne me surprend guère. Oui, je suis fier des rapports qui m’ont été faits de vos travaux. Lesquels travaux ont été inspirés par un élan patriotique renouvelé, préfiguration réjouissante d’un nouvel élan national devenu d’impérieuse nécessité.
Voire la condition sine qua non pour que ce pays revienne au diapason des autres ! Qu’il soit conforme à sa remarquable histoire ! Et qu’il soit cohérent avec nos ambitions d’émergence qui, elles, ne sont pas une vue de l’esprit, mais une exigence de notre devoir de génération !
Je suis heureux que la sérénité et la convivialité aient prévalues, heureux qu’ait prévalu le devoir de sincérité et de profondeur qui devait marquer les débats.
C’est ça le Mali. Rire et sourire, se retrouver, malgré les différences ! Peut-être même rire et sourire, se retrouver, en raison des différences ! Avec la conscience absolue qu’aucun Malien n’est supérieur ou inférieur à un autre. Que les Maliens, sont de la même mère et du même père ! Qu’au-delà du sang, ce qui unit, c’est par-dessus tout, la conviction que nos destins sont liés, et que nous sommes condamnés à nous aimer si nous voulons nous sauver individuellement.
Oui. Paul Auster a raison en disant de l’amour que c’est, je cite : «la seule force qui peut stopper un homme dans sa chute, la seule qui soit assez puissante pour nier les lois de la gravité». Et n’oublions pas ce proverbe Tamasheq d’une limpide évidence qui dit qu’une seule main n’applaudit pas ! Il nous parle. Il résonne et nous interpelle. C’est pourquoi, je voudrais obtenir de vous que nous utilisions nos deux mains, pour applaudir, l’énorme travail abattu, abattu par vous-mêmes, pour le Mali, pour la postérité.
Depuis dimanche dernier, en effet, à l’ombre tutélaire du vieux Sage de Bandiagara, vous êtes ensemble pour ausculter notre pays. Les passions ne pouvaient manquer. Mais vous les avez canalisées. Le produit final est simplement exaltant. Paix, sécurité, cohésion sociale, politique et institutions, gouvernance,  questions sociétales, économie et finances, culture, jeunesse et sport !
Tout a été mis sur la table et débattu sans complaisance, ni malice.
Vous avez touché du doigt nos forces et nos faiblesses, mis le curseur où il le fallait, et tout cela dans le seul but de maximiser la disponibilité des ressources nécessaires au développement ainsi qu’au traitement d’une demande sociale que le croît démographique rend exponentielle. Tout cela par patriotisme et devoir militant. Vous avez revisité les fora majeurs tenus dans ce pays, sous cette législature comme sous les législatures précédentes, pourvu qu’ils fussent d’une valeur ajoutée à vos travaux.
Vous n’avez laissé aucun sujet en friche. Journée après journée, heure après heure, et toujours jusqu’à tard dans la nuit, vous avez travaillé d’arrache-pied pour arriver à présenter un rapport final riches de préconisations formulées dans le seul intérêt de notre nation qui, je le répète, ne doit à aucun d’entre nous, mais dont nous sommes tous redevables. Il est évident, pour ma part, que c’est à la seconde génération de notre processus démocratique et de notre architecture institutionnelle que le Dialogue national inclusif a donné naissance, tirant les leçons des faiblesses et des fragilités de notre histoire immédiate. Bravo !
Les conditions et la stratégie d’un Mali plus sûr, plus stable, où le cercle vicieux violence-précarité-violence est enrayé, ont été débattues de manière exhaustive et ont donné lieu à des recommandations pertinentes. Vivement que les tragédies comme Ogossagou et Sobane Da soient reléguées au musée des souvenirs à jamais révolus ! Vivement que l’armée moralement réarmée et mieux outillée assure sa mission et rassure les populations. Vivement que les Maliens apprécient, à leur juste valeur, les sacrifices et l’impératif de solidarité nationale exigés des citoyens par un pays en guerre !

Congressistes,
Vos compatriotes ne s’y trompent pas qui estiment que ce sont les sillons d’un Mali renaissant à la concorde et à l’entente que vous avez tracés.
Un Mali, dont toutes les langues se valent ! Un Mali, dont toutes les communautés se valent ! Un Mali où chacun, dans sa diversité, dans sa spécificité reconnue et respectée est partie intégrante et valorisée de l’ensemble national !
Les germes du Mali nouveau sont semés, et c’est heureux. Ce nouveau pays naît de vos réflexions et de vos préconisations, il est prometteur de plus de justice, de plus d’opportunités, de moins de menaces, de plus de forces, de moins de faiblesses.
J’ai promis, quant à moi, de faire tout ce qui est en mon pouvoir pour que les recommandations validées soient appliquées et leur mise en œuvre attestée par les mécanismes de suivi que vous aurez souverainement mis en place. Je le ferai car, je saisis tout l’enjeu de l’exercice que vous venez de conduire avec brio et maturité.

Mesdames et
messieurs,
Je voudrais, pour conclure, dire merci, à tous ceux qui sont venus et se sont investis dans ce forum, à commencer par Baba Akhib Haïdara, Aminata Dramane Traoré, Ousmane Issoufou Maïga, Cheick Sidi Diarra, les présidents de séance, les rapporteurs, les participants, tous les participants et toutes les petites mains sans lesquelles ce jour n’aurait pas été.
Je voudrais dire toute ma satisfaction pour la participation et les contributions de qualité des mouvements signataires de l’Accord pour la Paix et la Réconciliation. Je voudrais remercier les uns et les autres, le plus chaleureusement possible et toutes les langues de ce pays divers et pluriel, mais un et indivisible.
Alors : Aw ni tié (bamanan), Choukrane (arabe),Tiabou (fulfulde), Alkaradjen (kel tamashaq), Nawari (soninke), Yapo (dogono), Fofo (songhoy), Bariya  (bwa), Fapiè (minianka), Mwadja (senufo).
J’invite enfin les organisateurs à faire reprendre l’hymne national pour saluer tous les artisans du succès que nous savourons en ce moment. Ce sera notre manière de clore ces assises historiques, nous frères et sœurs, enfants unis du Mali remobilisés, debout, conquérant, répondant à l’appel de notre pays, la main sur le cœur !
Le Dialogue national inclusif a vécu. Mais le Mali, lui, renaît. 
Et qu’Allah le bénisse !

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